Deux maisons presque identiques, côte à côte sur une maquette
japonaise : en cinq secondes, un cambrioleur sait déjà laquelle
mérite qu’il s’arrête. Pour un œil non averti, elles se
ressemblent. Pour quelqu’un qui guette la meilleure occasion de
forcer une porte, tout oppose la maison qui plaît aux
voleurs et celle qu’ils préfèrent éviter.
Derrière ce modèle miniature se trouve Security
House, une entreprise nippone spécialisée dans la
sécurité, qui a conçu il y a une vingtaine d’années une maquette
éducative à la demande des polices locales. Sortie de son entrepôt
pour être exposée lors d’un salon à Kyoto et
relayée par le journal Sankei, elle compare une maison très exposée
aux risques de cambriolage à une autre, pensée
pour les faire fuir. Tout se joue dans des détails que l’on finit
souvent par ne plus voir chez soi.
Maison qui plaît aux voleurs : ce que la maquette japonaise met
en avant
Pour Fukuyoshi Kondo, chef de la planification
des opérations chez Security House, les cambrioleurs ne se jettent
jamais sur une adresse sans l’avoir observée. Il rappelle que les
voleurs « repèrent toujours les lieux avant de passer à l’acte »,
expliquait-il au magazine Modes et Travaux. Sur la première maison
de la maquette, celle de gauche, tout est fait pour les rassurer :
hauts murs, haies épaisses, recoins et angles
morts leur promettent de pouvoir agir à l’abri des regards
une fois le portail franchi.
À ces cachettes s’ajoutent une série d’indices très concrets,
que la maquette illustre et que les forces de l’ordre constatent
régulièrement sur le terrain :
- une boîte aux lettres qui déborde de courrier, signe de longue
absence ; - du linge laissé plusieurs jours à sécher dehors sans bouger
; - un jardin ou une terrasse isolés, sans éclairage à détection
; - des fenêtres faciles d’accès et mal sécurisées côté cour ;
- des stores toujours fermés ou toujours ouverts, qui trahissent
une routine figée ; - un portail automatique fréquemment laissé ouvert ou
défectueux.
L’accumulation de ces signaux donne l’image d’une maison vide et
protégée des regards du voisinage. Les experts japonais rappellent
aussi que de nombreux cambriolages se produisent entre 2 h et 5 h
du matin et durent moins de dix minutes, ce qui pousse les voleurs
à privilégier les lieux où ils ne risquent ni rencontre inopinée ni
bruit suspect.
La maison que les voleurs détestent : visibilité, signes de vie
et bons réflexes
La maison de droite, sur la même maquette, envoie au contraire
un message clair : ici, tout se voit. Au lieu de murs opaques, une
clôture ajourée laisse passer le regard depuis la
rue ou les fenêtres voisines. La façade est dégagée, les angles du
jardin sont visibles, les accès ne débouchent pas sur des zones
d’ombre. Selon les spécialistes de Security House, ce simple effet
de transparence augmente fortement la probabilité qu’un intrus soit
remarqué par un voisin ou un passant, ce que les voleurs cherchent
à éviter à tout prix.
D’autres détails dissuasifs complètent ce décor plus ouvert. Les
scénarios illustrés sur la maquette mettent en avant des capteurs
infrarouges, des détecteurs de mouvement, voire des caméras,
capables de se déclencher au moindre passage. Surtout, la maison
« idéale » pour les forces de l’ordre paraît habitée : la boîte aux
lettres est régulièrement vidée, les objets du jardin changent de
place, les lumières extérieures s’allument au mouvement. Autant de
signaux de vie qui suffisent souvent à faire préférer une autre
cible.
Pourquoi cette maquette de Security
House reste actuelle contre les cambriolages
Ce modèle comparatif a été conçu il y a une vingtaine d’années
pour servir d’outil pédagogique lors d’actions menées par les
polices locales japonaises. Resté longtemps dans un entrepôt, il a
été ressorti pour une exposition à Kyoto, aux côtés des toutes
dernières technologies de sécurité : reconnaissance faciale,
applications connectées, caméras à vision nocturne. Pour autant,
comme le résume Fukuyoshi Kondo, « les principes fondamentaux de la
prévention du crime restent inchangés avec le temps ». Les
cambrioleurs restent sensibles aux présences humaines, aux bruits,
et renoncent rapidement dès que l’effraction devient
compliquée.
La réalité statistique rappelle l’actualité de ces messages,
bien au-delà du Japon. En France, le Service statistique
ministériel de la sécurité intérieure a recensé plus de
211 000 cambriolages de logements en 2023, soit
une hausse d’environ 11 % par rapport à l’année précédente, avec un
pic entre juillet et août. Dans ce contexte, la maquette de
Security House met surtout en scène une règle simple : plus une
maison est visible, vivante et active, moins elle ressemble à la
maison qui plaît aux voleurs, et plus elle se
rapproche de la maison que les voleurs
détestent.