En plein marché de Noël, nos élu(e)s se sont retrouvé(e)s ce 8 décembre au sein de l’hémicycle pour l’avant-dernier conseil municipal avant les élections. Un moment politique où la magie des fêtes a été absente tout du long, la séance ayant ressemblé à une foire d’empoigne sur de nombreux sujets déjà évoqués plus d’une fois. Résumé de 13h d’une série qui commence sérieusement à tirer en longueur.
À un épisode de la fin, le conseil municipal de Strasbourg a décidé de se la jouer best-of. Pour cette avant-dernière bataille politique, nos élu(e)s ont rejoué leurs meilleurs hits et sont revenu(e)s sur les grands thèmes qui ont électrisé les débats durant les cinq ans et demi de mandature. Ça a donc tout naturellement parlé budget, stationnement, affaire Polesi et animaux liminaires.
Ainsi, alors que les deux derniers conseils avaient été plutôt légers en termes de points débattus, il a semblé que nos élu(e)s voulaient passer le plus de temps ensemble possible ce 8 décembre. Dans un ordre du jour aussi fourni que la hotte du Père Noël, 21 points ont été retenus, complétés par 13 textes additionnels. On s’attendait donc à un conseil municipal long, et on n’a pas été déçu avec 13h de débats.
© Live conseil municipal du 8 décembre / Capture d’écran
Le sujet du conseil : énième (et dernier ?) remous de l’affaire Polesi
Au dernier conseil municipal, on pouvait penser que l’affaire Polesi, qui embarrasse la majorité depuis de longs mois, était close. C’était sans compter la publication du rapport Égaé ; d’abord révélé par Rue89 Strasbourg, il explique que « la nature des faits (…) peut s’apparenter à du harcèlement sexuel » et que « les personnes, à tous les échelons, ont manqué d’outils théoriques pour identifier la réalité des violences et de méthodes pour traiter les alertes ».
Enfin, le rapport appuie la faute de l’exécutif : « Cette réaction qui paraît, en particulier a posteriori, sous-proportionnée, est notamment liée à une compréhension insuffisante des faits décrits dans la note détaillée. » Une faute dont les trois groupes d’opposition tentent d’avoir des explications, à travers trois questions orales déposées par Pernelle Richardot (PS), Rebecca Breitman (Modem) et Nicolas Matt.
La gestion de la maire et de l’exécutif lourdement critiquée
Comme cela avait pu être le cas lors du dernier conseil municipal, les différentes prises de parole mettent lourdement en cause la gestion de l’affaire Polesi. « Récit accablant d’un échec collectif qui engage la responsabilité de cette majorité municipale », selon Pernelle Richardot, « faillite de la collectivité », selon Nicolas Matt, elle est également critiquée par Rebecca Breitman sur la transmission du rapport, « une synthèse réduite […] quand la presse en disposait depuis une semaine ».
Votre communication a plutôt ressemblé à maintenir votre image de maire féministe qu’à assumer pleinement les faits.
Carole Santamaria, conseillère municipale
Durant les longs débats, c’est les paroles de Carole Santamaria (non-inscrite) qui marquent le plus. L’élue étrille la gestion de l’affaire, dénonçant un « mea-culpa maîtrisé » : « Votre communication a plutôt ressemblé à maintenir votre image de maire féministe qu’à assumer pleinement les faits. » Elle critique également une culture du secret, et s’interroge sur le périmètre exact de l’enquête, rejointe sur ce point par Soraya Ouldji (non-inscrite). Avant de terminer : « Les victimes ont parlé ; c’est vous qui ne vous en êtes pas saisi [de l’affaire]. »
© Live conseil municipal du 8 décembre / Capture d’écran
Des réponses qui ne convainquent pas
Pour l’exécutif, Christelle Wieder dénonce la tonalité des débats : « On parle très peu de l’agresseur, mais on fait le procès de la maire, avec des propos extrêmement graves. C’est intolérable. » Elle rappelle également que « ces violences sont le fait des agresseurs, très majoritairement des hommes ». Floriane Varieras explique que « la culture du secret est systémique » et met les autres groupes politiques face à leur réaction lors des affaires de violences ou de propos sexistes.
Notre collectivité n’est pas une zone grise et l’impunité, c’est fini.
Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg
Pour Jeanne Barseghian, « ce débat n’est pas un procès ». Elle regrette la virulence des propos, s’excuse une nouvelle fois et explique qu’un dispositif va être rapidement mis en place pour éviter qu’une telle affaire se reproduise. Elle annonce aussi saisir Frédérique Berrod, présidente de l’Université, afin de faire la lumière sur cette partie de l’affaire. Au bord des larmes à la fin de son intervention, l’édile assène que « le premier engagement, c’est de faire cesser ces violences. C’est notre premier combat. Notre collectivité n’est pas une zone grise et l’impunité, c’est fini. »
Pas sûr que cela dissipe le profond sentiment de malaise qui a régné dans l’hémicycle durant toute la durée des débats, alors que Carole Santamaria et Caroline Zorn ont notamment quitté la salle lors des prises de parole. Une affaire, et une tache, qui marqueront encore longtemps l’exécutif.
© Anthony Jilli / Pokaa
Animaux liminaires et stationnement et déserts médiaux : les sujets chô du CM
Pour l’opposition, la politique de stationnement dégrade l’offre et l’accès aux soins des Strasbourgeois(es)
Dans un best-of de conseil municipal, on ne pouvait pas ne pas avoir un débat sur le stationnement. Heureusement pour nous, il a été introduit dans l’hémicycle par une résolution de Pierre Jakubowicz (Horizons) concernant le récent rapport du Comité Sciences, Santé et Société de la Ville de Strasbourg (C4S), après une saisine en mai 2023 de… Pierre Jakubowicz. Un rapport qui fait le lien entre politique de stationnement et altération de l’offre de soins.
Dans sa résolution, l’élu macroniste évoque des « difficultés de stationnement pour les soignants », un « tarif exorbitant pour les patients et les salariés », des « ralentissements pour les services d’urgence dans plusieurs secteurs de la ville » et des « obstacles croissants pour les professionnels intervenant à domicile ». Il regrette que la présentation du rapport n’ait pas été inscrite à l’ordre du jour, et donc rendue publique. Sa résolution veut donc ouvrir le débat, et il demande également l’abrogation de la réforme du stationnement.
On accède plus facilement à Strasbourg depuis Hoerdt que à Strasbourg depuis Strasbourg.
Pernelle Richardot, conseillère d’opposition PS
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Pour la majorité, Pierre Ozenne cite le rapport, exprimant que « c’est surtout des sentiments, des perceptions, parfois des opinions » qui y sont exprimées. Il rappelle les efforts faits par la municipalité sur le forfait professionnel et trouve « réducteur de se focaliser sur les problèmes en ne mentionnant pas les avancées sur le sujet » Quant à Alexandre Feltz, il déclare : « On est complètement mobilisé pour que tout un chacun puisse accéder à des soins de qualité sur notre territoire. »
Des prises de parole qui ne convainquent pas l’élu macroniste, pestant que « ce dont nous parlons, ce ne sont pas des statistiques, ce sont des situations de souffrance ». Pernelle Richardot lui apporte ensuite son soutien, mettant en cause les aménagements urbains de la municipalité qui causent des départs de cabinet vers d’autres collectivités : « Ce ne sont pas des sentiments, ce sont des faits. »
La question de la santé ce n’est pas une question de voitures et de stationnement.
Syamak Agha Babaei, 1er adjoint
Un « débat étonnant » selon Syamak Agha Babaei, qui dénonce une « supercherie intellectuelle » de l’opposition : « L’accès à la santé, c’est d’abord des établissements de santé qui ont des moyens de fonctionner, des établissements en souffrance depuis des années. » Jeanne Barseghian dénonce le fait que Pierre Jakubowicz utilise le rapport du C4S pour arriver à son objectif, soit l’abrogation du stationnement. Et même si ce dernier propose d’enlever cette phrase de cette résolution pour la faire voter, elle est rejetée à 40 voix contre et 14 voix pour.
© Hugo Favre – Napoli / Pokaa
Le moment « tout ça pour ça » : le grand retour des animaux liminaires
On pensait le sujet relégué aux débuts du mandat de Jeanne Barseghian, mais pour l’avant-dernier conseil municipal, les animaux liminaires ont fait un retour fracassant dans l’hémicycle. Sujet on ne peut plus houleux en début de mandature, et qui a valu à la maire un éternel petit rat sur l’épaule sur des dessins de presse, il a à nouveau réuni une compilation de ce que le conseil municipal sait faire de pire : invectives remplies de mauvaise foi, longs monologues, montées dans les tours et suspensions de séance.
