Avec l’annonce de son supercalculateur « Coatlicue », estimé à 282 millions d’euros, le Mexique s’apprête à devenir le premier pays d’Amérique latine dans le domaine des supercalculateurs, son ordinateur offrant une puissance sept fois supérieure à celle du modèle le plus performant de la région. Malgré cette avancée, l’Amérique latine reste fortement dépendante des États-Unis en matière de technologies.

C’est une « petite » révolution technologique en Amérique latine. Le gouvernement mexicain a annoncé, ce mercredi, la construction d’un supercalculateur dont la capacité de traitement sera sept fois supérieure à celle du plus puissant ordinateur de la région.

Nommé « Coatlicue », en référence à la déesse de la mythologie aztèque, symbole de pouvoir et de vie, ce supercalculateur offrira une puissance de 314 pétaflops (un pétaflop, correspond à 1.000 milliards de calculs par seconde). À titre de comparaison, « Pegaso », un ordinateur privé brésilien, est actuellement le plus puissant d’Amérique latine avec 42 pétaflops.

Une véritable course mondiale est engagée pour développer des supercalculateurs toujours plus rapides, en particulier pour accompagner les systèmes d’intelligence artificielle. Les États-Unis dominent ce secteur, mais l’Europe, la Chine et le Japon possèdent eux aussi des machines parmi les dix plus puissantes au monde, selon les classements d’ordinateurs haute performance.

La construction de « Coatlicue » débutera en janvier et s’étalera sur 24 mois, pour un coût total de 6 milliards de pesos (282,17 millions d’euros), a précisé José Merino, directeur de l’Agence de transformation numérique du Mexique. Ce supercalculateur sera utilisé pour traiter des problématiques d’intérêt public nécessitant une grande capacité de calcul, telles que la prévision climatique, la planification agricole ou encore des projets liés à l’eau, au pétrole et à l’énergie. Il soutiendra également la recherche scientifique et les initiatives entrepreneuriales.

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum Pardo, s'exprime lors du premier discours sur l'état de l'Union de son mandat au Palais national à Mexico, au Mexique, le 1er septembre 2025La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum Pardo, s’exprime lors du premier discours sur l’état de l’Union de son mandat au Palais national à Mexico, au Mexique, le 1er septembre 2025 © Photo by Luis Barron/Eyepix Group/NurPhoto

Malgré sa puissance, le modèle mexicain ne pourra pas rivaliser avec les ordinateurs « exascale », comme l’Américain « El Capitan », exploité par le Lawrence Livermore National Laboratory et capable de 1,809 exaflops, soit un quintillion de calculs par seconde. En Europe, le supercalculateur « Jupiter », inauguré en septembre dans l’ouest de l’Allemagne, atteint également au moins un quintillion de calculs par seconde.

La tech mexicaine à l’ombre des États-Unis

Mais pour le Mexique, son voisin américain reste incontournable. En octobre dernier, à l’occasion de la présentation d’un plan visant à stimuler la technologie locale, la présidente Claudia Sheinbaum a déclaré être confiante dans la conclusion d’un « bon accord » avec les États-Unis et d’autres nations sur le commerce. Elle a également annoncé que son gouvernement présenterait prochainement les avancées des projets de fabrication mexicaine dans les domaines des véhicules électriques, des semi-conducteurs, des satellites et des drones, ainsi que la création d’un « laboratoire » d’intelligence artificielle locale.

Au cours de la dernière décennie, le Mexique tente de faire évoluer son économie, passant d’une production industrielle traditionnelle à une dynamique d’innovation technologique. Dans des villes comme Querétaro, Monterrey, Guadalajara ou Mexico, les investissements en R&D transforment le paysage industriel.

Querétaro est devenu le pôle aérospatial le plus dynamique d’Amérique latine, accueillant Airbus, Bombardier et les services MRO de Delta, avec le soutien de l’Université aéronautique de Querétaro (UNAQ). Monterrey, grâce à l’Institut de technologie et d’études supérieures de Monterrey, s’impose comme un centre d’innovation industrielle, collaborant avec des géants comme Siemens pour développer l’automatisation et la numérisation.

Pourtant, malgré ces efforts, le Mexique reste largement dépendant des investissements américains. Récemment, Amazon a annoncé un investissement de plus de 5 milliards de dollars pour construire un centre de données à Querétaro, un hub industriel et logistique situé à environ 200 kilomètres au nord-est de Mexico.

Ce projet, mené par Amazon Web Services (AWS), la branche cloud du géant américain, vise à créer une nouvelle « région numérique » renforçant la présence d’Amazon en Amérique latine, où AWS possède déjà un centre de données à São Paulo, au Brésil. Le centre mexicain devrait générer environ 7.000 emplois hautement qualifiés par an et contribuer à hauteur de plus de 10 milliards de dollars au PIB du pays sur les quinze prochaines années, selon le secrétaire mexicain à l’Économie, Marcelo Ebrard.

L’Amérique latine en retard dans la course aux supercalculateurs

Pour rester sur la question des supercalculateurs, les pays d’Amérique latine restent en retrait. Développer de tels équipements coûte extrêmement cher. Surtout dans un continent où la pauvreté reste importante. Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, quelque 162 millions de Latino-Américains vivent dans la pauvreté, dont 62 millions dans une pauvreté extrême.

L’Amérique du Sud accuse aussi un retard en matière de supercalculateurs pour plusieurs raisons structurelles. D’abord, l’investissement public et privé dans les technologies de calcul haute performance reste très limité comparé à l’Amérique du Nord, à l’Europe ou à l’Asie. Les budgets disponibles pour acquérir, maintenir et exploiter des supercalculateurs performants sont insuffisants face aux coûts élevés du matériel, de l’infrastructure nécessaire (bâtiments, énergie, refroidissement) et du recrutement de personnel qualifié.

Ensuite, la région manque d’écosystèmes technologiques solides et de collaborations internationales avancées, essentielles pour le transfert de technologies critiques et l’intégration dans les chaînes mondiales d’innovation. Les compétences locales en calcul scientifique, data science, ingénierie informatique et gestion de systèmes de calcul intensif (HPC) restent limitées. À cela s’ajoutent l’absence de grandes entreprises technologiques spécialisées dans le secteur et l’instabilité économique et politique, qui freinent encore davantage la capacité de l’Amérique latine à rattraper son retard.

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