Par
Clémence Pays
Publié le
29 nov. 2025 à 14h21
342 165. C’est le nombre de vaccins contre la grippe ayant été remboursés par l’Assurance Maladie en Bretagne depuis le 14 octobre 2025, début de la campagne de vaccination. C’est bien (+ 9,7 % par rapport à la campagne précédente), mais pas suffisant. « Notre message est clair : il est encore temps de se faire vacciner contre la grippe », martèle Nathalie Le Formal, directrice de la Santé publique, à l’Agence régionale de santé (ARS Bretagne).
Lors d’une conférence de presse organisée mercredi 26 novembre 2025, différents acteurs de la santé se sont réunis à Rennes, au siège de l’ARS Bretagne pour faire passer ce message.
La grippe, ce n’est pas un simple rhume. Cela peut entraîner des hospitalisations voire des décès.
Nathalie Le Formal
Directrice de la Santé publique, à l’Agence régionale de santé Bretagne
En 2024, en Bretagne, 11 000 actes SOS Médecins et 5 000 passages aux urgences ont été enregistrés pour des cas de grippe. « La plupart du temps ces personnes étaient non vaccinées », précise Bertrand Gagnière, médecin épidémiologiste Santé publique France. Ce même hiver, en France, 17 000 personnes sont décédées après avoir eu la grippe.
Une campagne d’invitation à se faire vacciner
Alors pour faire mieux que l’an passé, l’ARS Bretagne et l’Assurance Maladie mettent les petits plats dans les grands. « Près d’un million d’invitations [à se faire vacciner, N.D.L.R.] ont été envoyées aux ressortissants de l’Assurance Maladie », annonce Nathalie Le Formal. 25,8 % de ces destinataires ont reçu leur injection contre la grippe.
Pour améliorer ce résultat, « on ne se contente pas seulement d’envoyer une première invitation, il y a un suivi avec des relances », appuie Chrystèle Le Bihan, directrice de la coordination régionale de la gestion du risque, à la CPAM 35.
Une particularité est prévue dans le Morbihan, avec « une campagne d’appels sortants » à destination des personnes catégorisées comme prioritaires pour la vaccination contre la grippe, à savoir « les personnes en affection longue durée (ALD), ceux qui ont 65 ans cette année et les femmes enceintes », énumère Chrystèle Le Bihan.
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Pour qui le vaccin contre la grippe est conseillé ?
L’ARS invite les publics suivant à se faire vacciner contre la grippe durant la campagne vaccinale du 14 octobre 2025 au 31 janvier 2026 :
– toutes les personnes âgées de 65 ans et plus ;
– les personnes, âgées de 6 mois ou plus, atteintes de comorbidités ayant un risque plus élevé de forme grave de la maladie (maladies chroniques cardiaques, vasculaires, hépatiques, rénales, pulmonaires, diabète, obésité, cancers, personnes ayant subi une greffe d’organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques) ;
– les personnes immunodéprimées ;
– les femmes enceintes ;
– les résidents en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et unités de soins de longue durée (USLD) et les résidents en établissements pour personnes en situation de handicap ;
– les personnes à très haut risque de forme grave selon chaque situation médicale individuelle et dans le cadre d’une décision partagée avec les équipes soignantes ;
– les personnes vivant dans l’entourage ou en contacts réguliers avec des personnes immunodéprimées ou vulnérables, y compris les professionnels des secteurs sanitaire et médico-social ;
– les professionnels de santé et du secteur médico-social, très exposés, qui peuvent se contaminer entre eux et contaminer leurs patients ;
– les professionnels exposés aux virus influenza porcins et aviaires.
« C’est un sujet de santé publique. La grippe peut être source de forte tension sur le système de santé à cette période » où les virus respiratoires circulent et durant laquelle le personnel soignant est fortement sollicité.
La vaccination des professionnels de santé en baisse
Personnel soignant qui est d’ailleurs fortement invité à se faire vacciner contre le virus. En effet, la couverture vaccinale des professionnels est insuffisante et diminue chaque année. En moyenne, « un professionnel de santé sur cinq (au contact de patients ou de résidents en Ehpad) est vacciné. Ce qui est très peu », alerte Nathalie Le Formal.
