
S’appuyant sur des entretiens, des archives et un riche fonds iconographique, l’historien Sascha Lange offre une synthèse des mouvements de la jeunesse allemande qui ont résisté de manière essentiellement non violente, mais néanmoins subversive, entre 1933 et 1945. Les Swingjugend, adeptes du jazz américain et de tenues raffinées, entretenant la fièvre du swing dans les caves berlinoises, les Edelweißpiraten, randonneurs rebelles en culottes de cuir (Cologne), les Meuten, bandes urbaines de Hambourg et Leipzig, etc. : autant de groupes autonomes mais unis dans leur rejet de l’uniformisation imposée par le régime. « Notre musique était comme une compensation, la promesse d’une fuite vers un monde meilleur », selon Coco Schumann, jeune musicien juif berlinois, qui trouve dans l’insouciance libertaire des fans de swing une insoumission presque irréelle à l’« ordre brun », jusqu’à sa déportation en 1944. Cette effervescence juvénile, durement réprimée par des arrestations et des exécutions, révèle une société loin d’être unanimement soumise à l’idéologie totalitaire.