À la SNCF, la retraite des contrôleurs
partis avant 60 ans alimente fantasmes et jalousies. Qui touche
quoi et pour combien de temps encore, les chiffres bousculent les
idées reçues.
Partir à la retraite avant 60 ans tout en gardant un bon niveau
de vie, c’est un peu le fantasme qui plane autour des cheminots. Le
cas du contrôleur SNCF, officiellement ASCT (Agent
du service commercial train), cristallise encore plus les réactions
: horaires décalés, contrôles en pleine nuit… et, en face, une
retraite contrôleur SNCF jugée très avantageuse
par une partie de l’opinion. Mais que disent vraiment les chiffres
quand on regarde la pension d’un contrôleur parti avant 60 ans
?
Le régime spécial de la SNCF a longtemps permis des départs plus
précoces que dans le privé. Les agents dits « sédentaires » – dont
les contrôleurs – pouvaient partir entre 55 et 57 ans selon leur
année de naissance, alors que les conducteurs de trains obtenaient
un départ encore plus tôt, entre 50 et 52 ans. Avec la réforme,
l’âge recule de deux ans à partir de 2025, mais certains
contrôleurs ayant fait valoir leurs droits juste avant continuent
de toucher leur pension avant 60 ans. Les chiffres qui suivent ne
laissent pas indifférent.
Comment se calcule la retraite d’un contrôleur SNCF parti
avant 60 ans ?
Pour comprendre combien gagne vraiment un contrôleur une fois
retraité, il faut d’abord regarder la règle de calcul.
Contrairement au privé, où la pension est basée sur les 25
meilleures années, le régime spécial de retraite
SNCF retient le salaire des six derniers mois, période où
la rémunération est souvent la plus élevée. La formule officielle
est la suivante : salaire mensuel moyen des 6 derniers mois × 75 %
× (durée validée à la SNCF / durée d’assurance de référence à la
SNCF).
Ce dernier ratio dépend du nombre de trimestres validés. Pour
bénéficier d’une retraite à taux plein, un agent né entre 1972 et
1974 doit ainsi justifier de 170 trimestres, ceux nés entre 1975 et
1977 doivent atteindre 171 trimestres, et à partir de 1978, il faut
172 trimestres. Si ce seuil n’est pas atteint, une décote
s’applique : 1,25 % de moins par trimestre manquant, dans la limite
de 20 trimestres, soit jusqu’à 25 % de pension en moins pour un
contrôleur qui partirait vraiment trop tôt.
Exemple concret : le cas d’Evelyne et l’ordre de grandeur
des pensions
Un témoignage permet de mettre un visage derrière ces règles.
Evelyne, retraitée de la SNCF, témoigne au Figaro : « comme je
totalisais plus de 15 ans de service à la SNCF, j’ai pu partir à la
retraite dès l’âge de 57 ans ». À ce moment-là, son salaire
atteignait 2 900 euros brut par mois. En appliquant la formule de
calcul et ses 32 années de carrière à la SNCF, le montant de sa
pension tourne autour de 2 175 euros brut, soit environ 1
950 euros net par mois.
Evelyne est entrée à la SNCF en 1987 et est partie en 2019, à
une époque où les salaires étaient moins élevés qu’aujourd’hui.
Pour un contrôleur entré à 25 ans, ayant travaillé plus de 30 ans
et parti avant 60 ans avec un salaire de fin de carrière supérieur,
la pension peut donc grimper davantage. Les données mises en avant
évoquent un maximum qui peut aller jusqu’à 2 900 euros brut
de pension dans les cas les plus favorables, quand la
carrière est complète et sans décote.
Retraite contrôleur SNCF :
combien en moyenne, et pour combien de temps encore ?
En pratique, les chiffres disponibles indiquent qu’un contrôleur
de train type part aujourd’hui avec une pension moyenne
d’environ 2 500 euros brut par mois, soit près de 700
euros de plus que la retraite moyenne en France, qui tourne autour
de 1 800 euros brut. Ce niveau s’explique par le taux de
remplacement pouvant approcher 75 % du dernier salaire et par la
prise en compte d’une grande partie des primes dans les six
derniers mois, même si environ 15 % de la rémunération (certaines
primes spécifiques) ne rentrent pas dans le calcul.
Le contexte, lui, change rapidement. Le régime spécial est en
voie d’extinction : depuis 2020, les nouveaux recrutés à la SNCF
cotisent au régime général de la Cnav, comme les salariés du privé,
avec une retraite calculée sur l’ensemble de la carrière et non
plus sur les six derniers mois. À partir du 1er janvier 2025, l’âge
de départ est reculé de deux ans : il passe de 57 à 59 ans pour les
agents sédentaires, et de 52 à 54 ans pour les conducteurs. Des
dispositifs de fin de carrière internes permettent encore, dans
certains cas, de cesser effectivement l’activité jusqu’à 18 mois
avant la date théorique tout en percevant environ 75 % du salaire,
mais les profils de contrôleurs SNCF partis à la retraite avant 60
ans avec une pension confortable relèvent de plus en plus des
anciennes générations déjà en fin de parcours.