Un chiffre loin des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui préconise une couverture vaccinale de 75 %.
Alors à l’hôpital Pontchaillou, la direction tente de « simplifier l’accès à la vaccination », avec par exemple la possibilité pour le personnel de nuit de se faire vacciner sur ses horaires de travail, ce qui évite de revenir au CHU en journée.
« On insiste aussi sur le fait que c’est sûr que l’on va rencontrer la grippe si on travaille à l’hôpital », poursuit le professeur Pierre Tattevin.
Même si on respecte les règles et les gestes barrières en tant que soignant, sans être vacciné, cela ne suffit pas car on est contagieux 24 heures avant l’apparition des premiers symptômes.
Pierre Tattevin
Professeur au CHU Pontchaillou de Rennes et médecin infectiologue
Réduire les barrières pour passer le cap du vaccin
Alors pourquoi professionnels de santé comme particuliers n’ont pas le reflex (ou l’envie) de se faire vacciner contre ce virus ? L’ARS Bretagne a mené une enquête sur l’hésitation vaccinale auprès des professionnels de santé.
« La confiance dans le vaccin, la faible perception du risque, l’accès au vaccin, l’intérêt collectif, ou la confiance dans le système, ce qui vient des autorités » sont les principaux axes qui en découlent.
Il y a beaucoup d’affect autour du vaccin. Il faut remettre de la rationalité : la grippe revient tous les ans avec un excès de mortalité. On a tout ce qu’il faut pour éviter de faire circuler le virus et être fragilisé par l’infection.
Nathalie Le Formal
Directrice de la Santé publique, à l’Agence régionale de santé Bretagne
Pour comprendre également ce qui peut freiner les particuliers, il faut « prendre en compte les usagers pour savoir comment réduire les barrières » entre eux et l’accès au vaccin, dévoile Thierry Prestel, vice-président de la commission prévention de la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA).
Mais ce n’est pas tout. Le médecin épidémiologiste, Bertrand Gagnière a pu observer que les patients n’ont « pas conscience des conséquences d’une infection virale ».
« La grippe s’inscrit dans un écosystème d’autres maladies, telles que la Covid, la bronchiolite… »
C’est une tempête immunitaire, qui peut entraîner des AVC (accident vasculaire cérébral) ou des infarctus du myocarde.
Bertrand Gagnière
Médecin épidémiologiste Santé publique France
« La grippe est un motif d’admission en réanimation », appuie le professeur Pierre Tattevin, du CHU Pontchaillou à Rennes.
« Chez les personnes âgées, les infections virales sont souvent associées à un déclin cognitif et à une diminution de l’autonomie. On est vivant, mais plus dans le même état », poursuit Bertrand Gagnière.
Pas encore d’épidémie en France
En France, aucune activité épidémique concernant la grippe n’est recensée à ce jour, selon l’ARS. Toutefois, « en Grande-Bretagne, le début de l’épidémie a été précoce et brutal, constate le médecin épidémiologiste. La souche qui circule (H3N2) se traduit souvent en France par une forme plus agressive pour les personnes âgées que pour la souche H1N1. » Bertrand Gagnière remarque également que si l’Hexagone est encore en « période pré-épidémique, cela frémit en Bretagne ».
L’hiver dernier la période d’épidémie a été « assez longue » avec 12 semaines comptabilisées, de début décembre 2024 à fin février 2025.
Le vaccin met environ deux semaines avant d’être totalement efficace. « Se vacciner maintenant, c’est se protéger pour le cœur de l’hiver », encourage donc l’ARS Bretagne.
Et bien que « l’efficacité moyenne du vaccin se situe autour de 50 % », si une personne vaccinée contracte la grippe, elle développera une forme « moins grave et moins contagieuse » que sans vaccin, abonde le professeur Pierre Tattevin. « Avoir la grippe malgré le vaccin ne doit pas être vécu comme un échec », conclut le professionnel du CHU de Rennes.
Le vaccin contre la grippe est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, pour les personnes ciblées par la campagne. La vaccination peut être réalisée par un médecin, un pharmacien, une sage-femme ou un infirmier.
Plus d’informations sur la campagne de vaccination grippe sur le site Ameli.
Plus d’informations sur les gestes barrières sur le site de Santé publique France.
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