C’est une nouvelle dont ils se seraient bien passés à l’approche des fêtes de fin d’année. À Rennes, les quelque 240 salariés de l’hypermarché Carrefour du centre commercial Alma ont appris, la semaine dernière, le placement en redressement judiciaire de leur magasin. « C’est très dur pour tout le monde », confie Benjamin Gouezigoux, le délégué syndical CGT du supermarché, l’un des plus grands de Bretagne avec 10 000 m² de surface. Le magasin n’est pas le seul concerné. Le tribunal de commerce de Rennes a également placé en redressement les hyper Carrefour de Saint-Renan (29) et Plouzané (29), près de Brest, ainsi que celui de Grâces (22), dans la région de Guingamp. Les quatre magasins emploient au total plus de 650 salariés et sont détenus par le groupe finistérien Pont de Bois, appartenant à la famille Guillerm.
À Rennes, la procédure de redressement intervient sur fond de difficultés financières depuis de nombreuses années. Elle fait également suite à un différend commercial entre Pont de bois et Carrefour à Saint-Renan et Plouzané, et à la dénonciation du contrat d’exploitation liant les deux entreprises à Rennes : un contrat de « location-gérance », variante de la franchise où l’enseigne de grande distribution reste propriétaire du fonds de commerce. Le Carrefour de Rennes-Alma a basculé sous ce statut en mars 2022, ce qui a notamment conduit à la remise en cause des différents accords d’entreprise,
au grand dam des salariés
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Salaires en attente
Au sein du personnel rennais, le placement en redressement a généré de nombreuses inquiétudes. « Nous avons été mis au courant de tout ça mais la direction ne communique pas directement. Elle communique auprès du CSE [comité social et économique], qui parle ensuite aux managers, qui font à leur tour redescendre l’information, regrette Benjamin Gouezigoux. Au final, nous sommes dans le flou. On sait qu’il y a des discussions mais on n’a pas plus de détails. »
Au-delà, les salariés se questionnent sur leur paie de novembre, qui n’a pas encore été versée. « Les salariés sont payés habituellement en fin de mois, or on est début décembre et il n’y a rien. Ils ne seront pas payés d’ici plusieurs jours, dans le meilleur des cas », déplore Erwanig Le Roux, délégué CFDT groupe chez Carrefour. « Beaucoup ont des prélèvements en début de mois. Et pour la plupart, ils sont payés à peine au-dessus du Smic. Ils vont donc tous devoir trouver des solutions pour faire face à ça. En gros, c’est la panique », ajoute le syndicaliste, longtemps employé à Cesson-Sévigné (35), près de Rennes. Pour lui, c’est aujourd’hui au groupe Carrefour de faire en sorte que les salaires soient payés. « Un courrier part dès aujourd’hui pour leur demander qu’ils s’assurent que les salaires soient versés, peu importe le moyen. »
« Pérenniser l’activité et les emplois »
De son côté, la direction du groupe Pont de Bois se veut rassurante. Le placement en redressement judiciaire est « une démarche volontaire et assumée de notre part, afin de garantir la pérennité de l’activité et des emplois », déclare Pierre Guillerm au Télégramme. « Cela nous permet aussi d’entamer des discussions sur le problème de fond et les prix des produits », poursuit le dirigeant, qui ajoute : « Des communications ont été mises en place en interne pour pouvoir expliquer la situation aux salariés ».
Sur les salaires, Pierre Guillerm indique que les délais de versement sont liés aux démarches administratives. «Comme le jugement de redressement est intervenu à la fin du mois de novembre, mercredi dernier, c’est le temps que tout se mette en place […] C’est imminent», assure le Finistérien, qui affirme
que Pont de bois va continuer à verser les salaires.