La France rejoint progressivement d’autres pays
développés confrontés à une baisse préoccupante des
naissances. Avec seulement 663 000 bébés nés l’an dernier,
le nombre de naissances a diminué de plus de 20 % en 15 ans, et
l’indice conjoncturel de fécondité s’établit à 1,62 enfant par
femme, un niveau inédit depuis la fin de la Première Guerre
mondiale. Cette tendance marque la fin de ce que certains
considéraient comme « l’exception démographique française »
et suscite de vives interrogations sur l’avenir démographique du
pays.
Face à cette situation, l’Assemblée nationale a lancé une
mission d’information pour analyser les causes et anticiper
les conséquences. Parmi les enjeux majeurs figure
l’impact sur le système de retraites par
répartition, déjà fragilisé, qui pourrait voir ses difficultés
financières s’accentuer. Les autorités et les experts cherchent
ainsi à comprendre comment inverser cette tendance ou au moins en
limiter les effets sur la société.
Retraites et natalité : un lien toujours plus fragile
D »après les informations de BFM TV, Renaud
Villard, directeur général de la CNAV, a rappelé devant
les députés que « le système de retraites a une sensibilité
inouïe à la démographie » et que, jusqu’à il y a dix ans,
« on n’anticipait pas cette baisse de la natalité ». Avec
moins de naissances, le nombre de cotisants par rapport aux
retraités va continuer de diminuer. Aujourd’hui, le ratio
est de 1,5 cotisant pour un retraité dans le régime
général et « à horizon 1970, le ratio va doucement
tendre vers 1. À 1, la question de la soutenabilité (du système) se
pose très directement », souligne Renaud Villard.
Le Conseil d’orientation des retraites avait pourtant basé ses
prévisions sur des hypothèses optimistes, avec un scénario de
référence de 1,8 enfant par femme et un scénario bas de 1,6, proche
du niveau actuel. Gilbert Cette, président du COR,
rappelle toutefois que « Avec 1,6, on reste les champions de
l’Union européenne. Mais personne ne sait si 1,6 est un plateau sur
lequel on va rester ou si nous allons rejoindre d’autres pays:
l’Italie c’est 1,2, l’Espagne c’est 1,2 (…). La moyenne de l’UE
est de 1,45… ». Il précise aussi que ces projections
s’appuient sur les données de l’Insee de 2021 et que « on va
sans doute revenir sur ces hypothèses dans notre prochain rapport,
en tout cas on en discutera » afin de tenir compte des
évolutions récentes.
Un déficit aggravé
Même si l’indice de fécondité se stabilisait à 1,6 enfant par
femme, les conséquences sur
le système de retraites resteraient sévères. Selon le COR, les
dépenses continueraient de croître avec le vieillissement de la
population tandis que le PIB progresserait moins vite « en
raison d’une population active moins dynamique associée aux
moindres naissances ». Cela ferait peser un poids croissant des
retraites sur la richesse nationale dès 2040, qui serait supérieur
de 0,6 point de PIB en 2070 par rapport à un
scénario à 1,8 enfant par femme.
Nathanaël Grave, sous-directeur chargé de la
prospective à la CNAV, prévient qu’une telle évolution pourrait
« dégrader le déficit du système de 60% à horizon 2070 »,
soit près de 30 milliards d’euros supplémentaires. La différence de
seulement 0,2 enfant par femme a donc un impact considérable sur la
soutenabilité du système, soulignant à quel point la démographie
reste un facteur clé pour l’avenir des retraites.
Faire des enfants pour sauver le pays ?
Yaël Mellul s’insurge
L’État incite les jeunes à avoir des enfants pour assurer
l’avenir des pensions, un message qui suscite la colère de
Yaël Mellul, militante française pour le droit des
femmes. Au micro d’Estelle Midi, l’ancienne avocate
dénonce la logique économique derrière cet appel : « Si on ne
fait pas d’enfants aujourd’hui, c’est parce que les ménages ne font
pas d’argent ! Quand ils ont un enfant, il ne peuvent pas en fait
un deuxième, parce que ça coûte cher ! »
Pour elle, réduire la natalité à un enjeu financier est
inacceptable. Elle ajoute : « Ce qui me révolte le
plus, c’est d’appréhender la natalité sous un prisme
économique. » Elle conclut en rappelant l’importance de la
liberté individuelle : « Faire un enfant, ce n’est pas pour la
patrie ! On parle de faire un enfant pour sauver les retraites…
Ça me gêne ! On n’est pas des mères porteuses pour le bien de
l’État ! »