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Le 5 novembre, la préfecture du Bas-Rhin a décidé de la création d’une commission de suivi de quatre usines polluantes dans le quartier du Port du Rhin. Une décision prise quelques mois après le cri d’alerte des habitant(e)s du quartier.

Sans doute un pas dans la bonne direction. Le 5 novembre dernier, le désormais ex-préfet du Bas-Rhin Jacques Witkowski a pris un arrêté, afin de créer une commission de suivi de quatre usines polluantes dans le quartier du Port du Rhin.

Une annonce qui fait suite au cri d’alerte des habitant(e)s du Port du Rhin en août dernier, après avoir découvert par voie de presse de l’émission de plusieurs polluants toxiques et cancérigènes dans l’air par l’entreprise Blue Paper, mais plus globalement par toutes les entreprises du secteur.


Pour la préfecture, la décision a été prise considérant « l’impact potentiel de ces dépassements sur les habitants des quartiers contigus ». Notamment car « les contrôles réguliers de l’inspection des installations classées mettent en lumière des dépassements de valeurs-limites sur certaines installations », et « que les installations visées se trouvent dans un même périmètre restreint densément peuplé ».

blue paper usine port du rhin Blue Paper. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Quelles entreprises sont concernées ?

Selon l’arrêté préfectoral, disponible ici à partir de la page 63, quatre entreprises sont visées par le lancement de cette commission de suivi : Sénerval, Blue Paper, ÉS Biomasse et ESKA (à la fois sa partie rue du Havre et celle rue du Rohrschollen).

  • Pour Blue Paper, l’usine de carton avait déjà été mise en demeure le 4 février par la préfecture du Bas-Rhin. Elle lui demandait de baisser ses rejets atmosphériques de dioxines et de furanes dans un délai de trois mois, des polluants classés comme cancérigènes et impactant le neurodéveloppement. Une mise en demeure qui a ensuit été levée.
  • Pour Sénerval, la préfecture a déjà mis en demeure plusieurs fois l’exploitant de l’incinérateur des déchets de Strasbourg. Le 29 août dernier, elle a émis un arrêté demandant une amende de 15 000 € pour « le non-respect, après mise en demeure, de la valeur-limite de 0,08 ng/Nm3 […] pour Ia teneur en dioxines et furanes des fumées de ses installations ». Le 4 septembre dernier, la Ville et l’EMS ont demandé au gestionnaire « des explications claires, précises et étayées concernant la mesure des émissions atmosphériques. »

usine port du rhin blue paper Blue Paper. © Nicolas Kaspar / Pokaa

  • Pour ÉS Biomasse, l’entreprise a également été mise en demeure par la préfecture le 18 novembre 2024, notamment pour ses émissions de poussières qui ont régulièrement dépassé les seuils limites. Le tout, sans appareils de mesure conformes et avec un non-respect de la fréquence annuelle des contrôles. Finalement, la mise en demeure a été levée à l’été 2025.
  • Enfin, pour ESKA, l’entreprise de gestion des déchets et de recyclage a, selon Rue89 Strasbourg, été épinglée pour le dépassement des valeurs limites des composés organiques volatils en novembre 2023. Mais ces limites d’émissions n’ont pas été relevées en 2024 et en 2025.

couv décembre 2025 Sénerval Sénerval. © Jürgen Gyro – Google Maps / Capture d’écran

Qui y siègera ?

Pour surveiller ces quatre entreprises, la préfecture du Bas-Rhin considère « qu’il convient ainsi de créer une commission afin de mettre en place un cadre d’échanges et d’information entre les représentants des collèges ». Il y aura en tout 5 collèges différents, qui vont se réunir lors d’une première réunion ce 5 décembre. Dans le détail :

  • L’administration de l’État, avec la préfecture, l’ARS Grand Est, la Direction départementale des territoires et l’unité départementale de la DREAL,
  • Les collectivités territoriales, avec la Ville, l’Eurométropole, la Région et la CEA,
  • Les entreprises concernées,
  • Un(e) salariée de chaque entreprise, dont un(e) pour ESKA rue du Havre et un(e) pour ESKA rue de Rohrschollen,
  • Les riverain(e)s ou associations de protection de l’environnement, avec Alsace Nature, la Fédération du Bas-Rhin pour la pêche et la protection du milieu aquatique, la Chambre de consommation d’Alsace et le Conseil citoyen du Port du Rhin.

C’est un premier pas que nous accueillons avec prudence car il doit en amener d’autres.

Conseil citoyen du Port du Rhin

Contacté, le Conseil citoyen du Port du Rhin juge que la commission est « fondamentale pour l’avenir ». Avant de développer :

« Nous attendons de savoir ce qui va en sortir car le dispositif est novateur pour nous et une réunion une fois par an ne nous semble pas à la hauteur des enjeux. Nous rappelons que nous souhaitons toujours une réunion publique sur la pollution atmosphérique en général, des mesures de la qualité de l’air que nous respirons (pas seulement le rejet des incinérateurs) et une enquête épidémiologique pour objectiver les questions d’asthme et autres maladies respiratoires forcément multifactorielles. »