En France comme ailleurs, les inégalités persistent au moment de
la retraite, même après des années d’évolutions sociales et
professionnelles. Un nouveau rapport de l’OCDE vient rappeler
l’ampleur du problème. Les chiffres dévoilés montrent que
les femmes perçoivent toujours une pension bien
inférieure à celle des hommes.
Les causes sont connues, mais les effets restent lourds pour des
millions de retraitées. Selon le magazine Capital, cette
nouvelle analyse relance donc le débat sur la justice
sociale et l’équité à l’heure de la retraite.
Un écart de retraite toujours très important en France
Selon l’OCDE, les femmes françaises touchent
en moyenne 27 % de moins que les hommes à la retraite. Cet écart
est supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE, qui se situe à 23 %.
Certes, la France n’est pas le pays le plus inégalitaire, loin
derrière le Japon où l’écart atteint 47 %. Cependant, elle
n’est pas non plus parmi les pays les plus égalitaires,
comme la République tchèque où il descend sous les 10 %. Cela
montre que malgré les mesures existantes, le système français peine
encore à réduire les différences entre les pensions des femmes et
des hommes.
L’OCDE rappelle que cet écart s’explique d’abord par les
différences de carrière. Les femmes gagnent en moyenne des
salaires horaires plus bas. En effet, elles sont
surreprésentées dans les métiers les moins rémunérés. Elles
interrompent aussi plus souvent leur activité ou la ralentissent,
notamment pour la maternité. Congés parentaux, temps partiels subis
ou choix familiaux : autant de situations qui réduisent leurs
droits à la retraite. Ces constats sont partagés par de nombreux
experts.
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Les
femmes ont une pension de retraite bien moins importante que celle
des hommes.
La maternité, un poids important dans les droits à la
retraite
Le rapport rappelle que la maternité joue un rôle
essentiel dans l’écart de retraite. Dans la plupart des pays de
l’OCDE, les femmes s’arrêtent plus souvent de travailler ou
réduisent leur volume horaire pour s’occuper de leurs enfants. Ce
phénomène reste très répandu en France, où la charge de
l’éducation repose encore majoritairement sur les femmes.
Ces interruptions ou ralentissements d’activité ont un impact
direct sur les pensions. Car le système français valorise avant
tout le nombre d’années de cotisation.
L’OCDE note toutefois que la France fait partie des pays qui
protègent le mieux les mères. Comme l’Allemagne ou l’Italie, elle
accorde des crédits ou majorations de pension uniquement pour le
fait d’avoir eu des enfants. Même lorsqu’il n’y a pas eu
d’interruption professionnelle. Ces dispositifs permettent
de limiter la baisse de pension. Mais ils ne compensent
pas l’ensemble des inégalités de carrière. Le caractère structurel
du problème reste donc très visible : à cause du calcul des
pensions basé sur la durée cotisée, les femmes partent plus souvent
avec une décote et bénéficient rarement d’une surcote.

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La
maternité joue un rôle important dans la retraite des femmes.
Un système de retraite qui renforce
certaines inégalités
Donc, le fonctionnement même du système français explique une
partie de ces écarts de retraite. La pension dépend directement du
nombre de trimestres validés et du salaire moyen. Les femmes, qui
alternent plus souvent temps plein et temps partiel, interruptions
et reprises, se retrouvent mécaniquement désavantagées.
Elles cotisent moins longtemps ou moins
régulièrement. Ce qui réduit la pension finale.
L’écart de 27 % ne surprend pas les spécialistes, car il résulte
de toute une vie de différences professionnelles. Pour les femmes,
les conséquences sont lourdes : pensions plus faibles, moins de
marges financières et parfois une plus grande précarité une fois à
la retraite. L’OCDE rappelle que toute amélioration durable
passera par une réduction réelle des inégalités
salariales, une meilleure répartition des charges
familiales et des systèmes de compensation encore plus efficaces.
Tant que ces progrès ne seront pas pleinement réalisés, l’écart
restera « scandaleux » pour beaucoup de retraitées qui voient
chaque mois la différence avec leurs homologues masculins.