La cocotte-minute a explosé. En quatre mois de présidence, Fabrice Bocquet a vu l’OGC Nice perdre des matchs, du terrain et une partie de son identité. Les barrages de C1 semblent déjà loin, c’est la barre du maintien qui est scrutée avant ce Nice-Angers de la 15e journée de Ligue 1. Comment le club a-t-il pu tomber si bas ?

C’est la question qui vise le néo-PDG, le directeur sportif, le coach, les joueurs et surtout INEOS, premier des accusés. « L’heure est à l’union sacrée » a prôné Franck Haise pour ponctuer ces jours de chaos. C’est impossible depuis que la Populaire Sud Nice et le Club ont décidé de tourner le dos à l’esprit de famille mais on veut bien essayer d’y croire en posant la question à l’envers. Comment peuvent-ils tous mieux faire ?

INEOS doit s’exprimer

« Je n’aime pas particulièrement aller voir Nice parce qu’il y a de bons joueurs mais le niveau de football n’est pas assez élevé pour que je m’enthousiasme.  » Question dédain, Jim Ratcliffe pouvait difficilement faire pire en mars dernier, dans les colonnes du Times. Ce n’est pas ce qu’on appelle bien vendre un produit dont on souhaite se débarrasser puisque la banque d’affaires Lazard attend un prétendant à 250 millions d’euros depuis plus d’un an. « INEOS ne sera jamais pressé de vendre », a toujours assuré un connaisseur du dossier.

En attendant, consigne a été donnée à Fabrice Bocquet de réduire les coûts. La politique d’austérité a entraîné une vague de licenciements chez les salariés de Manchester United, elle a des conséquences morales à l’OGC Nice aussi. Les restrictions brident les projets et la confiance quand elles s’accompagnent d’un long silence après une vilaine raillerie. Mais comme Manchester United ne va pas mieux, le boss d’Ineos se fait petit.

Jean-Claude Blanc était prêt à parler courant septembre mais les conseillers communication de l’entreprise britannique ont encouragé le PDG d’INEOS Sport à garder le silence. C’est pesant car ce n’est pas un communiqué sommaire diffusé en temps de crise qui calme les interrogations et dégage un vrai cap à suivre pour tous les amoureux du club.

Une unité à retrouver

Pour l’effectif aussi. En convoquant mercredi matin des cadres salariés du club dans le vestiaire, invitation refusée, les joueurs ont montré que ça pouvait vite partir dans tous les sens quand un cadre clair et strict n’est plus fixé.
Constamment questionné sur les attitudes, l’état d’esprit, le mercato ou les velléités de départ dans son vestiaire, Franck Haise a pu perdre le fil, focalisé qu’il était à chercher les réponses et à trouver les leviers.

La volonté de Florian Maurice de repartir au combat après une soirée dominicale particulièrement difficile peut être le début d’un renfort dans la gestion du vestiaire au quotidien et d’une réconciliation entre deux hommes trop souvent divisés dans les médias.
Les griefs entre le président Fabrice Bocquet et le coach semblent plus profonds et difficiles à combler sur la deuxième partie de saison.

Comme dimanche dernier, l’entraîneur s’est trop senti tout seul face à un PDG qui ne parvient pas à occuper la place abandonnée par Jean-Pierre Rivère. Pas facile de prendre le relais d’un homme qui a incarné pendant quatorze ans l’entité niçoise. Jean-Claude Blanc savait tout ça en confiant les rênes à l’ancien directeur général lorientais malgré le scepticisme de ses interlocuteurs quant à sa méconnaissance du Territoire.
Excellent gestionnaire et dur en affaires, quitte à aller jusqu’au bras de fer avec les joueurs et leur entourage dans les négociations de prolongation ou de transfert (Todibo, Bulka, Guessand), Fabrice Bocquet peine à instaurer autorité et confiance dans les bureaux du centre d’Entraînement et de Formation.

Une identité à réaffirmer
Si les supporters ont du mal à se reconnaître dans certains choix de couleurs des maillots, l’esprit « Mon Gym, ma Famille » a pris du plomb dans l’aile en interne. La grande lessive à la formation (voir encadré) a égratigné des personnes, des amitiés mais aussi un esprit qui se retranscrit dans les couloirs et sur le terrain. Certains ont mouillé le maillot pour le club par le passé, d’autres aujourd’hui ne leur serrent même pas la main.

C’est pourtant avec des hommes venus d’ici et d’ailleurs rassemblés autour de la mémoire, de l’honneur, de l’engagement et de la fidélité que ce club a écrit son histoire et sa fierté. A l’actionnaire et aux dirigeants de montrer la voie à suivre, aux joueurs et à Franck Haise de montrer l’exemple.