Le ministère de la défense britannique a confirmé que le Royaume-Uni rejoignait le programme norvégien actuellement dédié à la conception de bâtiments-mères pour des systèmes dronisés de guerre des mines. Cette collaboration s’inscrit dans le cadre du Lunna House Agreement, le tout nouvel accord qui renforce la coopération entre Londres et Oslo en matière de défense.

Ces dernières années, la Norvège et le Royaume-Uni ont partagé leurs craintes et un même constat concernant la recrudescence d’activités russes dans l’Atlantique Nord. D’après le ministère de la défense britannique, la présence de navires russes a augmenté de plus de 30% ces deux dernières années à proximité des infrastructures sous-marines critiques dans la région.

Une coopération inédite dans la lutte anti-sous-marine

Le « Lunna House Agreement », qui a été signé à Londres jeudi 4 décembre, vise en particulier à renforcer considérablement la coopération anglo-norvégienne en matière de lutte anti-sous-marine. On notera d’ailleurs que le nom de cet accord, Lunna House, évoque le nom du quartier général de la résistance norvégienne basée en Écosse durant la Seconde guerre mondiale, et rappelle les très anciennes fondations de la coopération bilatérale des deux pays en matière de défense.

 

En sélectionnant la Type 26, la Norvège a misé sur l’approfondissement du lien stratégique qui l’uni au Royaume-Uni.

 

Ce Lunna House Agreement passera, naturellement, par une collaboration approfondie autour des frégates anti-sous-marines de Type 26 britanniques, que la Norvège vient récemment de sélectionner pour moderniser sa propre flotte de surface. Les deux marines pourront se répartir des missions de patrouille, s’entraîner conjointement, développer des doctrines d’emploi communes, échanger des équipages, partager des stocks logistiques ou même opérer indistinctement depuis les bases navales des deux pays. Une coopération opérationnelle qui n’est pas en soi inédite, mais qui pourra être largement améliorée, ne serait-ce qu’au niveau de la planification des missions ou en matière de logistique. Le fait de disposer de navires identiques de part et d’autre permettra également d’améliorer les performances globales des dispositifs conjoints lors des opérations combinées de lutte anti-sous-marine, puisque l’équipage de chaque navire connaîtra précisément les capacités et performances théoriques de ses acolytes, même s’ils ne font pas partie de la même marine.

Guerre des mines : le Royaume-Uni optera pour le bateau-mère norvégien

Toutefois, le Lunna House Agreement ne porte pas uniquement sur une exploitation conjointe de la flotte de frégates de Type 26. Outre un volet armement, qui concernera aussi bien le missile antinavire norvégien NSM que les torpilles britanniques Sting Ray, l’accord intergouvernemental inclut un important volet dédié à la guerre des mines. En particulier, il est évoqué que la Royal Navy devrait se tourner vers un fournisseur norvégien pour l’acquisition de ses futurs bateaux-mères dédiés à la mise en œuvre de systèmes robotisés de guerre des mines.

Le modèle exact de bâtiment n’a pour le moment pas été spécifié. La marine norvégienne devrait cependant sélectionner une variante du système Vanguard, développé conjointement par Kongsberg Maritime, Kongsberg Defence & Space et Salt Ship Design, pour ses propres besoins en matière de chasseurs de mines porte-drones (programme NMCM). Le Royaume-Uni pourrait dès lors se procurer les mêmes bâtiments afin de répondre à son propre besoin.

 

La plateforme Vanguard, modulaire, pourrait servir de base à un bateau-mère potre-drones dédiés à la lutte contre les mines et au combat sur le plancher océanique.

 

Rappelons qu’après avoir récemment intégré au sein de la Royal Navy le HMS Stirling Castle, ex-navire offshore converti en porte-drones dans le cadre du programme Mine Hunting Capability Block 1 (MHC Bk.1), Londres prévoit toujours d’acheter trois nouveaux bâtiments dans le cadre du MHC Bk.2. A terme, toutefois, les besoins pourraient être bien plus importants, puisqu’une demi-douzaine de chasseurs de mines de la classe Hunt, toujours en service, s’approchent lentement du demi-siècle de service opérationnel.

En joignant leurs efforts à ceux des Norvégiens, les marins britanniques pourraient toutefois disposer assez rapidement d’une flotte cohérente de bâtiments modernes capables d’opérer sur une zone étendue, grâce à la mise en commun du soutien logistique.

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