Ils sont une grosse vingtaine à avoir trouvé refuge dans le jardin aquatique Ouagadougou, un plan d’eau artificiel situé juste à côté du centre commercial Confluence à Lyon, tout près des berges de la Saône. Au milieu des hautes herbes, des familles de ragondins, qui peuvent mesurer plus de 50 centimètres à l’âge adulte et peser dix kilos, vivent ici paisiblement, faisant par ailleurs le bonheur des passants.

Leur présence a beau amuser les habitants du quartier, elle ne fait pas rire les services de l’État. Depuis plusieurs mois, dans divers courriers adressés à la ville de Lyon, la préfecture du Rhône exige que soient menées des opérations de destruction de ces mammifères semi-aquatiques. Cela n’avait plus été fait depuis 2022 et le projet est loin de faire l’unanimité.

C’est d’abord la méthode qui surprend : la préfecture préconise « de faire intervenir des chasseurs à l’arc, mode à la fois efficace et discret ». Problème, la ville de Lyon ne l’entend pas de cette oreille et souhaite au contraire expérimenter une tout autre méthode : la stérilisation des ragondins.

Soutenue dans sa démarche par l’association Paz (Projet animaux zoopolis), la mairie écologiste a envoyé plusieurs courriers aux services de l’État afin d’obtenir leur feu vert. « On a demandé à la préfecture de pouvoir capturer et stériliser chirurgicalement les ragondins. Mais ses services s’entêtent à vouloir les chasser avec des méthodes archaïques et mettent la pression sur la mairie », dénonce Amandine Sanvisens, cofondatrice du collectif de défense des animaux, qui a lancé une pétition en ligne afin de sauver en urgence les ragondins. Pétition qui a déjà recueilli plus de 26 000 signatures.

Les exterminer ou les stériliser

La représentante de l’association Paz explique avoir reçu de nombreux courriers d’habitants qui ne comprennent pas ce désir d’exterminer les rongeurs : « Pourquoi vouloir à tout prix supprimer ces ragondins ? Les Lyonnais sont hyperchoqués ». Le sujet est sensible et la préfecture du Rhône en est parfaitement consciente. Mais elle assure ne pas avoir d’autre choix que de faire abattre les animaux, en vertu du règlement européen qui classifie le ragondin comme « une espèce exotique envahissante préoccupante, qui ne peut être ni conservée, ni transportée, ni libérée dans l’environnement ».

L’animal est par ailleurs susceptible d’occasionner des dégâts et est dangereux pour l’homme, rappelle la préfecture du Rhône : « En plus d’avoir un fort impact négatif sur la biodiversité, notamment végétale, cette espèce est fréquemment porteuse d’une bactérie provoquant la leptospirose, maladie transmissible à l’homme – via les urines – avec des formes qui peuvent être graves. »

Dans ces conditions, « la destruction des spécimens de cette espèce qui exposent la population à un risque sanitaire reste la seule solution envisageable », estime-t-elle. Un argumentaire qui ne convainc pour l’association Paz qui propose de solliciter l’école VetAgro sup, établissement d’enseignement et de recherche à Marcy-l’Étoile, afin de mettre en place un suivi des animaux lorsqu’ils seront stérilisés.

« On milite pour des méthodes non létales, éthiques. C’est pourquoi nous allons écrire au ministère de l’Écologie », annonce Amandine Sanvisens. En sauvant ces ragondins, la cofondatrice de l’association Paz veut créer un précédent à Lyon pour ensuite imposer cette solution de stérilisation partout en France.