Le casse du Louvre aurait-il pu être évité ? Deux audits révélés coup sur coup ont récemment alerté sur les failles de sécurité autour de la galerie d’Apollon, où a eu lieu le vol des bijoux le 19 octobre dernier. Le plus ancien, révélé par RTL ce jeudi et que Le Parisien a également pu consulter, date de 2007. Le second audit, dévoilé par Le Monde ce mardi, a été mené en 2018.

Celui de 2007 a été réalisé par la société de sécurité privée CESG entre juin et juillet 2007 à la demande de « la Direction du département des objets d’art ». « Dans le contexte des risques de vols symboliques de bijoux et de pierres précieuses à caractère historique et culturel, que peuvent représenter les trésors de la Cour de France, la prévention des risques doit être l’une des priorités de la politique de management des Risques », est-il écrit.

« Des lacunes et des failles »

La galerie d’Apollon y est décrite comme « à haut risque ». « L’étude effectuée au cours de ces dernières semaines, nous permet de déceler des lacunes et des failles notamment dans le système de contrôle d’accès du site et dans la gestion générale de la sûreté », est-il indiqué. Le risque pour « intrusion pour vols d’œuvre d’art » y est décrit comme « élevé » – le niveau le plus important -, que le musée soit ouvert ou non.

Un point interpelle notamment. « Le meuble vitrine abritant les bijoux et pierres précieuses de la Couronne est positionné à proximité directe (…) de la porte-fenêtre. Cette situation peut faciliter la réalisation d’acte de malveillance pendant la journée mais aussi durant les heures moins fréquentées », est-il écrit. C’est par là que les malfaiteurs sont entrés le 19 octobre, volant notamment… la couronne d’Eugénie. Celle-ci avait finalement été retrouvée endommagée à proximité du musée.

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L’audit estimait aussi que « les nombreuses fenêtres qui recouvrent le mur de la salle côté extérieur-Seine peuvent être un excellent vecteur d’introduction à l’intérieur du Musée et plus dans la salle des diamants de la Couronne ». « Il semble essentiel de mettre en place une réelle politique sûreté/sécurité spécifique et adaptée à l’échelle des risques de la salle d’exposition Apollon », écrivait alors la société de sécurité.

Le mode opératoire des malfrats… décrit en 2018

Le second audit réalisé en 2018 par le joaillier Van Cleef & Arpels avait décrit avec précision la faille potentielle que représentait le balcon emprunté le 19 octobre et son accès possible par un monte-charge. Ces détails correspondent au mode opératoire des malfaiteurs : grâce à une nacelle, ils sont parvenus à se hisser jusqu’au balcon de la galerie d’Apollon, puis ont brisé la fenêtre à l’aide d’une disqueuse pour ensuite dérober huit joyaux de la Couronne de France.

Dans l’audit de 2018, « deux pages et trois schémas visuels traitent spécifiquement du balcon donnant sur la galerie d’Apollon » et ses auteurs « insistent, dans leur texte, sur la fenêtre donnant sur le quai François-Mitterrand, qu’ils qualifient de l’un des plus grands points de vulnérabilité de l’établissement », écrit Le Monde. Le document précise aussi, photos à l’appui, que les caméras de surveillance à proximité du balcon ne couvrent pas totalement ce point faible, affirme encore le journal.

Selon les explications du musée du Louvre, l’audit n’avait pas été « transmis » par l’ancienne direction au moment de la prise de fonction de Laurence des Cars à la tête de l’établissement fin 2021. « Il a été découvert après le vol, quand la présidente a demandé de ressortir tous les documents liés au chantier de la galerie d’Apollon sur les 25 dernières années », explique le musée. Contacté par l’AFP, l’ancien président du Louvre Jean-Luc Martinez n’a pas donné suite.

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Début novembre, la Cour des comptes avait estimé que le musée le plus visité au monde avait « privilégié les opérations visibles et attractives » au détriment de la sécurité. Le butin, estimé à 88 millions d’euros, reste à ce jour introuvable.

Au niveau de l’enquête, quatre nouveaux suspects ont été interpellés ce mardi et placés en garde à vue. Trois personnes soupçonnées d’avoir directement participé au casse avaient déjà été mises en examen et écrouées. Une quatrième, présentée comme la compagne d’un des suspects, avait été placée sous contrôle judiciaire.