Dans cette foire d’empoigne ayant souvent tourné au ridicule pendant 43 minutes, et que vous pouvez retrouver ici, on oublierait presque que la délibération a permis le vote d’une subvention de 7 020 € à l’association UD CSF 67, qui a initié un programme de prévention des punaises de lit à Hautepierre, Neuhof, Elsau et Cronenbourg… Et une autre de 12 000 € à l’association VoisinMalin pour une campagne de sensibilisation des habitant(e)s en porte-à-porte sur les bons gestes à adopter pour limiter les surpopulations de rongeurs. Une délibération… adoptée à l’unanimité. Tout ça pour ça.
© Nicolas Kaspar / Pokaa
Ce qui va changer pour Strasbourg et les Strasbourgeois(es)
65 000 € d’urgence pour héberger 30 personnes à la rue dans un foyer au Neudorf
Dans l’ordre du jour garni de ce 8 décembre, une délibération d’urgence a été rajoutée à la dernière minute. Elle concerne la création de 30 places d’hébergement supplémentaires dès la semaine prochaine pour des familles à la rue jusqu’en mars 2027 au 42 avenue Jean-Jaurès, dans un bâtiment vacant qui est une propriété de la Ville. La délibération prend la forme d’une subvention de 65 000 € à l’association Les Petites Roues, qui s’occupera de la gestion du bâtiment.
Une délibération cruciale selon Floriane Varieras, « pour que des enfants puissent passer Noël au chaud » dans un « système d’hébergement à bout de souffle ». L’adjointe aux solidarités rappelle également que « de plus en plus de familles sont à la rue alors qu’elles sont de droit commun », dénonçant la loi Kasbarian-Bergé de 2023 adoptée grâce aux voix du RN, et qui crée des peines à l’encontre des locataires en défaut de paiement qui ne se soumettent pas à une décision d’expulsion.
Nous préférons une ville qui propose un droit plutôt qu’une opposition qui propose des polémiques.
Germain Mignot, conseiller municipal communiste
Côté opposition, on salue cette délibération. Néanmoins, Catherine Trautmann (PS) s’étonne d’un « timing un peu spécial » du vote de cette délibération, mentionnant une vidéo publiée par Floriane Varieras sur ses réseaux quelques jours avant le conseil. Rebecca Breitman relève qu’une « mesure d’urgence ne remplace pas la nécessité d’une politique publique solide », tandis que Jean-Philippe Vetter (LR) estime qu’il faut « cesser de dire qu’on peut héberger tout le monde de manière inconditionnelle ».
Côté majorité, Germain Mignot (Communistes) assène que « Strasbourg doit être plus ferme et plus offensive envers l’État sur l’hébergement d’urgence ». Alain Jund met en avant les contradictions des votes de l’opposition, qui s’était notamment opposée au projet des tiny houses et déclare que « la Ville est obligée d’écoper des indignités de certaines politiques nationales ». Syamak Agha Babaei conclut : « On peut avoir la politique migratoire la plus répressive qui soit, l’espoir d’une vie meilleure, on ne l’empêchera pas. »
Le point est adopté à l’unanimité.
© Fabien Romary – Archi-Wiki / Capture d’écran
La Ville va réfléchir à un futur grand projet sur le secteur Lana-Match à la Robertsau
Fermée il y a deux ans, la papeterie Lana attend son projet de reprise. D’une superficie de presque 4 hectares, elle s’étend sur deux emprises situées sur les berges, de part et d’autre du cours d’eau Muhlwasser, reliées par une passerelle. Le secteur est stratégique pour la Ville, puisqu’il forme une liaison entre les quartiers de la Robertsau et de la Cité de l’Ill. C’est aussi une friche qu’il faut dépolluer et rendre aux habitant(e)s, c’est pourquoi il a été préempté en fin d’année 2024 par l’Eurométropole.
La Ville va même plus loin en utilisant l’outil juridique de « périmètre de prise en considération ». Concrètement, cela signifie que si un futur projet prévoit de compromettre ou de rendre plus onéreux un projet d’aménagement, la Ville peut mettre en place un sursis de deux ans pour statuer. Par ailleurs, ce périmètre concerne les 4 hectares de la papeterie ainsi que les 8200 m² du supermarché Match.
On fait ça pour garder la maîtrise et se donner le temps pour étudier la transformation de ce site qui est essentiel dans la couture fine entre deux quartiers.
Suzanne Brolly, adjointe à l’urbanisme
© Marie-Laure Beaujean – Archi-Wiki / Capture d’écran
Pour l’opposition, comme à chaque esquisse de projets urbains, les mêmes critiques sont émises. Pierre Jakubowicz craint un « projet démesuré et incohérent », qui « favoriserait la bétonisation ». De son côté, Jean-Philippe Vetter appréhende la « surdensification d’un secteur extrêmement stratégique » et souhaite « que ce projet soit construit avec les habitants ».
