

Dans le monde, un cancer est diagnostiqué toutes les 2 secondes et un décès par cancer enregistré toutes les 3 secondes. Les plus récentes projections de l’Organisation Mondiale de la Santé font état d’une augmentation de 60% de ces chiffres à l’horizon 2040, soit 30,2 millions de nouveaux cas et 16,3 millions de décès chaque année.
Dr Elisabete Weiderpass : “40 à 50 % des cancers pourraient être évités” Les dernières projections du CIRC, relayées par l’OMS, sont particulièrement alarmistes avec une explosion du nombre de cas de cancers à l’horizon 2040. S’agit-il d’un scénario alarmiste ou d’une réalité ?
Le Dr Elisabete Weiderpass, directrice du CIRC. © Baptiste Dont Farcy
Nos projections indiquent effectivement une forte augmentation du nombre de cas de cancers dans les prochaines décennies. Il ne s’agit pas d’un scénario alarmiste, mais d’une anticipation fondée sur des données démographiques et épidémiologiques : la population mondiale vieillit, et continue de croître, et le risque de cancer augmente avec l’âge.
Ces chiffres doivent être interprétés comme un appel à l’action. Ils soulignent l’importance de renforcer la prévention et les politiques de santé publique. Il est important de rappeler, comme le montrent les travaux du CIRC, que 40 à 50 % des cancers pourraient être évités grâce à des mesures de prévention efficaces et à la réduction de l’exposition aux principaux facteurs de risque.
Comment expliquer une telle accélération de la maladie ?
Plusieurs facteurs expliquent l’accélération du nombre de cancers. L’allongement de l’espérance de vie reste un déterminant majeur, car le risque de développer un cancer augmente avec l’âge. L’urbanisation et les changements des modes de vie — notamment le tabac, l’alcool, la sédentarité, et une alimentation déséquilibrée— jouent également un rôle important. À cela s’ajoutent la pollution environnementale et l’exposition à certains agents cancérigènes.
Par ailleurs, les progrès dans le dépistage permettent de détecter davantage de cas, souvent à un stade plus précoce, ce qui contribue également à l’augmentation apparente du nombre de cancers.
Les jeunes de plus en plus touchés par des cancers Sommes-nous tous logés à la même enseigne face au cancer ?
Malheureusement, non, nous ne sommes pas tous égaux face au cancer. Il existe d’importantes disparités selon les régions du monde, l’accès aux soins, les conditions socio-économiques et les habitudes de vie. Les pays à faible revenu sont souvent plus vulnérables, avec un accès limité à la prévention, au dépistage, et aux traitements, ce qui accentue les inégalités face à la maladie.
Même au sein de pays à revenu élevé comme la France, des inégalités sociales importantes persistent. Les personnes issues de milieux défavorisés sont souvent plus exposées à certains facteurs de risque —tabac, alimentation moins équilibrée, conditions de vie précaires— et ont un accès plus difficile à la prévention, au dépistage et aux soins.
Ces différences se traduisent par des écarts significatifs en termes d’incidence, de gravité et de mortalité. Réduire ces inégalités est un enjeu majeur de santé publique, qui nécessite des politiques ciblées afin de garantir une véritable équité dans la lutte contre le cancer.
Des études récentes révèlent que le cancer touche des patients de plus en plus jeunes. Comment expliquer ce phénomène ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène. L’exposition précoce à des risques environnementaux et liés au mode de vie (tabac, alcool, obésité) joue un rôle important. Les progrès du dépistage et une meilleure sensibilisation contribuent également à diagnostiquer certains cancers plus tôt.
Les chercheurs du CIRC ont mis en évidence plusieurs exemples concrets illustrant l’évolution du cancer chez les jeunes adultes. On observe notamment une augmentation des cancers colorectaux et du sein chez des personnes de moins de 50 ans, tendance liée à des facteurs environnementaux, infectieux et au mode de vie, comme la sédentarité, l’alimentation déséquilibrée, l’obésité, ainsi qu’à l’exposition précoce à certains agents cancérigènes.
