Les concessions sont vides et les usines
tournent au ralenti. Face à des tarifs devenus délirants, les
automobilistes envoient un message aux industriels via cette
enquête.
L »industrie automobile européenne traverse une crise
structurelle profonde, marquée par une chute des ventes de 23 % en
France par rapport à l’avant-Covid. La raison de cette désaffection
est purement financière. Avec un prix moyen ayant bondi en quelques
années, la voiture neuve est devenue un produit inaccessible pour
la majorité des ménages. Selon l’Observatoire Cetelem 2026, les
consommateurs réclament désormais un retour à la simplicité pour
faire baisser la note.
La fracture automobile
Il suffit de jeter un œil aux chiffres de novembre pour sentir
le vent glacial qui souffle sur le secteur automobile. Ce n’est pas
plus un passage à vide, mais une véritable pneumonie. En France,
comme chez la plupart de nos voisins européens,
le marché est en état de léthargie avancée. Si l’on regarde
dans le rétroviseur, la chute donne le vertige. Par rapport à la
« vie d’avant », celle de 2019, les ventes dans l’Hexagone
ont dévissé de 23 %. Concrètement, cela signifie qu’il
manque chaque année entre 500 000 et 600 000 voitures neuves à
l’appel depuis 2020. C’est colossal.
Cette situation met toute la filière sur la corde raide. Comme
le souligne Flavien Neuvy, de l’Observatoire Cetelem, des volumes
aussi faibles mettent en péril l’outil industriel. Une
usine qui ne tourne pas à plein régime est une usine qui perd de
l’argent. Mais au-delà des chaînes de montage, c’est sur
la route que les conséquences sont visibles. Faute de pouvoir
acheter du neuf, les gens gardent leurs vieux véhicules. Résultat,
le parc vieillit, s’encrasse, et plus de la moitié des voitures en
circulation ont désormais plus de dix ans.
Mais pourquoi les ménages boudent-ils les showrooms ? La réponse
tient en quelques chiffres qui font mal au compte en banque. Le
média
Les Echos révèle que l’Observatoire Cetelem a posé la question
à près de 16 000 Européens, et le verdict est sans appel,
particulièrement en France. Pour 94 % des personnes interrogées
dans l’Hexagone, le prix des voitures est devenu trop
élevé. Et ils ont raison, car le prix moyen d’une voiture
neuve vendue en France est passé de 28 203 euros en 2020 à 35 181
euros en 2024. Une augmentation de 7 000 euros en quatre ans. Qui a
vu son salaire augmenter d’autant sur la même période ? Personne.
La voiture neuve, autrefois marqueur social accessible à la classe
moyenne, est maintenant réservée à un club restreint.
Quelle issue ?
Alors, quelle est la solution ? Les automobilistes, eux, ont des
idées très précises sur la question. Si une large majorité (75 %)
aimerait que les constructeurs rognent sur leurs marges,
c’est sur la conception même des voitures que se joue
l’avenir. Le public est prêt à faire des concessions pour
faire baisser la note. L’étude Cetelem montre que 81 % des sondés
accepteraient d’avoir moins de choix dans les gammes si cela
permettait des économies d’échelle. Plus intéressant encore, deux
tiers des consommateurs plaident pour des voitures « moins
chères, mais plus simples ». Cela va à l’encontre de tout ce
que l’industrie nous vend depuis vingt ans.
On nous a habitués à des tableaux de bord qui ressemblent à des
écrans de cinéma, à des sièges massants et à des aides à la
conduite omniprésentes. Or, aujourd’hui, 26 % des acheteurs
potentiels sont prêts à sacrifier ces assistances électroniques
souvent intrusives. Près d’un quart est prêt à rouler dans
une voiture plus petite, moins puissante, ou avec un système audio
basique. C’est donc un retour aux fondamentaux avec quatre roues,
un volant, et surtout un moteur fiable ! Dacia l’a compris avant
tout le monde, et son succès insolent en est la preuve. Il ne
s’agit plus de faire rêver avec des gadgets, mais de permettre aux
gens de se déplacer sans s’endetter sur quinze ans. Si l’industrie
européenne veut sortir de sa torpeur, elle va devoir apprendre à
faire moins, pour vendre plus.