Alors que les tensions sont à vif entre trafiquants de drogue, l’enquête sur l’incendie criminel d’un appartement en 2024 dans le quartier Malbosc à Montpellier confirme l’implication du narcobanditisme marseillais.
« Ce n’est rien d’autre qu’un message envoyé par la DZ Mafia marseillaise à toute la mafia montpelliéraine. On ne va pas se cacher derrière son petit doigt. La DZ Mafia est en train de reprendre le territoire montpelliérain. »
Ce mardi matin à la cour d’appel de Montpellier, l’avocat général a livré une analyse lourde de sens, lors d’une audience de la chambre de l’instruction consacrée à de graves affaires criminelles liées au trafic de drogue. Les juges devaient entre autres examiner l’éventuelle libération d’un homme impliqué dans une fusillade mortelle le 8 avril 2025 à Baillargues (Hérault), celle d’un suspect impliqué dans un échange de tirs dans le quartier de la Devèze à Béziers, le 29 mai 2024, où un malfaiteur est mort, écrasé par une voiture volée, un pistolet-mitrailleur Scorpio à ses côtés.
La signature du gang criminel qui terrorise Marseille
Mais le dossier le plus frappant était celui de l’incendie d’un appartement du quartier Malbosc, à Montpellier, le 11 août 2024, qui porte clairement la signature du gang criminel qui terrorise Marseille, et dont l’influence ne cesse de s’étendre.
Ce jour-là, un commando cagoulé, armé d’une kalachnikov et d’un bidon d’essence déboule à Montpellier dans une résidence où vit un ancien trafiquant marseillais, venu se mettre au vert à sa sortie de prison.
Seule sa sœur s’y trouve : « Ils la mettent au sol, et brûlent son appartement, toute sa vie. Depuis, elle est terrifiée, alors qu’elle n’est liée ni de près ni de lien avec ce monde de narco criminels marseillais, elle a pour seul tort d’être la sœur de son frère » rappelle Me Florent de Saint-Julien, son avocat.
Kamel, 26 ans, déjà condamné pour trafic de drogue à Nîmes et qui demande sa libération, est l’un des membres de ce commando dévastateur. Au moment des faits, il disait gagner 15 000 € par mois en trafiquant, et tout claquer au casino. Avec sa petite amie, une Arlésienne, il a fait des repérages, puis l’aller-retour depuis Marseille, pour accomplir la mission qu’on lui avait donnée.
« L’enquête a établi un lien avec un trafic de stupéfiants sur Marseille et la DZ Mafia et des personnes rémunérées pour exécuter des violences dans ce cadre-là » rappelle la présidente de l’audience.
125 enquêtes policières visant des crimes qui lui sont imputés
« Il est ici question d’un commando qui se transporte à Montpellier, non pas pour s’approprier un nouveau point de deal, mais pour impressionner, avec une kalachnikov et surtout une autre arme, un bidon d’essence. Tout ceci a été fait au nom et pour le compte de la DZ Mafia » martèle encore l’avocat général, hostile à toute remise en liberté de Kamel.
Née en 2023 à Marseille, la DZ Mafia, dont le nom fait référence aux origines algériennes de ses membres, s’est fait remarquer par son ultraviolence et ses principaux dirigeants sont aujourd’hui incarcérés à la prison ultra-sécurisée de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Elle se distingue par l’utilisation de malfaiteurs très jeunes, payés pour exécuter des contrats, assassinats ou actes d’intimidation, notamment des incendies criminels.
Son nom est aussi utilisé comme un slogan, sans que tous ceux qui s’en revendiquent n’en soient forcément membres. Elle est ainsi soupçonnée d’avoir exécuté Medhi, le frère du militant antidrogue marseillais Amine Kessaci. Reste que son influence est réelle dans notre région, sur les points de deal de Nîmes, de Sète, de Perpignan et certainement de Montpellier. Selon le Parisien 125 enquêtes policières sont en cours visant des crimes qui lui sont imputés.