Il y a des maladies dont on parle peu et qui pourtant
s’insinuent dans le quotidien de millions de familles. Le diabète
en fait partie. Nathalie Doisy, responsable de la communication à
la Fédération française des diabétiques, connaît bien ce silence
qui entoure la maladie : « Le diabète, c’est un excès de sucre
dans le sang, une hyperglycémie chronique. Le corps ne produit plus
assez d’insuline ou l’utilise mal. On ne guérit pas du diabète,
mais on peut le contrôler. » Derrière cette routine parfois
pesante, se cachent aussi des progrès encourageants. Parce que le
diabète n’est pas un bloc homogène. Il y a le type 1, maladie
auto-immune qui frappe souvent les jeunes, et surtout le type 2,
qui représente plus de 90 % des cas et s’installe généralement
après 40 ans, même si la maladie touche aujourd’hui des patients de
plus en plus jeunes. Une réalité lourde : 3,5 millions de
Français sont traités
, et 700 000 vivraient avec la
maladie sans le savoir. Chaque jour, 400 nouveaux diagnostics
tombent. Pourtant, une vieille molécule pourrait bien, à sa
manière, bouleverser un peu ce paysage médical.

Le diabète : une maladie du quotidien, mais jamais anodine

Quand Nathalie Doisy parle du diabète pour l »Institut Paris
Région, cette dernière insiste souvent sur ce que beaucoup
préfèrent oublier : notre mode de vie pèse lourd.
« Sédentarité, écrans, repas pris à la va-vite… tout
cela favorise le surpoids, qui lui-même favorise le diabète de type
2
« , rappelle-t-elle. On imagine alors la scène : les
enfants qui grignotent devant une tablette, les adultes qui
déjeunent sur le pouce entre deux réunions, les soirées trop
courtes pour caser une vraie activité physique.

Résultat : les chiffres s’envolent, et les complications
possibles, cécité, atteinte des pieds,
problèmes cardiaques
, ne sont pas des détails. Dans certains
territoires, notamment dans les DROM-COM ou en Seine-Saint-Denis,
la situation est encore plus inquiétante, preuve que la précarité
et le diabète avancent souvent ensemble. La Fédération française
des diabétiques s’efforce pourtant de faire évoluer les
mentalités
. Campagnes de prévention, journée mondiale du
diabète, projets éducatifs… L’objectif : expliquer, rassurer mais
surtout alerter. Si la maladie est silencieuse, ses conséquences,
elles, ne le sont jamais très longtemps.

La metformine, petite pilule discrète devenue objet de
curiosité scientifique

C’est un médicament presque « invisible », tant il est courant :
la metformine. Prescrite depuis 60 ans pour
réguler la glycémie, elle n’a rien d’un produit révolutionnaire au
premier abord. Pourtant, Science et Vie
raconte comment cette molécule vient de faire parler d’elle bien
au-delà du monde du diabète. Une équipe américaine et allemande
s’est penchée sur les données de la Women’s Health Initiative, une
gigantesque cohorte suivie depuis trois décennies.

Les chercheuses et chercheurs ont comparé deux groupes de femmes
de plus de 60 ans, toutes récemment diagnostiquées avec un diabète
de type 2 : celles qui avaient commencé la metformine et celles qui
prenaient des sulfamides hypoglycémiants. Les résultats ont surpris
même les spécialistes : les femmes sous metformine auraient
30 % de risques en moins de mourir avant 90 ans
que celles suivies avec un autre traitement. L’étude, publiée en
mai 2025 dans The Journal of Gerontology, s’appuie sur
plus de 15 années de suivi. Sa méthodologie, un « essai cible » conçu
pour imiter un essai clinique randomisé, a renforcé la solidité des
conclusions.

Un médicament ancien, des effets
nouveaux

Si la metformine intrigue autant, c’est parce qu’elle semble
agir sur plus d’un mécanisme. Selon les chercheurs cités par
ScienceAlert, la molécule réduit le stress oxydatif,
limite les inflammations chroniques, stimule des gènes associés à
la longévité comme FOXO3, et contribuerait même à la protection de
l’ADN. Sur les modèles animaux, les résultats sont encore plus
frappants : souris vivant plus longtemps, tumeurs
retardées, fonctions cognitives améliorées.

L’enthousiasme est tel qu’un grand essai clinique, TAME
(Targeting Aging with Metformin), a été imaginé pour tester la
molécule sur les maladies liées à l’âge. Un projet encore en
attente de financements, mais qui montre à quel point la question
est prise au sérieux. Mais attention : les scientifiques eux-mêmes
freinent les fantasmes. L’étude ne démontre pas que la metformine

fait vivre plus longtemps
, elle établit une corrélation, pas
une certitude. Pas de groupe placebo, uniquement des femmes
post-ménopausées, impossibilité d’éliminer tous les facteurs
externes… Beaucoup de prudence donc.