L’enlèvement d’enfants ukrainiens par la Russie est depuis de nombreux mois documenté et établi. Certains sont placés à l’adoption en Russie, mais ce n’est apparemment pas le cas de tous les mineurs arrachés à leur pays. La Russie aurait envoyé de force deux enfants ukrainiens en Corée du Nord dans un camp pour enfants à Songdowon, au centre-est du pays. C’est ce qu’a affirmé Kateryna Rashevska, juriste au Centre régional ukrainien pour les droits de l’homme, devant une sous-commission du Congrès américain mercredi 3 décembre 2025.
L’identité des deux enfants envoyés en Corée du Nord a été révélée: il s’agit de Misha, 12 ans, originaire de la ville de Donetsk dans le Donbass, et de Liza, 16 ans, originaire de Simferopol, en Crimée. Les deux villes sont actuellement occupées par les forces russes. Les enfants auraient été envoyés dans un camp à Songdowon, à plus de 9.000 kilomètres de chez eux. Ce témoignage a mené à l’ouverture d’une audition à la Commission sénatoriale des crédits budgétaires, consacrée à enquêter sur le programme d’enlèvements massifs d’enfants ukrainiens menés par la Russie, rapporte Forbes.
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19.546 enfants ukrainiens enlevés depuis 2022
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, la Russie enlève des enfants ukrainiens dans les territoires occupés et les place dans des centres destinés à effacer leur identité ukrainienne. Certains sont adoptés par des familles russes, d’autres sont détenus dans des camps de militarisation et de rééducation. La base de données nationale ukrainienne sur les enfants de guerre recense au moins 19.546 enfants enlevés, mais des experts indépendants estiment que le nombre réel pourrait être bien plus élevé.
L’ampleur du système d’enlèvement a été cartographiée avec précision par le Laboratoire de recherche humanitaire de Yale, aux États-Unis. Au moins 210 centres accueillant des enfants ukrainiens ont été identifiés en Russie ou en territoire ukrainien occupé. L’enlèvement et la russification d’enfants ukrainiens sont considérés comme un crime de guerre par le droit international.
Le sénateur républicain de l’Iowa Chuck Grassley estime qu’un accord de paix Ukraine-Russie ne peut pas être envisagé tant que la Russie ne restitue pas tous les enfants ukrainiens qu’elle a kidnappés.
Avis partagé par Kristina Hook, qui enseigne un cours de résolution des conflits et de prévention des atrocités dans une université en Géorgie, aux États-Unis. Elle a produit un rapport pour le groupe de réflexion Atlantic Council, spécialisé dans les relations internationales, dans lequel elle indique: «Ces enlèvements ne constituent pas un problème humanitaire secondaire, mais un enjeu stratégique majeur qui doit être pris en compte dans tout éventuel accord de paix.»
«La finalité idéologique de ce programme est de modifier l’avenir démographique de l’Ukraine et d’effacer son identité nationale, bien au-delà du champ de bataille», poursuit Kristina Hook. «L’objectif est un génocide du peuple ukrainien par le biais des enfants ukrainiens», déclare quant à elle Daria Herasymchuk, conseillère du président ukrainien chargée des droits des enfants ukrainiens. Elle ajoute: «Tout le monde comprend que si l’on enlève les enfants à une nation, la nation n’existe plus». Pour l’instant, seuls 1.859 enfants ukrainiens ont été rendus à leurs familles.