Son odorat, c’est « un don ». Une offrande de sa grand-mère, malvoyante, qui dès sa plus tendre enfance lui prodigue la manière de décrire « ce que l’on sent mais ne voit pas ». À huit ans, Sylvie Roubach est « le petit chien renifleur » de la famille. Adolescente, alors que le jeu se mue en passion, elle collectionne les affiches et les miniatures ; adulte, c’est tout naturellement qu’elle convertira son talent en métier. Devenue parfumeuse professionnelle, elle fait ses armes dans les plus grandes maisons telles que Dior, Chanel et Galimard, passe par Grasse, puis Paris, avant d’atterrir à Toulouse et de lancer en 2017 sa propre enseigne.

Ainsi naît “Mon parfum Ma signature”. Au cœur de la Ville rose, Sylvie Roubach y anime des ateliers privés pour s’éveiller aux senteurs et confectionner sa propre fragrance. Une activité destinée aux particuliers ou aux entreprises, et accessible à tous… Même ceux qui attrapent la migraine dès qu’ils franchissent la porte d’une parfumerie : « C’est totalement différent. Là-bas, l’air est saturé de parfums, très concentrés. Une odeur seule n’est jamais écoeurante », explique-t-elle.

Les entreprises représentent déjà 20 % de sa clientèle. Avec des formats conçus pour l’événementiel, les séminaires et autres team buildings, la parfumeuse aimerait développer ce volet professionnel, où la demande se fait sentir.

« Les odeurs ont un pouvoir extraordinaire »

On la réduit souvent à son organe de prédilection. « Nez ». Un qualificatif un peu court, selon l’intéressée. « Je dis toujours « parfumeuse ». Le nez, c’est juste l’outil, comme les doigts d’un musicien ou les jambes d’un athlète. Pour l’entraîner, je sniffe tous les jours », affirme-t-elle, non sans humour mais très sérieusement. Car tout l’art de la formulation réside dans la capacité du professionnel à « apprivoiser les odeurs » : à la sortie de l’école, le jeune parfumeur doit être capable d’en identifier au moins 350 à l’aveugle. Il lui faudra ensuite apprendre à les associer, des plus étranges au plus opposées, pour en tirer un bon jus – le nom donné au parfum avant qu’il ne quitte le laboratoire. Celui de Sylvie Roubach, caché quelque part autour de Toulouse, renferme plus de 2000 odeurs : un véritable trésor qu’elle préserve dans un endroit tenu secret.

« Les odeurs ont un pouvoir extraordinaire. Et un parfum, c’est quelque chose d’intime, de profond, d’émotionnel », indique l’entrepreneure. En parallèle des ateliers, elle propose également des rééducations olfactives pour les personnes souffrant d’anosmie (perte de l’odorat), mais aussi des thérapies olfactives pour accompagner les malades. « Certaines molécules ont des propriétés thérapeutiques. Au-delà de cela, nous avons tous des “odeurs-refuges”, des senteurs qui nous font du bien, dont on se sert », explique-t-elle.

Enfin, son plus beau projet n’est pas encore abouti. « J’écris un livre. On ne choisit pas les odeurs par hasard, il existe des facteurs génétiques, d’autres in utero et au cours de la vie. On commence à peine à découvrir la complexité de ce sens, niché dans le cerveau limbique », détaille-t-elle. Chacun sa madeleine de Proust. En percera-t-elle les mystères ?

Marie-Dominique Lacour

Sur la photo : Sylvie Roubach dans son atelier Mon Parfum Ma Signature, rue de la Pomme, à Toulouse. Crédit : Camille Chrétien.