l’essentiel
Longtemps jugée irréaliste, l’idée d’un golf en Ariège est devenue réalité grâce à l’audace d’Henri Nayrou. Retour sur une aventure humaine et territoriale qui a marqué durablement le paysage local.

« Ils voulaient m’enfermer, ils me prenaient pour un fou. Une personne m’a dit : ‘ils ne sont pas tous à Saint-Lizier.’ Ça voulait tout dire. » Quarante ans après, Henri Nayrou, 81 ans, ancien député français et président du département, se souvient de son pari fou, avant même d’embrasser sa mission de parlementaire et alors qu’il était encore journaliste rugby, conseiller général de l’Ariège et adjoint au maire de La Bastide-de-Serou : construire un golf en Ariège.

En septembre 1978, la plume du « Midol » s’était envolée avec le XV de France pour sa première tournée au Japon. Sur le toit des immeubles de la capitale, il découvre avec les joueurs des practices de golf urbains. « On était arrivés à Tokyo de nuit depuis Hong Kong. J’étais assis à côté de Jean-Pierre Rives [légende du rugby français aux 59 sélections en équipe nationale] et nous avions été surpris de voir qu’il y avait des espèces de tapis sur les murs. On avait cru à des travaux. Mais c’étaient des practices. Jean-Pierre était un fou de golf. Il me disait que ce serait un sport d’avenir. » L’idée germe.

« Moi je n’y connaissais pas grand-chose en golf »

Le 1er décembre 1983, Henri Nayrou rassemble les acteurs du territoire dans les locaux de la Jeunesse et Sports, nouveau siège d’Ariège Profession Animation dont Marine Bordes, maire de Foix, est aujourd’hui la directrice. « Il avait le plan vert sous le coude. Henri me dit : je veux faire un golf », se rappelle Gérard Bessière, ancien directeur départemental du service et désormais maire de Clermont-l’Hérault. « Moi je n’y connaissais pas grand-chose en golf, lui non plus d’ailleurs. » Quelques semaines plus tard, le 13 mars 1984, Henri Nayrou, accompagné de « Dédé » Portet, un agriculteur du coin, d’Yves Micas et d’Hubert Chesneau, alors architecte de golf et plus tard président de la Fédération Française, se rendent au lieu-dit Unjat à La Bastide-de-Serou pour réfléchir à la création du complexe. Là-haut, un plateau de plusieurs hectares sur les hauteurs de la commune a les faveurs des locaux, avec en toile de fond une vue unique sur le Mont Valier.

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Mais Hubert Chesneau coupe court, réfutant toutes les hypothèses d’installation d’un golf sur ces parcelles communales peu adaptées à la petite balle blanche. Seule une zone appartenant à des agriculteurs attire son attention. « Ils nous avaient dit : ‘si c’est là, je signe de suite.’ Mais c’étaient des terrains agricoles », précise Henri Nayrou. Le projet semble alors compromis. « Un soir, le maire de la commune m’appelle et me dit : ‘Dédé veut te voir.’ Je suis monté la nuit, à 7 heures du soir. » Après avoir consulté ses parents, l’agriculteur annonce, sur le pas de sa porte, la décision qui va changer sa vie et l’avenir de tout un territoire : céder 35 hectares de champs et devenir le green-keeper du golf. L’idée d’Hubert Chesneau n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Dans les anciens locaux de la Jeunesse et Sports, les pionniers du golf ariégeois, en compagnie de Marine Bordes, se sont souvenus des prémices d’un projet fou, 40 ans après.

Dans les anciens locaux de la Jeunesse et Sports, les pionniers du golf ariégeois, en compagnie de Marine Bordes, se sont souvenus des prémices d’un projet fou, 40 ans après.
DDM RBL.

« On avait de l’or en barre »

En 1985, les études sont lancées, le parcours 9 trous et le practice ouvrent l’année d’après. « En France, il y avait 20 000 joueurs à l’époque. Alors c’était une petite gageure [de faire un golf en Ariège]. On l’a fait avec un petit budget. Le parcours a épousé la géographie du terrain. On avait de l’or en barre », soutient l’ancien élu. L’infrastructure est équipée d’un club-house en 1987, puis d’un 18 trous en 1990. « On a failli avoir une catastrophe en 89. Il y a eu une grosse sécheresse. C’était une grande année de vin, mais on a failli perdre le golf, il était tout pelé. On a eu un coup de chance formidable. » Un événement qui a préfiguré la mue du golf club de l’Ariège en éco-golf, en 2014, après deux ans de travaux.