« Y aller ou pas »

À la table des familles ou dans les vestiaires des clubs sportifs, le cas de conscience du « y aller ou pas » irrigue la société. Encore davantage depuis que la date du débat parlementaire est fixée au 4 décembre pour une réintroduction du service militaire à compter du 1er janvier. Certains ont déjà pris les devants. Selon les chiffres révélés par le journal « Osnabrücker Zeitung », le nombre des personnes inscrites au registre des objecteurs de conscience jusqu’à fin octobre était de 3 034. Un chiffre-record depuis la suspension du service militaire en 2011 : ils n’étaient que 137 en 2020. Le registre est tenu par l’Office fédéral de la famille et de la société civile.

L’objection de conscience est un droit garanti dans la Constitution allemande, dans son article 4, paragraphe 3 : « Nul ne peut être contraint, contre sa conscience, d’accomplir un service militaire avec armes. » Parmi ces objecteurs, 1 300 dossiers de réservistes qui craignent d’être projetés en première ligne avec les militaires d’active, si la guerre venait à éclater.

Julian et Colin. L’Allemagne enregistre à la fois un regain d’intérêt pour le service militaire et une flambée des objections de conscience.

Julian et Colin. L’Allemagne enregistre à la fois un regain d’intérêt pour le service militaire et une flambée des objections de conscience.

D. P.

J’ai 17 ans, je veux vivre ma vie et ne pas connaître ce que mon grand-père a vécu »

Dans la même logique, Gaetano est catégorique : il va répondre par la négative à la convocation. Ce lycéen berlinois, né en 2008, fait partie de la première classe d’âge obligée de remplir questionnaire envoyé l’an prochain pour ses 18 ans. Il refuse d’ores et déjà « pour ne pas être forcé par le gouvernement de participer à une guerre ». « J’ai 17 ans, poursuit-il. Je veux vivre ma vie et ne pas connaître ce que mon grand-père a vécu. » Pour les jeunes femmes, répondre est facultatif. « C’est un sentiment étrange, dans l’ambiance actuelle, d’attendre ce courrier de la Bundeswehr », confie une maman.

Schizophrénie d’un pays pacifiste

Nés en 2009, Julian et Colin, du même lycée que Gaetano, vont avoir l’obligation, à leur majorité, de se rendre aux « trois jours » quand les infrastructures de l’armée seront prêtes. D’une même voix, ils disent « ne pas vouloir mourir pour des décisions prises par des politiciens avec lesquels ils ne sont pas d’accord ». Tous deux sont persuadés de faire partie d’une « génération maudite, déjà frappée par la pandémie, le dérèglement climatique, et maintenant le retour du service militaire ».