

Ce malaise post-confidence, ce moment où la confiance donnée se retourne en questionnements, n’est pas nouveau, mais il semble se banaliser chez les 15-30 ans. 52 % des jeunes interrogés déclarent avoir ressenti une gêne, une honte ou un regret après une simple confidence.
On parle vrai, on s’ouvre, puis on rentre chez soi avec un arrière-goût de gêne, un petit vertige intérieur. Dans un contexte post-pandémie où l’isolement s’est glissé dans les habitudes, sur fond de précarité étudiante, d’instabilité économique et de comparaison permanente, ce blues de la vulnérabilité n’est pas à prendre à la légère.
Surtout quand l’époque tire déjà la sonnette d’alarme. La santé mentale a été érigée « Grande Cause nationale 2025 », et le dispositif doit être reconduit en 2026 tant le sujet s’impose dans le débat public. Les autorités de santé observent une augmentation préoccupante de la détresse psychique chez les jeunes, qui disent osciller entre besoin d’être entendus et peur de se montrer trop. Se confier devient alors un exercice d’équilibriste : nécessaire pour respirer, mais chargé du risque de se sentir exposé, jugé ou pire, incompris.
Pourquoi certains jeunes hésitent à s’ouvrir ? La peur d’être vulnérable
Derrière ce malaise post-confidence, deux grandes forces sociales se croisent. La première touche à l’image que l’on projette. Dès l’enfance, beaucoup apprennent à ravaler leurs émotions, les garçons, plus encore, élevés dans l’idée qu’être sensible expose, qu’un trop-plein se juge. Résultat, au moment où le besoin de parler surgit, l’élan se heurte à la peur de « trop en dire », d’être perçu comme fragile ou envahissant.
La seconde est relationnelle. On croit avoir créé un moment d’échange, et l’on se retrouve face à une réponse trop tiède, un silence maladroit, un « tu verras, ça va passer » lancé comme un pansement rapide. Ce décalage laisse une trace et donne l’impression de s’être livré·e dans le vide, d’avoir ouvert une porte que personne n’a franchie.
Psychiquement, ces retours peuvent éroder l’estime de soi. On se replie, on fait semblant d’aller bien, on apprend à verrouiller plutôt qu’à partager. À force, cette retenue émotionnelle devient un mécanisme de protection qui appauvrit les liens, l’expression des besoins, et même le bien-être intérieur.
Les recherches en psychologie montrent d’ailleurs que la suppression répétée des émotions est associée à un risque accru de stress chronique, d’épuisement mental et de troubles anxieux ou dépressifs.
Santé mentale : un contexte français déjà fragilisé
Les chiffres récents sur la santé mentale des jeunes ont de quoi inquiéter. D’après Santé publique France, en 2024, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque élevé de dépression. Dans le même temps, les prescriptions de psychotropes explosent chez les 15-25 ans. Près de 936 000 jeunes y ont eu recours en 2023, soit 18 % de plus qu’en 2019. Aussi, 25% des jeunes de 15 à 29 ans avouent souffrir de symptômes dépressifs.
La solitude n’arrange rien. La Fondation de France estime que 12 % des Français de plus de 15 ans vivent en isolement relationnel, sans réseau de contacts réguliers. Et chez les 18-24 ans, la situation s’intensifie. 62 % disent se sentir seuls fréquemment, selon Psycom. Une solitude intérieure qui dépasse parfois la simple absence de présence physique.
Quand la peur d’être vulnérable devient un risque pour la santé mentale
Au-delà de la gêne, ce malaise après confidence peut provoquer un repli plus sérieux qu’il n’y paraît. Chez les jeunes, la peur d’être jugé ou incompris suffit souvent à freiner la parole. Résultat, on retient, on ravale, on garde pour soi ce qui mériterait d’être exprimé. À long terme, cette retenue émotionnelle peut nourrir l’anxiété, aggraver des symptômes dépressifs, voire ouvrir la voie à des idées noires lorsque l’expression devient impossible.
L’impact n’est pas toujours immédiat. Une confidence accueillie froidement, un silence gêné, une réponse expéditive, et le doute s’installe. « J’en ai trop dit », « je n’aurais pas dû ». Peu à peu, le jeune réduit la voilure, limite les confidences, affiche une façade solide. En apparence, rien ne change. En profondeur, l’isolement gagne du terrain.
Et c’est la tout l’enjeu. Moins on parle, moins on est entendu ; moins on est entendu, moins on se sent légitime. Le soutien s’étiole, le sentiment d’appartenance aussi. Un cercle discret, parfois invisible pour l’entourage, mais qui peut conduire, s’il s’installe, à une détresse psychique durable.
Santé mentale : pourquoi il est urgent de parler de ce malaise ?
Premier enjeu : donner des mots à un malaise qui n’en a pas encore. Trop souvent, ce sentiment est réduit à de la timidité, de la « susceptibilité » ou un tempérament sensible. Alors qu’il peut être un signe avant-coureur, un signal d’alarme psychique.
Deuxième enjeu : agir tôt. Dans un pays où la santé mentale des jeunes figure désormais parmi les priorités nationales, il faut repérer ces signaux : isolement, retrait, peur d’exprimer.
Troisième enjeu : changer le regard sur la vulnérabilité. Voir l’expression des émotions non comme un signe de faiblesse, mais comme une force, un levier de relation, d’empathie, de résilience. Créer des espaces sûrs pour permettre aux jeunes de parler sans crainte, de se sentir entendus.
À SAVOIR
Entre 2018 et 2022, la proportion d’adolescentes présentant un risque de dépression est passée de 13,4 % à 21,4 %, et de 5,2 % à 6,9 % chez les garçons, selon Santé publique France.


Ma Santé