Par

Guillaume Laurens

Publié le

27 nov. 2025 à 18h30

Revoilà… le burkini. Un vœu « pour la laïcité et la neutralité du service public sportif », déposé par le groupe majoritaire Aimer Toulouse, a ravivé ce débat inflammable, mercredi 26 novembre 2025, à l’occasion d’une séance du conseil municipal de la Ville rose. Ce qu’il s’est passé.

« Hygiène », « respect de la laïcité » et « dignité des femmes »

Dès le début de la séance, Pierre Esplugas-Labatut a annoncé la couleur, en indiquant que le groupe majoritaire dont il est le porte-parole avait mis ce vœu à l’ordre du jour, parce que « la Ligue des droits de l’homme (LDH), tournant une fois de plus le dos à son passé glorieux, a demandé à ce que le burkini soit autorisé dans les piscines municipales toulousaines ». Or, cela pose d’après lui des problèmes « d’hygiène publique », mais aussi de « respect de la laïcité et de dignité des femmes ».

Car « le burkini ne relève pas d’un simple choix vestimentaire », d’après Jean-Paul Bouche, l’élu en charge de la laïcité et des relations avec les cultes. C’est lui qui a remis le sujet sur le tapis, pour présenter en fin de conseil ce vœu au nom d’une majorité qui se pose en défenseure de la « laïcité républicaine » et de la « neutralité du service public », alors que « les lois de séparation de l’Église et de l’État fêtent leurs 120 ans » en 2025.

La polémique de Grenoble en 2022 ressuscitée

« Depuis plusieurs années, le retour du fait religieux dans l’espace public, notamment dans le domaine public sportif, fait l’objet de débats, parfois alimentés à des fins politiques », a énoncé Jean-Paul Bouche, rappelant l’épisode survenu en 2022 dans « la commune à direction écologiste de Grenoble »,le burkini avait été autorisé par la mairie, avant que cette « posture politique » — selon ses termes — ne soit enterrée par le Tribunal administratif, puis confirmée par le Conseil d’État.

Un courrier de la LDH adressé cet été

Mais alors, pourquoi le burkini ressurgit-il trois ans après dans la Ville rose, à trois mois et demi des Municipales 2026 ? D’après Jean-Paul Bouche, c’est en raison de « la réception par le maire d’un courrier daté du 1ᵉʳ août 2025, et adressé par Nathalie Tehio, présidente nationale de la LDH, dans lequel elle demande l’abrogation du règlement des piscines municipales de Toulouse, qui date pourtant de 2024″. Jean-Luc Moudenc y a répondu le 17 septembre.

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D’après le conseiller municipal, « à Toulouse, diverses associations politisées, comme la LDH, cherchent à remettre en cause les principes de laïcité et de neutralité du service public en demandant l’autorisation du burkini au sein des piscines municipales à Toulouse ». Selon lui, dans sa missive, la Ligue « indique même ‘qu’aucun élément tiré du bon fonctionnement du service public ne peut justifier la restriction à la liberté de conscience ainsi opposée aux femmes musulmanes désireuses de porter le burkini’, faisant fi de principes élémentaires de laïcité ».

Le burkini n’est pas autorisé, rappelle la mairie

Regrettant que la LDH « soutienne le déploiement du communautarisme religieux dans les lieux du service public », l’élu insiste :

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Le règlement intérieur des piscines municipales fait d’ores et déjà preuve de la plus grande clarté et n’autorise pas de vêtements pour la baignade inadaptés, dont notamment le burkini.

Jean-Paul Bouche

« Au-delà de la laïcité », il rappelle que « les piscines publiques sont des espaces particulièrement sensibles sur le plan de l’hygiène et de la sécurité ». Et que « le port de tenues, amples ou couvrantes » pose « des difficultés » en la matière car « ces vêtements peuvent retenir des bactéries, des résidus ou des particules étrangères à l’eau chlorée ».

Une proposition de loi défendue dans les cartons du Parlement

Il a ensuite rappelé qu’au niveau national, « une proposition de loi visant à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport a été déposée au Sénat en mars 2024″. Celle-ci doit, en théorie, clarifier cette question dans les piscines publiques, où elle « prohibe notamment le port de signes ou de tenues susceptibles d’y contrevenir ». 

