Chaque semaine, Midi Libre donne la parole aux habitants des quartiers. Quel regard portent-ils sur l’action municipale, quelles attentes pour le prochain mandat ? Huitième étape entre Gambetta et Clemenceau, dans une zone en mutation.

Le marché comme fil conducteur pour interroger les habitants sur leur bilan des actions municipales et leurs aspirations pour leur quartier, à quelques mois des élections. Un postulat pas si simple au sud-ouest de l’hypercentre. Car sous le panneau annonçant le marché de Plan Cabane, les étals se font rares. Et les clients aussi ! « Quand vous arrivez sur la place depuis le Faubourg du Courreau, il y a une rupture. Ce n’est pas une frontière mais, au-delà, il ne se passe plus grand-chose », reconnaît Valérie Palle, présidente de l’association Courreau Gambetta & Co.

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Envie de changement mais peur de la gentrification

Une sensation partagée par Fatima, qui habite côté Figuerolles. « Il y a moins de voitures, plus de pistes cyclables, mais ça n’a pas autant changé que sur Clemenceau. Nous, on a la drogue, les vendeurs à la sauvette, les gens qui zonent… Il y a eu la tentative d’installer des artistes rue du Général Vincent, mais ça a du mal à prendre. Bien sûr que j’ai envie de voir mon quartier devenir plus beau. Plus apaisé. Mais ce que je ne veux surtout pas, c’est perdre l’identité populaire. Et je ne suis pas sûre de pouvoir encore payer mon loyer quand Gambetta ne sera plus Gambetta. »

Aux portes de l’Écusson, les différents programmes de rénovation urbaine, entamés par les prédécesseurs de Michaël Delafosse, ont accéléré la gentrification. Un phénomène bien visible au bas du cours Gambetta, mais surtout sur l’avenue Clemenceau. D’un axe à l’autre, et désormais d’un tram à l’autre. Samedi 20 décembre, la ligne 5 entrera en fonction. Si la nouvelle infrastructure est sans aucun doute l’un des marqueurs forts du mandat de Michaël Delafosse, elle a aussi bruyamment rythmé le quotidien des habitants pendant quatre ans.

La ligne 5 a redessiné l’ancien axe routier.

La ligne 5 a redessiné l’ancien axe routier.
Midi Libre – NICOLAS ZARROUK

La ligne 5 a redessiné l’ancien axe routier

La nouvelle ligne de tramway dessinée par Barthélémy Toguo, en phase de test ces derniers jours, a remplacé les engins de travaux. L’énorme chantier de l’avenue Clemenceau est en passe de s’achever. Projet majeur de la mandature Delafosse, il aura transformé en profondeur l’un des anciens axes pénétrant dédié aux voitures, s’inscrivant dans la stratégie d’expansion de la zone piétonne. Lancé dès juin 2022, il aura aussi mis les nerfs des habitants et des commerçants à rude épreuve, avec une avenue longtemps éventrée et entravée par des grilles de protection. Clemenceau rendu aux piétons ? C’est l’ambition, puisque même les vélos et les trottinettes seront interdits au bas de l’avenue et sur la place Saint-Denis, avec un itinéraire de contournement mis en place via les rues Enclos-Fermaud, Ernest-Michel et Rondelet.

« On a morflé, mais on va pouvoir manger les fenêtres ouvertes ! »

À moins d’un mois de l’inauguration pourtant, du côté des riverains, on ne tient pas rigueur au maire sortant. Sans pour autant oublier les désagréments. « On a morflé, maintenant on va profiter. Souvenons-nous de ce qu’il y avait avant… Des embouteillages en permanence ! On va pouvoir manger avec les fenêtres ouvertes. C’était impensable avant les travaux », se réjouit Marie-Noëlle, installée dans un appartement de 178 m² avec vue sur le parc, payé 140 000 € à son arrivée dans le quartier il y a 23 ans. Son mari

Jean-Pierre s’interroge cependant. « À l’avenir, quand les vieux vont partir, le profil des habitants va forcément changer vu les prix actuels de l’immobilier. J’espère que la future équipe municipale parviendra à maintenir la mixité qui fait la richesse de Clemenceau. Cela passera sûrement par du logement social dans le secteur. »

Moins de snacks, plus de végétation

Du côté des commerçants, fortement impactés par les chantiers successifs, on est un peu moins convaincus par la nouvelle configuration. Et on pointe la perte de visibilité et le manque d’accessibilité consécutifs à la piétonnisation. « Maintenant, ceux qui s’installent savent à quoi s’attendre Ça va peut-être faire évoluer les enseignes », observe le patron de la librairie ARG, spécialisée dans les BD et Manga. « Moins de snacks et d’épiceries de nuit (une dizaine à date sur l’avenue, NDLR), plus de commerces de proximité », abonde Marie-Noëlle.

Sa voisine, elle, se charge de la synthèse : « Qu’est-ce que le prochain maire doit faire à Clemenceau ? Rien ! Plus rien du tout ! Ne touchez plus à rien et laissez-nous profiter ! » Avant de se raviser, et de pointer une aspiration évoquée par plusieurs autres habitants rencontrés. « Il faut mettre le paquet sur la végétation. Je trouve l’avenue très minérale. Quant au parc, on ne comprend pas toujours pourquoi ils coupent des arbres. On veut du vert et des herbes folles ! »

Le deal, problématique partagée dans tout le secteur

Sécurité. De Gambetta à Clemenceau, c’est sans aucun doute la demande numéro un des habitants : « que s’arrête enfin le trafic de drogue sous nos fenêtres, avec tous les désagréments que cela comporte autour du bruit et de l’insécurité », nous indique une mère de famille, qui observe chaque soir depuis sa fenêtre les allers-retours des dealers.

Si le parc Clemenceau a connu des périodes compliquées pendant les travaux – « le banc où nous sommes était un repère de dealers » – le retour des grilles a en partie résolu les nuisances. L’association Courreau Gambetta & Co a demandé à la Ville le retrait de certains mobiliers urbains « qui servaient de cache ou de points de fixation ». « Mais le trafic de drogue, problématique au combien compliquée, se déplace. Les dealers sont redescendus vers Gambetta et Plan Cabanes… »

Élisabeth, elle, ne se sent pas en insécurité quand elle rentre chez elle, même à la nuit tombée. Mais la riveraine du Plan Cabanes préfère adapter son itinéraire pour ne pas remonter Gambetta. « J’ai vécu à Barbès. Ce n’est pas comparable ! Mais ça reste glauque comme secteur le soir. » Du côté des actions à mener sur les cinq prochaines années, deux visions, pas incompatibles, émergent. Certains louent les opérations “place nette” quand d’autres privilégient la prévention auprès des consommateurs. « Le secteur pourrait même devenir un quartier test sur les futures stratégies ! »