L’impressionnisme est-il français ? La question est esthétique et politique. Au-delà d’une simple méthode picturale, elle revient à déterminer si ce mouvement appartient à une culture nationale ou à la civilisation moderne. Il essaima, en tous les cas – l’histoire de l’art franco-française l’oublie parfois – et franchit les frontières ; mais alors, il s’imprégna de références propres à chaque pays. Après avoir étudié ses déclinaisons en Russie et en Hollande [1], Daniel Zamani entreprend de montrer ses développements en Allemagne, autour de Max Liebermann qui en fut le héraut. Celui-ci joua un rôle prépondérant dans sa diffusion, non seulement en tant que peintre, mais collectionneur également – il présenta des œuvres impressionnistes françaises dans sa villa de Wannsee, près de Berlin -, et fer de lance de la Sécession berlinoise, qui fut un écrin pour les avant-gardes.



1. Gotthardt Kuehl (1850-1915)

Orphelines à Lübeck, 1884

Huile sur toile – 98 x 125 cm

Dresde, Staatliche Kunstsammlungen

Photo : Staatliche Kunstsammlungen
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L’impressionnisme allemand se développa entre les années 1880 et 1930, c’est-à-dire quelque vingt ans après celui de Monet. Les artistes ne se contentèrent pas de copier leurs prédécesseurs, ils insufflèrent au mouvement leur propre sensibilité. La première salle du parcours thématique laisse d’ailleurs le visiteur français totalement perplexe : pas de paysages colorés, ni de scènes de la vie moderne, mais des jeunes filles dans des orphelinats, aux silhouettes sages sous leurs coiffes blanches, docilement penchées sur leurs ouvrages de couture, modestes et soignées à la fois (ill. 1). Ces scènes de genre de Max Liebermann, de Fritz von Uhde ou de Gotthardt Kuehl, travaillées avec une touche naturaliste, évoquent davantage l’influence de la peinture hollandaise que celle de l’Impressionnisme français, et témoignent d’un goût assumé des peintres allemands pour l’anecdote et la narration. Loin…