De par sa proximité géographique avec l’Ukraine, le retour du service militaire en Allemagne a déjà fait irruption dans le débat public l’année dernière, lors de la campagne électorale. Le ministre de la Défense incarne ce projet et le porte. Boris Pistorius a fixé le cap : former 30 000 conscrits par an d’ici 2029, date limite évoquée par les services secrets allemands pour l’entrée en guerre de la Russie contre l’UE.

Le chef d’État-major Carsten Breuer s’est félicité en septembre d’un regain d’intérêt pour le service militaire actuel, de l’ordre de 15 % de nouveaux candidats par rapport à l’an dernier.

Un nombre record d’objecteurs de conscience

À la table des familles ou dans les vestiaires des clubs sportifs, le cas de conscience du “y aller ou pas” irrigue la société. Encore davantage depuis que la date du débat parlementaire est fixée au 4 décembre pour une réintroduction du service militaire à compter du 1er janvier. Certains ont déjà pris les devants. Selon les chiffres révélés par le journal “Osnabrücker Zeitung”, le nombre des personnes inscrites au registre des objecteurs de conscience jusqu’à fin octobre était de 3 034. Un chiffre record depuis la suspension du service militaire en 2011 : ils n’étaient que 137 en 2020.

Le registre est tenu par l’office fédéral de la famille et de la société civile. L’objection de conscience est un droit garanti dans la Constitution allemande, dans son article 4, paragraphe 3 : “Nul ne peut être contraint, contre sa conscience, d’accomplir un service militaire avec armes”.

Parmi ces objecteurs, 1 300 dossiers de réservistes qui craignent d’être projetés en première ligne avec les militaires d’active, si la guerre venait à éclater.

Dans la même logique, Gaetano est catégorique : il va répondre par la négative à la convocation. Ce lycéen berlinois, né en 2008, fait partie de la première classe d’âge obligée de remplir questionnaire envoyé l’an prochain pour ses 18 ans. Il refuse d’ores et déjà “pour ne pas être forcé par le gouvernement de participer à une guerre. J’ai 17 ans, je veux vivre ma vie et ne pas connaître ce que mon grand-père a vécu”.

La solde de 2 000 € nets fait réfléchir

Pour les jeunes femmes, répondre est facultatif. “C’est un sentiment étrange, dans l’ambiance actuelle, d’attendre ce courrier de la Bundeswehr” confie une maman. Nés en 2009, Julian et Colin, du même lycée que Gaetano, vont avoir l’obligation, à leur majorité, de se rendre aux “trois jours” quand les infrastructures de l’armée seront prêtes. D’une même voix, ils disent “ne pas vouloir mourir pour des décisions prises par des politiciens avec lesquels ils ne sont pas d’accord”. Tous deux sont persuadés de faire partie d’une “génération maudite, déjà frappée par la pandémie, le dérèglement climatique et maintenant le retour du service militaire”.

En revanche, la solde de 2 000 € nets pour les futurs volontaires, une “belle somme”, fait réfléchir Enis. Croisé dans une rue berlinoise, ce lycéen en formation professionnelle “n’aura pas peur de s’engager si le service devient obligatoire”.

Dans un pays pacifiste encore marqué par les exactions de la Wehrmacht, un sondage Forsa paru mardi illustre une forme de schizophrénie. Les deux tiers des Allemands interrogés (72 %) approuvent le doublement du budget de la Défense. La même proportion s’oppose à un renforcement du rôle militaire de leur pays.