Strasbourg n’a pas été gérée par la droite depuis 2008. Et les sept années du tandem formé par Fabienne Keller et Robert Grossmann apparaissent comme une parenthèse. C’est le seul mandat de droite depuis la conquête de la ville par la gauche et Catherine Trautmann en 1989. Strasbourg est toujours plus à gauche, ce qui n’empêche pas le candidat Les Républicains Jean-Philippe Vetter de considérer la victoire à sa portée en mars prochain.

« Le changement que nous appelons de nos vœux n’est plus un lointain espoir », a-t-il affirmé lors d’une réunion publique, le 18 novembre, fort d’une deuxième place dans un sondage commandé par ses soins et face à une gauche divisée. Le conseiller municipal d’opposition et conseiller départemental, soutenu par le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) Frédéric Bierry, a pour modèle le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc qui, après l’avoir perdue, a su reprendre la ville rose à la gauche. Lors de la réunion à l’Aubette, des maires bas-rhinois – et de droite – sont venus lui apporter leur soutien : Bernard Fischer (Obernai), Stéphane Leyenberger (Saverne), Thibaud Philipps (Illkirch) ou encore Catherine Graef-Eckert (Lingolsheim).

La droite bas-rhinoise s’organise en effet en soutien comme l’explique le patron des LR bas-rhinois et député de Saverne Patrick Hetzel. « Pour les Strasbourgeois, il y a intérêt à ce qu’il y ait une alternance. C’est aussi la question de la façon dont la maire gère ou non sa centralité. Quand Jeanne Barseghian prend des décisions en tant que maire de Strasbourg, cela peut avoir des conséquences loin de Strasbourg, comme pour la ZFE [zone à faibles émissions] par exemple », développe-t-il.

Troisième tour à l’Eurométropole

La ZFE relève de l’Eurométropole et c’est l’autre enjeu de l’élection strasbourgeoise. « Aujourd’hui, pour ma commune, c’est important qu’il y ait un changement de cap à l’Eurométropole et donc à la ville de Strasbourg », justifie Catherine Graef-Eckert, qui critique la gouvernance de Pia Imbs et des écologistes. Strasbourg dispose en effet de 48 des 99 sièges de l’assemblée métropolitaine. La vice-présidente de la CEA, encore discrète sur ses ambitions, avait été candidate à la présidence de l’agglomération en 2020. Le maire d’Illkirch, lui, a déjà dit qu’il visait cette fonction et prône une nouvelle gouvernance plus large. En cela, « Strasbourg a un rôle central. Et le fait que les administrations Ville-Eurométropole soient fusionnées accentue encore cela », observe Thibaud Philipps.

Le vice-président de la région estime que pour reconquérir Strasbourg, il faudrait une alliance large à l’image de l’opposition au tram nord où ferraillaient ensemble Jean-Philippe Vetter, Pierre Jakubowicz (Horizons, MoDem et Renaissance) et Catherine Trautmann (PS). D’ailleurs le 18 novembre, Vetter, qui se sait coincé entre le RN et le centre, a montré des accents très droitiers, tout en tendant la main au centriste Jakubowicz et même aux sociaux-démocrates.

Dans une course municipale où les observateurs imaginent une triangulaire, voire une quadrangulaire, la question des alliances sera essentielle, à gauche comme à droite, et posera la base du troisième tour, à l’Eurométropole.