Côté majorité, Joris Castiglione (Communistes) souhaite que le futur projet puisse maintenir une activité économique qui crée de l’emploi local pérenne, mais également renforcer le maillage des services publics et qu’il ait une ambition forte en termes de logement social et abordable. Quant à Marc Hoffsess, il assure que « le projet sera travaillé avec les habitant(e)s ». Finalement, ce périmètre est adopté à 45 voix pour et 11 abstentions de l’opposition.
© Anne-Françoise Auberger – Archi-Wiki / Capture d’écran
Deux marchés strasbourgeois évoluent
Ce conseil du 8 décembre acte l’évolution de deux marchés strasbourgeois. En premier lieu, il permet la création officielle du marché de la place Kléber, avec les commerçant(e)s en produits non alimentaires de la place Broglie. Il permet d’entériner ce qui était déjà en pratique depuis la crise du Covid.
Dans le même temps, le marché de Cronenbourg a déménagé de la place de Haldenbourg vers le site du stade Exes. Une décision motivée par le fait que la place de Haldenbourg « présente de multiples contraintes et n’offre pas de conditions de travail et une qualité d’accueil du public optimales ». Alors que la place doit être réaménagée, avec notamment l’arrivée d’un Aldi, le marché de Cronenbourg a donc été déplacé.
Le déménagement, subi et non choisi, crée aujourd’hui un déséquilibre réel pour l’activité de nombreux commerçants.
Jean-Philippe Vetter, conseiller d’opposition
© Wilfried Rion / Pokaa
Un déménagement qui ne passe pas pour l’opposition, qui a déposé deux questions orales. Jean-Philippe Vetter critique « un nouvel emplacement moins visible, moins central et moins accessible », qui provoquerait une « baisse significative de la fréquentation ». Pierre Jakubowicz relate que « les commerçants parlent d’un lieu ‘fermé’, ‘enclavé’, allant jusqu’à qualifier la nouvelle implantation de ‘prison’ ». Quant à Catherine Trautmann, elle déclare être « choquée et dépitée » par ce déplacement.
Pour la majorité, selon Christelle Wieder, « il était nécessaire de réaménager cette place » et elle précise que le nouveau marché « se trouve en grande proximité de la place de Haldenbourg ». Pierre Ozenne rappelle que « cela a été fait en concertation avec les habitants et les professionnels à plusieurs reprises ». Avant de conclure : « C’est le témoignage du travail qu’on a conduit pour réenchanter les marchés. »
Finalement, après une embrouille sur une demande de vote séparé, l’opposition s’abstient, marquant sa désapprobation quant au déménagement du marché de Cronenbourg. Le point est néanmoins adopté.
© Google Maps / Capture d’écran
Le soulagement : c’était le dernier débat sur le budget
Pour conclure ce récap’, un dernier point qui méritait d’être soulevé : c’était la dernière fois que l’on discutait budget sous cette mandature de Jeanne Barseghian. Un soulagement, tant les débats ont été dignes d’un (tragi)comique de répétition sur ces 5 dernières années. On ne refera donc pas ici le match dont on connaissait déjà la fin avant même le début ; on pourra se référer aux autres résumés des conseils municipaux, disponibles ici.
Je regrette la façon dont vous avez mené le débat public ces dernières années. J’ai parfois eu l’impression d’avoir eu l’opposition la moins constructive de France.
Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg
On retiendra seulement que les débats sur la question ont davantage ressemblé à un meeting électoral, où les futur(e)s candidat(e)s de l’opposition n’ont pas manqué de se mettre en avant dans les critiques du bilan de la majorité. Il semblerait que tout le monde ait eu envie de mettre sa pierre à l’édifice, puisque 24 élu(e)s sont intervenu(e)s lors du second tour de parole, soit 37% du conseil.
Voté à 46 voix pour et à 18 voix contre, ce budget 2025 marque la fin de 5 ans et demi de discussions sourdes et vaines sur ce qui touche pourtant le coeur même de l’évolution de la Ville de Strasbourg : les projets qui transforment la ville. Elles ne manqueront pas.
Il est 23h quand cet avant-dernier conseil municipal de la mandature Barseghian se termine. Comme une compilation de tubes de Noël, le conseil a été marqué par le retour de grands classiques qui ont marqué les 5 ans et demi de mandat. Après une (très) longue année et avant une (très) longue campagne des municipales, nos élu(e)s prennent une pause avant de revenir pour le dernier épisode de la série politique strasbourgeoise le 2 février. En attendant le final, bonnes fêtes à toutes et tous !