Spécialiste des phénomènes de résistance aux médicaments des bactéries, du VIH et du paludisme, Pleuni Pennings a été recrutée dans le cadre du programme « Choose France for science ». D’autres chercheurs vont suivre, à Toulouse et à Montpellier.

C’est la première arrivée en Occitanie. Pleuni Pennings a quitté l’Université de San Francisco pour celle de Montpellier où elle prend ses marques depuis octobre, avant qu’une quinzaine de collègues ne la rejoignent, chassés des États-Unis par la politique de Donald Trump.

Paris-Saclay, Aix-Marseille, mais aussi Toulouse et Montpellier… des chercheurs intègrent discrètement les équipes de recherche, quelques mois après l’appel du président de la République à « Choose France for science« , en avril dernier, avec 100 millions d’euros de l’État sur la table. La Région Occitanie a rajouté 2 millions pour accueillir au mieux les scientifiques sélectionnés. Pleuni Pennings, une Néerlandaise de 50 ans, ouvre la voie.

Trump et ses acolytes ont ajouté toute une série de nouvelles raisons de quitter les États-Unis.

« Il était peut-être temps de changer »

« On avait de nombreuses raisons de rester en Californie, mais aussi quelques-unes de partir quand, début 2025, Trump et ses acolytes ont ajouté toute une série de nouvelles raisons de quitter les États-Unis », écrit Pleuni Pennings sur son blog. On y trouve de nombreux articles sur les recherches de cette professeure en écologie, spécialiste des mécanismes de résistance aux médicaments des bactéries, du VIH et du paludisme. La photo de l’élégante maison bleue familiale de San Francisco, et celle de la chienne Leyla, restée là-bas, qu’il faut désormais ramener ici.

Enfin, des soutiens aux mouvements « Abolish Ice », qui réclame la suppression de l’agence américaine chargée de l’immigration, des détentions et des expulsions, et « No Kings », qui a mis des millions d’Américains dans la rue contre la politique de Donald Trump.

Une dizaine de chercheurs attendus en Occitanie

Pleuni Pennings est la première chercheuse venue des États-Unis arrivée en Occitanie, dans le cadre d’un plan d’accueil, soutenu à hauteur de 2 millions d’euros par la Région, pour dix à quinze chercheurs. Deux autres scientifiques prendront des postes à Toulouse d’ici la fin 2025, confirme la Région, qui fait part de leur volonté de rester discrets. Deux autres sont encore attendus, pour l’un d’ici mars, l’autre au printemps. La Région précise qu’elle est prête à intervenir sur un autre projet, à l’initiative de la communauté scientifique toulousaine, qui veut étendre le dispositif d’accueil des chercheurs en poste aux États-Unis aux « chercheurs empêchés ».

Dans son bureau de l’Isem, l’institut des sciences de l’évolution de Montpellier, Pleuni Pennings a pris ses marques et raconte la suite dans un français presque parfait. « J’ai fait la majeure partie de ma carrière aux États-Unis, je vis là-bas depuis quinze ans. On avait deux jobs, deux enfants, une maison… Cela n’a jamais été un problème d’être étrangère, même sous le premier mandat de Trump, c’est désormais le cas », explique Pleuni Pennings. Son mari a la double nationalité, allemande et américaine. Elle est restée Néerlandaise et est suspendue à des renouvellements réguliers de carte verte.

Une échéance arrivait : « Je savais qu’avec mes prises de position, ça allait être compliqué, je n’ai pas présenté un dossier », témoigne Pleuni Pennings, qui raconte aussi les crédits coupés qui ont affecté l’Université de San Francisco, jusqu’ici forte de nombreux programmes « DEI » (diversité, équité, inclusion), ciblés par la nouvelle administration américaine : « Ce n’est pas l’université la plus prestigieuse, mais ce qui s’y passait était très intéressant humainement, elle était choisie par ceux qui devaient travailler pour se payer les études, il y avait beaucoup d’étudiants hispaniques, asiatiques, noirs… des jeunes déjà mariés, parfois avec des enfants, des boursiers, des sans-abri, tous très motivés pour apprendre, et il y avait beaucoup de solidarité. On a parfois l’impression que l’université est une bulle, ce n’était pas le cas. Les années post-Covid avaient déjà changé la donne, c’était déjà plus dur de mener mes recherches. On a perdu des étudiants, la ville est chère… » raconte Pleuni Pennings.

« Il était peut-être temps de changer ». Les craintes suscitées par les témoignages des collègues partis faire des conférences à l’étranger « arrêtés et détenus par le service immigration à leur retour », ont fini par l’emporter. Les avertissements aussi : « Il ne faut pas faire ça, ça peut être mal interprété », mettent en garde des enseignants, alors qu’elle suspend ses cours lors d’une manifestation pour Gaza organisée sur le campus.

« J’aime toujours l’Amérique »

Montpellier, point de chute pour quelques mois en janvier 2025, avec mari et enfants (9 et 11 ans), devient une destination professionnelle et personnelle à plus long terme, un poste est créé pour trois ans : « On connaissait la ville de Montpellier, que j’aime beaucoup, on était venu en 2018 pour un congrès de biologie évolutive organisé au Corum… On a commencé à télétravailler, mais quand Trump a pris son poste, à la fin du mois, tout de suite, les choses ont changé ».

Une réunion en visioconférence sur l’octroi de bourses aux étudiants est annulée au dernier moment. Les bourses de chercheurs sont aussi menacées. « Je voulais postuler pour une bourse à Berkley, il n’en a plus été question ». « C’est la première fois qu’on a vu que la politique de Trump allait avoir des conséquences sur le monde de la recherche », observe la néo-Montpelliéraine, qui a répondu à l’appel de « Choose France ». « C’est aux États-Unis que la recherche est la plus vivante », imaginait la chercheuse à son arrivée à Harvard, dans la banlieue de Boston, pour un post-doctorat, en 2010, avant de déménager en Californie, deux ans plus tard. « Ici, j’ai de très bonnes conditions de travail, ce n’est pas trop différent de ce que je faisais aux États-Unis, les Français ne doivent pas avoir de complexes ! Moi, je ne pouvais plus vivre là-bas. J’aime toujours l’Amérique, et j’aime voir comment les gens résistent, ou essaient de passer sous les radars. Mais tout ce que fait Trump est horrible ».