Le CIRC souligne également le rôle croissant de la pollution atmosphérique et des perturbateurs endocriniens dans l’apparition précoce de certains cancers. Des stratégies de prévention et de dépistage adaptées aux populations plus jeunes pourraient contribuer à inverser cette tendance préoccupante.
“Il est possible de limiter l’impact de cette augmentation attendue” Comment améliorer la prévention du cancer pour freiner cette catastrophe annoncée ?
La prévention repose sur plusieurs leviers complémentaires :
- Adoption de modes de vie sains : alimentation équilibrée, activité physique régulière, réduction de la consommation de tabac et de l’alcool.
- Vaccination contre certains virus liés au cancer, comme le papillomavirus humain.
- Diminution de l’exposition à des agents nocifs, tels que la pollution et certains produits chimiques, et renforcement du dépistage afin de détecter les cancers à un stade précoce et améliorer le pronostic.
- Education à la santé et sensibilisation du public pour encourager l’adoption de comportements protecteurs.
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La recherche scientifique joue également un rôle fondamental dans la prévention du cancer. Elle permet d’identifier de nouveaux facteurs de risque, de mieux comprendre les mécanismes de développement des cancers et d’adapter en conséquence les recommandations de santé publique.
Elle contribue à l’émergence de nouvelles stratégies de prévention, telles que l’amélioration des vaccins ou la mise au point de tests de dépistage plus performants. Elle contribue également à évaluer l’efficacité des campagnes de prévention afin d’ajuster les politiques publiques en fonction de l’évolution des comportements et de la société.
En soutenant la recherche et en combinant ces différents leviers, il est possible de prévenir davantage de cancers, d’anticiper les risques, et de limiter l’impact de cette augmentation attendue.
La recherche avance avec la mise au point de nouvelles thérapies. Y a-t-il quelques raisons d’espérer ?
Oui. Les thérapies ciblées, l’immunothérapie et la médecine personnalisée permettent aujourd’hui de proposer des traitements plus efficaces et mieux adaptés à chaque patient.
De nombreux cancers sont aujourd’hui mieux pris en charge, avec des taux de survie en constante amélioration. L’espoir ne réside pas seulement dans le traitement, mais aussi dans la prévention et le dépistage précoce, qui permettent de détecter la maladie à un stade plus favorable et d’augmenter les chances de succès des soins.
“L’objectif n’est pas d’éradiquer, mais de maîtriser la maladie” Pensez-vous que l’on pourra un jour vaincre le cancer ?
Vaincre le cancer dans son ensemble est un défi complexe, car il englobe de nombreuses maladies très différentes les unes des autres. Cependant, grâce à la recherche, à la prévention et aux innovations médicales, il est possible de réduire considérablement l’impact du cancer, d’augmenter les chances de guérison et d’améliorer la qualité de vie des patients.
L’objectif n’est peut-être pas d’éradiquer toutes les formes de cancer, mais de maîtriser la maladie de façon de plus en plus efficace, pour qu’elle devienne, pour de nombreux patients, une affection chronique gérable plutôt qu’une fatalité.
Sur un plan plus local, la pérennité du CIRC à Lyon est-elle menacée par les coupes sombres réalisées par Donald Trump dans le domaine de la santé ?
Le CIRC à Lyon est une institution internationale soutenue par de nombreux pays et organisations. Les décisions d’un gouvernement, même influent, peuvent certes avoir un impact sur le financement global de la recherche, mais le CIRC bénéficie d’un engagement solide et d’un soutien diversifié de la part de ses états participants.
La pérennité du Centre repose donc sur la mobilisation collective et sur la reconnaissance de l’importance de ses missions pour la santé mondiale, plutôt que sur la politique d’un pays isolé.
À SAVOIR
Projet initié par le général de Gaulle dès 1963 pour « unir les chercheurs par-delà des frontières », le CIRC a officiellement vu le jour en mai 1965 à Lyon. Désormais implanté dans une tour ultra moderne du quartier de Gerland, le centre fédère trente pays, dont les cinq membres fondateurs (France, Italie, États-Unis, Royaume-Uni , Allemagne).


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