- La Commission européenne a présenté mercredi son plan pour financer l’Ukraine, avec la piste de recourir aux avoirs russes.
- La quasi-totalité d’entre eux sont sous le contrôle d’une société en Belgique.
- Pour l’heure, Bruxelles refuse de céder, notamment par crainte de représailles.
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Ukraine-Russie : la perspective de négociations relancée ?
La Belgique fait cavalier solitaire. Si les alliés européens de Kiev parviennent à faire front commun pour soutenir le pays en guerre, ils se heurtent néanmoins aux réticences de Bruxelles sur un seul point : le recours aux avoirs russes, gelés depuis 2022. Et pour cause, ces derniers se trouvent presque intégralement dans le plat pays.
Serpent de mer de la diplomatie européenne depuis le début du conflit, la question des avoirs russes et leur devenir a surtout émergé fin octobre quand les membres de la Commission se sont engagés à trouver des solutions pour financer l’Ukraine lors des deux prochaines années. Objectif ? Garantir que Kiev ne se retrouve pas à court de ressources malgré le retrait progressif des Américains. D’où l’idée de piocher dans les avoirs russes.
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Tous les regards se sont alors tournés vers Euroclear, un organisme international de dépôts de fonds établi en Belgique. Cette société détient quelque 210 milliards d’euros de ces avoirs… sur 235 milliards en tout dans l’UE. Bloqués depuis 2022, ces avoirs n’en ont pas moins produit des intérêts entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an, que les Européens ont d’ailleurs décidé d’utiliser pour financer un prêt de 45 milliards d’euros à l’Ukraine. Plusieurs versements ont déjà été effectués.
Pour le gouvernement belge, un prélèvement de dizaines de milliards est perçu comme une source d’inquiétude. Pourquoi ? Tout d’abord, des turbulences sur les marchés financiers, notamment en raison d’une possible déstabilisation de l’euro. Le Premier ministre belge Bart De Wever redoute, lui, que son pays paie seul les pots cassés en cas de problème, en particulier des représailles russes. « Je ne ferai jamais porter à la Belgique seule les risques et les dangers qui découleraient de l’option d’un prêt de réparation », a écrit fin novembre le Premier ministre dans une lettre. Bart De Wever martèle au passage qu’il ne validera le dispositif que si des garanties contraignantes « sont fournies et signées par les États membres au moment de la décision ».
Éviter des conséquences potentiellement désastreuses
Maxime Prévot
« Ce n’est pas acceptable d’utiliser l’argent (les avoirs russes, ndlr) et de nous laisser seuls assumer les risques », a abondé Maxime Prévot, le chef de la diplomatie belge. Si les autres États de l’UE persistaient à vouloir mettre en œuvre un tel montage financier, « nous demandons que les risques encourus par la Belgique soient entièrement couverts », a-t-il insisté mercredi, disant vouloir « simplement éviter des conséquences potentiellement désastreuses pour un pays membre à qui on demande de faire preuve de solidarité, sans qu’on lui offre la même solidarité ». Le gouvernement a d’ailleurs précisé que le dirigeant d’Euroclear vivait désormais sous « protection rapprochée ».
Depuis plusieurs semaines, diplomates et responsables européens s’activent en coulisses pour répondre à ces inquiétudes. Ils ont trois semaines pour tenter de convaincre la Belgique de la viabilité du projet. Concrètement, une grande partie de ces avoirs, soit quelque 185 milliards d’euros, sont ou vont arriver à maturité cette année. Ils sont donc disponibles sous forme liquide. L’Union européenne veut utiliser une partie de ces liquidités pour financer un nouveau prêt de 140 milliards d’euros à l’Ukraine.
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L’idée est d’emprunter cette somme auprès d’Euroclear et de la prêter à l’Ukraine. Celle-ci ne remboursera que si la Russie lui paie des réparations de guerre. Si Moscou s’y refuse, les sanctions ne seront pas levées, les actifs resteront immobilisés et l’Ukraine n’aura pas besoin de rembourser. La Commission européenne assure qu’un tel mécanisme n’est nullement une « confiscation ». La saisie pure et simple de ces avoirs serait une ligne rouge pour de nombreux pays de l’UE et pour la Banque centrale européenne, qui redoutent une tempête sur les marchés, une fuite des capitaux étrangers et une déstabilisation de l’euro.
Le temps presse pour convaincre Bruxelles : le feu vert doit être accordé avant un sommet crucial, prévu le 18 décembre. Le chancelier Friedrich Merz s’est d’ailleurs rendu ce vendredi sur place pour « convaincre » son homologue belge du bien-fondé du plan. « Je ne veux pas le persuader », a dit reconnu le chancelier à propos de son homologue belge, mais « le convaincre que la voie que nous proposons ici est la bonne » pour « aider l’Ukraine ».
Thomas GUIEN

