Publié : 7h38 – Modifié : 8h17 Hélène HAMON

Le centre éducatif Tréméac, qui abrite le dispositif La Fabrique 16-25
Crédit : Zoé Besnard
A Nantes, la Fabrique 16-25, service social destiné aux moins de 25 ans en grande précarité s’arrêtera à la fin décembre. Un choix de la DREETS des Pays de la Loire, qui a décidé de pas reconduire son financement. Les intervenants sociaux de la structure sont en colère.
C’est un nouveau coup dur pour secteur social en Pays de la Loire. A Nantes, le dispositif La Fabrique 16-25, niché dans le centre éducatif Tréméac, destiné à venir en aide aux jeunes sans abri va mettre la clé sous la porte à compter du 31 décembre. Cela faisait trois ans que cette structure existait, grâce à un appel à projets remporté en 2022. L’aventure s’arrête car la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire (DREETS) a décidé de ne pas reconduire son financement.
« On a appris l’arrêt du dispositif et le fait que les budgets n’étaient pas reconduits ».
Une énorme déception pour les jeunes accompagnés (28 suivis actuellement, 70 au total depuis trois ans), qui vont se retrouver sans solution d’hébergement, mais aussi pour les salariés qui trouvaient beaucoup de sens dans l’exercice de leur métier, selon Zoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositif. « Actuellement, nous sommes trois professionnelles, deux sur Nantes et une professionnelle avec un camion qui se déplace sur Saint-Nazaire, Nozay et Châteaubriant.
Toutes les trois nous accompagnons 33 jeunes. Plus globalement, depuis 2022, il y a eu 290 jeunes orientés, pour un peu plus de 70 jeunes entrés. Sachant que nous sommes les seules en Loire-Atlantique à travailler dans ce projet-là pour les moins de 25 ans. On pensait vraiment, au vu du travail fourni, qu’on allait pouvoir continuer, sans pour autant penser de manière naïve. Et le 12 novembre, malheureusement, on a appris l’arrêt du dispositif et le fait que les budgets n’étaient pas reconduits ».
Zoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositifZoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositif
C’est un coup de massue alors que les intervenants sociaux mettaient beaucoup de coeur à l’ouvrage. Au quotidien, le soutien aux bénéficiaires est total et efficace, retient Zoé Besnard. « On peut accompagner les jeunes de manière assez inconditionnelle. Il y a très peu de critères pour rentrer sur la Fabrique, si ce n’est le fait d’être en rupture. On est quand même avec des jeunes qui ont vécu de nombreuses ruptures familiales, scolaires, économiques, etc. qui ont connu la rue ou qui sont à la rue, c’est déjà extrêmement lourd. Et l’idée, c’est d’aller les raccrocher à des professionnels pour leur créer tout un réseau parce que ce sont des jeunes qui n’ont aucun réseau quand ils arrivent sur la Fabrique.
« Ce sont des jeunes qui sont tellement abîmés que les faire rentrer dans des cases, c’est compliqué »
Très rapidement, on se met en lien en fonction du projet de chaque jeune. Pour certains, c’est la santé, pour d’autres le logement. Pour d’autres, il y a moins de difficultés ou plus de ressources. Cela va plus vite vers l’emploi, parce que la finalité c’est quand même d’aller vers l’emploi. On a développé toute une pédagogie, une adaptabilité totale, parce que ce sont des jeunes qui sont tellement abîmés que les faire rentrer dans des cases, c’est compliqué… On est avec des jeunes qui nécessitent une présence éducative, peut-être pas quotidienne, mais à minima hebdomadaire ».
Zoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositifZoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositif
Plus globalement, le secteur de l’action sociale s’inquiète de la situation actuelle et de ne pas pouvoir poursuivre ce travail de fond. Les moyens alloués pour suivre efficacement ces jeunes ne sont plus suffisants et c’est toute une profession qui souffre. « Ce qui est très inquiétant, au-delà des lignes budgétaires, c’est vraiment les choix politiques menés, qui sont en train d’impacter directement les jeunes et les salariés qui n’ont rien demandé et qui s’acharrent au quotidien. Je ne peux que motiver les gens à s’informer, à lire, à écouter ce qui se passe autour d’eux. Se rendre compte que des assos comme nous, si elles sont amenées à disparaître, ça va être dramatique.
« C’est toute une profession qui souffre »
On est malheureusement plusieurs associations de l’action sociale à Nantes, impactées par ce genre de choses. Quand on voit ce qui se passe avec les missions locales, c’est tout un mouvement collectif, je pense, qui serait important de soulever. On est en train d’y travailler, mais encore une fois, l’annonce date d’il y a moins de deux semaines, on n’a pas encore eu le temps de travailler tout ça ».
Zoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositif Zoé Besnard, intervenante sociale au sein du dispositif
Au moins, trois des quatre salariés de la Fabrique 16-25 devraient être licenciés.