l’essentiel
Marc Deloche, architecte et bijoutier, jongle entre deux passions. Il continue d’innover et parvient à lier ces deux échelles de la création, qui sont pour lui les deux facettes d’une même démarche artistique. Portrait.

Comme tout le monde, le cerveau de Marc Deloche contient deux hémisphères. Sauf que chez lui, l’un est dédié à l’architecture, sa vocation initiale, et l’autre à la bijouterie, sa passion improvisée. Deux arts, deux amours, qui contribuent à son équilibre tels les deux plateaux d’une balance interne. Il nous reçoit dans ses ateliers du quartier Jeanne-d’Arc. Invisibles depuis la rue, ces beaux locaux accueillent ses bureaux, et c’est aussi là que sont fabriquées la plupart de ses créations. Avec décontraction et style, il prend la pose photo, accoudé sur un bureau USM Haller rose en série limitée, assis dans un fauteuil Little Tulip de Pierre Paulin, une de ses bagues au doigt.

C’est donc là qu’il œuvre à ses deux destinées, entouré d’une équipe d’une douzaine de personnes. Un vrai chef d’entreprise, mais un véritable artiste dans l’âme. « Jeune, je faisais du dessin, je bricolais avec de la pâte à modeler et du fil de fer », se souvient-il. Issu d’une famille de médecins, à Montpellier, il entre à l’école d’Architecture UP1 à Paris par vocation : « Je rêvais d’une formation artistique qui débouche sur un vrai métier, qui puisse évoluer, confie-t-il. Je voulais avoir une démarche globale, qui pouvait m’amener au design, quel qu’il soit. »

Diplômé en 1994, il s’installe à Toulouse et réalise ses premiers projets. Il marque de son empreinte les boîtes de nuit du centre-ville, Mr Carnaval et le Frigo. Plus tard, on lui confiera le restaurant Chelala, le Meeting Lab et bien d’autres enseignes. Tout récemment, il a entièrement relooké les Enfants Terribles, aux Carmes. Mais le plus gros de son activité, ce sont les projets privés. « Actuellement, je suis sur le chantier d’une grosse maison, à Toulouse, dont je suis très fier… »

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La bague-médaille, clef du succès

En parallèle à ses débuts d’architecte, il commence à s’intéresser aux bijoux. « Je ne sais pas pourquoi, ça m’a toujours tracassé. Une jeune femme, qui était en stage dans mon cabinet d’architecte, m’a présenté son père joaillier. C’est lui qui m’a appris les rudiments », se rappelle Marc Deloche. Il ouvre sa première boutique rue Antonin-Mercié, au centre-ville, en 1999 et installe ses bureaux au-dessus. Le succès n’est pas immédiat. « J’ai mangé mon pain noir », précise-t-il même. Il viendra avec sa création phare : la bague-médaille. Cet anneau, attaché à un petit disque en argent, émet en mouvement un bruit qui lui rappelle le « cliquetis des bijoux de sa grand-mère » et fait fureur chez les adolescents. « Certains sont devenus addicts ! Ça fait un sacré boucan mais c’est joyeux, sourit-il. C’est comme porter un charms au doigt. Aujourd’hui on en trouve partout, mais à l’époque c’était vraiment nouveau. »

Il imagine d’autres pièces iconiques. Un vrai bestiaire, même : bague bouledogue, tête de taureau, de gazelle… Des pièces « qui ont de la consistance ». « Les bijoux sont liés à notre personnalité. Le matin, quand on décide d’en mettre un, ça en dit long sur qui on est, et notre état d’esprit ». Marc Deloche aime aussi les bijoux mixtes : « Parce que je suis un garçon et j’avais envie d’en faire aussi pour moi. Peu à peu, les hommes s’y sont mis ». Là aussi, on peut reconnaître au créateur d’avoir eu une longueur d’avance sur son époque.

Une question d’échelle

Pour lui, ses deux passions sont liées. « C’est juste une question d’échelle », dit-il souvent. « J’ai la chance de faire deux métiers qui me plaisent et qui ont créé du lien. Hier j’ai pris le métro, j’ai cédé ma place à une dame, qui portait une bague à moi. »

Amoureux des matières et des savoir-faire qu’il se plaît à détourner, il aime le « cheminement » de la création et l’adaptabilité des choses. « Je dessine beaucoup d’éléments chez mes clients : des bars, des têtes de lit, des bureaux, des placards. » Ainsi, il vient de collaborer sur des lunettes avec les opticiens toulousains Monique + Marcel. Il a également dessiné des vases en céramique pour la manufacture italienne Rometti, qui seront présentés au prochain salon Maison & Objet.

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Les dates clefs de sa vie

1967 Naissance à Montpellier

1994 Arrivée à Toulouse, son diplôme d’architecte en poche

1999 Ouvre sa première boutique rue Antonin-Mercié

2001 Ouvre un magasin à Paris

2014 Lancement des collections de joaillerie numérotées

2019 Ouverture de ses ateliers dans le quartier Jeanne d’Arc

Comme le maître Le Corbusier, il pense global. « J’adore concevoir une sorte de maison d’artiste chez mes clients, où chaque détail – poignée de porte, applique – est une œuvre en soi, ajoute-t-il. Le but d’un architecte, c’est d’apporter des réponses à certains problèmes, de donner une valeur ajoutée, tout en restant dans une enveloppe budgétaire. Mais le plus important, c’est qu’ils aient une émotion, un effet wow ! Nous vivons dans une époque où on manque d’audace. La table Knoll, personne n’en voulait au départ ! » Elle est désormais un classique du design, tout comme Marc Deloche est devenu une institution à Toulouse.