Bien qu’il ait terminé 2e du Trophée des Champions, 5e d’une étape de l’Alpes Isère Tour (2.2) et 7e d’une étape du Kreiz Breizh Elites (2.2), Henry Lawton n’aura pas réalisé la saison 2025 escomptée sous les couleurs de Bourg-en-Bresse Ain Cyclisme. Le Britannique, qui va devenir Suisse en cette fin d’année, a choisi à 24 ans de donner priorité à ses études. Mais l’ancien coureur de Chambéry CF et de Morbihan Adris Gwendal Oliveux sera toujours sur un vélo la saison prochaine. Il est revenu sur son choix pour DirectVelo.
DirectVelo : Tu as choisi de ne plus donner priorité au vélo en 2026 !
Henry Lawton : J’ai eu un beau parcours au Chambéry CF. Quand je suis arrivé là-bas, je me disais que j’arrêterai peut-être le vélo si je n’avais pas signé chez les professionnels à la sortie des Espoirs. Mais j’ai eu la proposition de Morbihan fin 2023. Comme je n’avais connu qu’une équipe jusque-là, je voulais voir autre chose et au final, j’ai vraiment adoré cette expérience de courir en Bretagne. C’était excellent. J’ai fait un très bon début de saison et ça a été un peu moins bon à la fin. Ce n’était pas suffisant pour répondre aux attentes des équipes intéressées en début d’année. Après l’arrêt de l’équipe, je me suis dit que je devais continuer et je suis revenu dans l’est, à Bourg-en-Bresse, l’hiver dernier. Mais cette saison ne s’est pas déroulée comme je l’aurais voulu.
Pourquoi ?
J’étais vraiment motivé et je me suis peut-être un peu surentraîné. J’avais déjà une grosse fatigue en sortant de l’hiver. C’était vraiment l’année ou jamais… Je me suis mis un peu trop de pression, et j’en ai un peu trop fait. En fin de compte, je fais l’une de mes pires saisons. J’ai quand même eu des résultats positifs en Classe 2. Mais sur les courses Élites, ça court tellement différemment. Il faut quand même du jus et du punch. Je n’étais peut-être pas non plus dans les meilleures dispositions avec une équipe qui était vraiment focus sur les grimpeurs. Ça ne m’a pas vraiment mis en confiance. Je n’ai pas eu beaucoup de résultats. Ça m’embêtait de m’arrêter là-dessus alors je vais continuer le vélo en parallèle de mes études.
DE RETOUR SUR LA PISTE
Est-ce simple de mettre le vélo au second plan ?
On dit souvent que le vélo amateur va mal au niveau financier mais je trouve qu’il y a aussi un problème au niveau des “risques” qu’on prend en tant que coureur. Je ne parle pas que de sécurité. J’aurais pu faire un Master à mi-temps et continuer le vélo amateur à haut niveau, mais ce n’est pas un sport où on peut faire ça un peu à la cool. Les places sont chères, surtout qu’il y a de moins en moins d’équipes. Je ne voyais pas l’intérêt de faire une saison à moitié, surtout à 25 ans. Il faut les financements et c’était compliqué de faire des études et encore beaucoup de vélo. Mais je ne compte pas arrêter totalement.
C’est-à-dire ?
La première semaine où j’ai “arrêté” dans mon esprit, c’est le moment où je me suis le plus entraîné. La passion et l’envie sont encore là. Je vais prendre une licence en Suisse pour faire les courses nationales. Il n’y en a que six. Je vais courir au VC Lancy, qui a toujours été mon club. Je ne peux pas m’engager sur un calendrier de 50 jours de course. Je serai enfin Suisse à partir de décembre (il y vit depuis 10 ans, NDLR) donc je vais aussi faire le Championnat sur route chez les Élites, ça va être cool. Je reprends aussi la piste, parce que c’est quand même mon petit péché mignon. J’adore ça !
Dans quel état d’esprit vas-tu continuer ?
Le but n’est plus de passer pro mais juste de faire du mieux possible et de me faire plaisir. Si les études le permettent, je ferai quelques courses en France mais ce n’est plus la priorité. Ça sera plus simple pendant l’été, même pour m’entraîner. C’est pour ça aussi que la piste, ça me va bien. Ça demande moins de temps. Sur la route, il faut s’entraîner comme un pro.
« C’EST SOUVENT MARCHE OU CRÈVE »
Quel regard portes-tu sur ta carrière chez les Amateurs ?
Mon père m’a demandé si je conseillais à un jeune de faire ce que j’ai fait. Franchement, oui et non. Ce n’est pas toujours évident, c’est souvent marche ou crève. Mais je n’ai pas de regrets. J’ai vraiment apprécié ma première année chez AG2R. C’était excellent. J’ai vraiment beaucoup appris, avec un très bon calendrier de course. Puis je n’ai jamais eu un staff aussi passionné que celui de chez Morbihan. Il était investi dans la performance et il y avait un amour pour le vélo. J’ai vraiment eu beaucoup de chance d’être dans cette équipe avec des passionnés. Il y avait une spirale sportive. Je voudrais juste remercier ceux qui m’ont accompagné et ont cru en moi. Je suis hyper reconnaissant des opportunités que j’ai pu avoir. Ce n’est pas tout le monde qui peut faire partie d’une équipe comme le CCF, qui était vraiment structuré, ou de voir autre chose dans une équipe de grimpeurs comme Bourg. Tout ce que j’ai appris, je pourrai l’utiliser toute ma vie.
Comment vois-tu ton avenir ?
Je suis en Master en psychologie clinique à Genève. J’aimerais vraiment devenir dans le futur psychologue du sport. Franchement, j’ai beaucoup d’empathie pour les jeunes. Ce n’est vraiment pas un milieu qui est facile. Tu te mets beaucoup de pression en passant des Juniors aux Espoirs. Ce n’est pas normal de se dire à 19 ou 20 ans que c’est déjà fini. J’ai eu la chance de côtoyer Jonas Geens qui est passé pro à 25 ans, même si j’ai conscience que c’est plutôt une exception. C’est un milieu qui manque encore un peu de garantie. Si tu passes pro, ça peut se terminer au bout de deux ans. C’est un sport difficile physiquement mais aussi mentalement. Le côté mental me passionne énormément parce que je connais les difficultés et les problèmes qu’il y a dans ce milieu. Et je pense que ça s’applique à beaucoup de sports.