Ce texte doit aussi permettre aux préfets de « suspendre l’agrément d’une association sportive qui se soustrait aux obligations de neutralité ou de laïcité ». C’est donc officiellement pour « soutenir l’inscription dans la loi de telles dispositions », et afin de « pouvoir agir au mieux au niveau local dans un cadre légal clair », que la mairie de Toulouse a déposé ce vœu.

Un exemple de « l’islamophobie grandissante » pour LFI

Ce vœu n’était pas du goût de l’opposition, qui nage à contre-courant de la majorité sur ce sujet, certains élus se désolant des « attaques » de la majorité envers la LDH. 

« Nous voilà donc avec ce brave Burkini des néo-défenseurs de la laïcité », s’est exclamée Hélène Magdo. La conseillère municipale LFI y voit un « exemple type de l’islamophobie grandissante dans notre pays ».

« On n’avait pas plus urgent à traiter ? » raille un élu PS

« Comme si notre ville n’avait pas d’enjeu plus urgent à traiter », a soupiré Vincent Gibert, le conseiller municipal PS, par ailleurs vice-président du Conseil départemental en charge de l’éducation et des valeurs de la République. D’après lui, non seulement ce vœu est un « mélange de considérations juridiques approximatives, amalgames et de polémiques très éloignées des enjeux du conseil municipal », mais c’était surtout une manœuvre « pour faire de la politique ».

Il a par ailleurs dénoncé une « conception de la laïcité variable selon les dossiers » par une majorité qui, d’un côté, affiche son refus du burkini, et de l’autre, soutiendrait des initiatives chrétiennes, puisqu’elle a « financé l’association des amis de Saint-Thomas d’Aquin pour l’édition de livrets de prière », mais aussi « favorisé l’accueil d’une messe au MEETT ».

« Une stratégie perverse », dit le président de la LDH

« On déplore qu’un tel vœu ait pu être voté en conseil municipal. Les manœuvres électoralistes ont commencé », regrette Jean-François Mignard, président de la LDH de Toulouse, interrogé par Actu. « En période électorale, ce ne sont pas les positions politiques les plus intelligentes qui sont prises.

C’est une stratégie perverse utilisée par la droite dans ce qu’elle peut avoir de pire, une manœuvre politicienne pour faire les yeux doux à la droite extrême.

Jean-François Mignard
Président de la LDH de Toulouse

Sur le fond du dossier, il assure que « si c’était seulement lié à l’hygiène, il n’y aurait pas de souci, mais c’est le reste qui est problématique : cela nous paraît anormal d’interdire le burkini au motif qu’il s’agirait d’un signe religieux, car cela nous paraît contraire à la loi de 1905″.

« On se battra pour la liberté de s’habiller comme on veut », défend Jean-François Mignard, qui se trouve justement cette fin de semaine à Paris pour participer à l’université d’automne de la LDH sur la laïcité. Il entend « se pencher sur le dossier » et assure que la LDH « n’hésitera pas à attaquer la décision d’interdiction en justice ».

« La LDH se trompe de cible et de motivation », avance de son côté Jean-Paul Bouche. « Ce n’est pas la liberté de conscience qui est en cause, mais la liberté d’expression ».

« Pour la tentative de déstabilisation, c’est raté »

La question du burkini est un toujours sujet qui cristallise les tensions. « Il va être intéressant d’observer le vote de notre opposition municipale », avait lancé Pierre Esplugas-Labatut ce mercredi matin. Et s’il « ne doutait pas » que les élus socialistes, communistes ou écologistes « votent pour », il n’en faisait pas mystère : « J’ai un petit doute sur la composante LFI de notre opposition municipale ».

À l’arrivée, aucun des membres de l’opposition n’a pris part au vote. « Pour la tentative de déstabilisation, c’est raté », sourit Hélène Magdo. « Pour le reste », l’élue insoumise regrette « une manœuvre de la majorité qui est en bataille avec la LDH depuis un certain temps sur l’histoire des locaux. Et puis, c’est le 2e vœu de la majorité sur le burkini en six ans de mandat », s’offusque-t-elle. « Ça commence à faire beaucoup ! Si ce n’est pas de la stigmatisation d’une partie de la population pour courir après l’extrême-droite, qu’est-ce que c’est ? » La majorité se défend de toute récupération. « S’il y a eu ce vœu », rétorque Jean-Paul Bouche, « c’est parce que la Ligue des droits de l’homme revient à la charge. Sans sa lettre, il n’y aurait jamais eu de vœu ».

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