Après Alès et Moussac en 2020 et 2022, Vendargues a reçu le prix de « La France Moche » 2025, pointée du doigt cette année par l’association Paysages de France pour « sa forêt de panneaux publicitaires ». A l’occasion de son Dossier du dimanche, Midi Libre revient sur cette France dite « moche » en trois épisodes. Dans ce troisième acte, Alexandre Brun, géographe et urbaniste et maître de conférences à l’université Paul-Valéy Montpellier 3, porte un regard d’expert sur les zones commerciales en périurbain.
La France moche a-t-elle de beaux jours devant elle ?
On voit désormais fleurir des plateformes logistiques en lieu et place de parcelles naturelles, et sur le plan architectural, c’est du hangar agricole réfléchi pour optimiser des mètres carrés et faciliter l’utilisation de la robotique. Cela s’ajoute au dossier déjà lourd de la France moche, qui a débuté avec le pavillonnaire qui vieillit mal parce que construit pas cher et s’est poursuivi avec quarante ans de grandes enseignes et leur corollaire, les grandes publicités d’entrées de ville qui devaient disparaître avec une loi paysage mais sont toujours là. Il y a donc un phénomène cumulatif. Or, sur le plan économique, le seul élément qu’on arrive à valoriser aujourd’hui c’est notre patrimoine paysager, notre patrimoine bâti, mais si on ne prend pas garde, on va détruire ce capital.

Alexandre Brun est géographe et urbaniste, maître de conférences à l’Université Paul-Valéry.
DR – DR
Le point clé, pour produire de la ville, c’est de transformer la route qui amenait aux commerces en rue. Ces axes sont nés du mariage du commerce et de la voiture, il faut les requalifier. Mais c’est un très long processus.
Le plan de transformation des zones commerciales lancé en 2004 semble pourtant montrer qu’il y a une prise de conscience…
C’est vrai. Cet appel à projets lancé par le ministère de la Transition écologique était hyper intelligent, car il réfléchissait à la manière d’architecturer les zones commerciales et d’infléchir la stratégie des grandes enseignes. Alors il y a les solutions un peu faciles qui relèvent des villages de marque, mais il y a aussi un travail au plus long cours, plus compliqué car au cas par cas, parcelle par parcelle, qui passe par l’établissement de plans guides d’aménagement réalisés par des architectes, des paysagistes, des urbanistes, des géographes, comme cela a été fait pour les centres-villes. Beaucoup de villes ont répondu à cet appel à projet car les élus ont conscience que le développement des grandes enseignes en périphérie, à la fois produit de la France moche et, en creux, participe à dévitaliser une partie des centres-villes.
Il faut inclure du logement dans ces secteurs ?
C’est déjà le cas, mais davantage parce qu’il y a une pénurie de logements que de fragilités commerciales. L’idée est de durcir les zones commerciales pour en faire des quartiers à part entière et que toutes les fonctions urbaines s’y retrouvent. Qui dit quartier, dit espace public, équipement public… Des morceaux de ville que l’on veut forcément rendre agréable.
C’est complexe ?
Le point clé, pour produire de la ville, c’est de transformer la route qui amenait aux commerces en rue. Ces axes sont nés du mariage du commerce et de la voiture, il faut les requalifier. Mais c’est un très long processus.
Peut-être trop coûteux ?
De l’argent, il y en a, notamment dans les caisses des grandes enseignes, mais jusque-là, elles l’investissement pour elle-même. Elles doivent accepter l’idée que pour pérenniser un dispositif commercial efficient, il va falloir partager de l’espace, du foncier, et mutualiser les moyens dans le cadre d’une stratégie collective.