Par

Antoine Blanchet

Publié le

8 déc. 2025 à 19h22

Le ventricule géant pompe chaque jour des milliers de consommateurs et voyageurs. Pour beaucoup, le Forum des Halles est le cœur vibrant de Paris. Jadis garde-manger de la capitale, le lieu est désormais un temple du commerce et une gare souterraine gigantesque. Depuis plusieurs mois, le hub est toutefois victime d’une augmentation de la délinquance. Violences, trafic de drogues… Les infractions s’y développent. Pas plus tard que le 1ᵉʳ décembre 2025, une adolescente de 13 ans a accusé quatre hommes de l’avoir violée dans les toilettes d’un fast-food du centre commercial. Pour actu Paris, on fait le point sur la situation et les moyens de lutte engagés

« Il y a une dégradation générale »

Lieu de vie et de passage, le quartier des Halles a toujours été un terrain favorable pour la petite délinquance. « Ça a toujours été ainsi. Mais ces derniers temps, il y a une dégradation générale », affirme Emmanuel Duprat, président de l’Association pour la Défense des Riverains et l’Animation du Quartier des Halles (ADRAQH). « Il y a surtout des problèmes dans les jardins à proximité du centre commercial le soir. Il y a des personnes peu recommandables qui consomment de l’alcool et des stupéfiants », précise-t-il. 

Côté institution, cette augmentation de la délinquance a aussi été perçue. « À la lecture des synthèses de police, il est apparu qu’en plus des atteintes aux biens et aux personnes, le fait que les agents soient interpellés lors de leurs actions m’a interpellée sur la dégradation de la situation », indique Laure Beccuau, procureure de la République de Paris. 

Une cellule créée à la mi-septembre 

Afin de lutter contre cette résurgence de la délinquance, une cellule dédiée a été mise en place par le parquet à la fin de l’été. « Sa nécessité a émergé au cours du mois de mai. Elle est opérationnelle depuis septembre », précise Laure Beccuau. La cellule de coordination judiciaire comprend plusieurs acteurs. Côté forces de l’ordre, la police judiciaire parisienne, la direction territoriale de la sécurité de proximité (DTSP) ainsi que la sûreté des transports. « À l’échelle du parquet, il y a le service de permanence, le service des mineurs et celui de lutte contre la criminalité organisée sur les questions de trafic de stupéfiants », indique la représentante du ministère public parisien.  

Unique en son genre, la cellule a deux buts : analyser et réprimer. « L’idée, c’est de repérer la délinquance sur le territoire. Les gardes à vue dans la zone nous sont systématiquement remontées. La réponse pénale est aussi upgradée. Le nombre de défèrements est accentué », liste Laure Beccuau. Si les renvois en comparution immédiate ou en comparution préalable sur reconnaissance de culpabilité (CRPC) sont privilégiés, plusieurs enquêtes au long cours sont aussi menées contre les réseaux de trafic de drogue. 

Une zone complexe 

Malgré cette montée en puissance de l’action pénale, le quartier des Halles demeure un défi dans la lutte contre la délinquance. « L’une des difficultés, c’est que la gare souterraine est la plus grande d’Europe. Les personnes viennent de zones parfois lointaines et y commettent des infractions », détaille la procureure. 

Si une partie des délits se commettent « en surface », un lieu plus profond est dans le viseur des autorités : les tunnels des Halles. Ces souterrains parsèment le sous-sol et sont parfois habités. « Les voies d’accès et les couloirs d’évacuation ont favorisé l’implantation de personnes qui y vivent et de trafic de stupéfiants », précise la procureure. Les consommateurs de crack y sont présents. « Il y a une ville dans la ville là dedans », alerte Emmanuel Duprat. La semaine dernière, des trafiquants de crack qui alimentaient ces tunnels ont été jugés et condamnés

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L’augmentation des évènements sauvages 

Un autre enjeu de cette zone dense : l’apparition de rassemblements générateurs de trouble. « C’est un lieu emblématique pour les évènements festifs. Il y a des appels à des regroupements qui peuvent constituer une mise en danger. Récemment, un grand nombre de personnes s’étaient réunies. Il y a un risque de faire céder des vitres ou de basculer au-dessus des garde-corps dans le centre commercial, ce qui aurait pu les faire chuter d’une grande hauteur. C’est avant tout une question de sécurité pour les personnes, relève la procureure. 

Ces derniers mois, les évènements « sauvages » se sont enchaînés dans la zone. À la mi-septembre, la police a été contrainte d’utiliser du gaz lacrymogène après une cohue créée lors de l’ouverture d’un fast-food au Forum des Halles. Le 11 octobre 2025, lors d’un concert du groupe de rap L2B finalement annulé, quatre policiers ont été blessés et huit personnes interpellées après des violences. « Ça a pris de l’importance. Il y a aussi eu des rassemblements lors de la victoire du PSG et la fête de la Musique. On a l’impression que c’est une zone de tous les droits. Ça pousse les habitants à partir de chez eux en amont pour éviter les nuisances », soupire Emmanuel Duprat. 

La prévention policière a toutefois gagné en importance. Dernier exemple en date : Halloween. L’influenceur TikTok Willy Douglas, alias « Le maire de Paname », avait appelé à un rassemblement sans autorisation dans le quartier. Interpellé pour cette organisation, il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de paraître dans la zone. « On privilégie ce type de mesure préventive. L’interdiction peut s’étendre aux quatre premiers arrondissements », précise Laure Beccuau. L’influenceur a pu voir sa mesure levée le 13 novembre dernier. 

Une légère amélioration ?

Depuis le mois de septembre, les interpellations se sont enchaînées dans le secteur. « Il y a eu plusieurs affaires d’atteintes aux biens, principalement des vols de téléphone. Également des affaires de violences sexuelles. Nous avons aussi mené deux importantes vagues d’interpellations sur deux enquêtes de trafic de drogue », liste Laure Beccuau, qui s’est déplacée dans le secteur le 12 novembre dernier. « On nous rapporte que la situation semblait plus apaisée, du moins en journée en surface », assure-t-elle. 

La représentante du parquet n’est pas la seule à ressentir cette diminution du climat délictuel. « C’est mieux depuis quelques semaines. Il y a plus de policiers », affirme un commerçant du Forum des Halles. « Il y a eu un léger mieux », reconnaît Emmanuel Duprat. Malgré ces améliorations, la cellule a encore du travail devant elle. « Une fois la sécurité renforcée durant la nuit, on pourra envisager sa fermeture », déclare Laure Beccuau. 

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