« Réaliser ce documentaire a été le plus grand honneur de ma vie. Il a fallu cinq ans pour convaincre les producteurs. En 2018, j’ai montré un premier montage à John Reynolds, le premier mari de Sinéad et père de son fils John, qui est resté proche d’elle jusqu’à la fin, et tout est allé très vite ensuite. Je crois que l’on m’a permis de le faire parce que je voulais raconter la vérité. Il y avait aussi une remise en question mondiale des récits, avec le mouvement #MeToo. C’était impressionnant de voir Sinéad citée pour la première fois comme une figure culturelle majeure en Irlande. En tant que femme irlandaise, raconter son histoire a été cathartique, car elle est semblable à celle de tant d’autres. Il y a eu énormément de tensions, notamment lorsque la succession de Prince nous a refusé l’autorisation d’utiliser les enregistrements de Nothing Compares 2 U. Réussir à présenter le film au Festival de Sundance a été un rêve devenu réalité. »

« Les séquences où Sinéad parle ont été tournées chez elle en un week-end, dans une atmosphère détendue. Elle était très gentille, réservée et étonnamment timide. Sa performance au Saturday Night Live était ce dont elle était le plus fière. Ce sont ces mots-là, à mon sens, qui ont le plus touché le public. Lors des projections, beaucoup de spectateurs sont venus me dire qu’ils ne l’avaient jamais vraiment comprise et ils s’en voulaient presque? De nombreux jeunes aussi m’ont confié avoir grandi en entendant leurs parents dire du mal d’elle, et ils ont découvert, grâce au film, à quel point elle avait été courageuse. Un ami m’a envoyé depuis New York la photo de l’affiche du film, immense, à Times Square. J’ai pleuré en pensant à toutes les fois où l’on avait tenté de l’écraser. À ce moment-là, elle dominait tout, comme un phénix renaissant de ses cendres. »

Sinad OConnor photographie à Dublin en 1985 extraite du film Nothing Compares ralis par Kathryn Ferguson.

Sinéad O’Connor, photographiée à Dublin en 1985, extraite du film Nothing Compares, réalisé par Kathryn Ferguson.Colm Henry

« Sinéad a toujours été du bon côté de l’histoire, en défendant les personnes maltraitées et harcelées. Très peu de gens auraient eu le courage de faire ce qu’elle a fait. Aujourd’hui, toute une génération de musiciens irlandais l’admire. À son cortège funèbre, trois mille personnes l’ont accompagnée, au son du reggae diffusé par un haut-parleur. C’était magique. Il y avait des femmes survivantes de violences, et un groupe de migrants a organisé une garde d’honneur à ses frais. Elle a reçu l’adieu plein d’amour et de respect qu’elle méritait. »

« J’aime parler de Sinéad. J’espère qu’elle sera citée dans les livres d’histoire comme une figure culturelle essentielle. Qu’on continue à la respecter. Écoutez ses chansons. Tout est là. Ne l’oubliez pas. »

Mike Clowes

Mike Clowes a participé comme claviériste à l’enregistrement du premier album de Sinéad, The Lion and the Cobra, publié en 1987.