Pas question de réserver des wagons de métro et de RER aux femmes. Ce mardi, Valérie Pécresse, la présidente (LR) de la Région Île-de-France, s’est clairement prononcée contre cette mesure réclamée dans une pétition lancée après la tentative de viol d’une jeune femme dans une rame du RER C, le 15 octobre dernier.

Bien que la mesure soit plébiscitée par 60 % des Franciliens interrogés dans un sondage commandé à Ipsos par la région sur la sécurité dans les transports en commun, la patronne d’Ile-de-France Mobilités, l’autorité organisatrice des transports en région parisienne, juge qu’il s’agit là d’une « fausse bonne idée ».

« Je comprends le ras-le-bol que cette proposition exprime », explique Valérie Pécresse. Avant de souligner : « C’est une mesure inefficace contre les frotteurs des heures de pointe car, à ce moment-là, la moitié des passagers sont des femmes. C’est donc la moitié du train qui devrait leur être réservée. Quant au violeur des heures creuses, le fait que la femme soit dans un wagon réservé ne ferait que désigner l’endroit où le prédateur peut trouver sa proie. »

Surtout, Valérie Pécresse juge que cette proposition de wagons réservés à la gent féminine serait un « signal épouvantable de l’impuissance publique ». « Ce serait dire qu’il faut un apartheid dans les transports. Je refuse de dire aux femmes : Nous sommes incapables de vous protéger, nous sommes incapables de civiliser les hommes. Dans l’espace public il faut que vous vous cachiez. Vous imaginez le message envoyé à nos filles ? » alerte la présidente de la Région.

Quelques minutes plus tard, Aurore Bergé, la ministre déléguée en charge de l’Egalité femme homme, s’est elle aussi résolument opposée à cette proposition de wagon réservé qui instaurerait « une forme de ségrégation ». « Il faut faire en sorte que la peur change de camp », martèle Valérie Pécresse.

Valérie Pécresse et Aurore Bergé durant les assises sur les violences faites aux femmes dans les transports organisées par la région et IDFM. LP/Ahmed BenazzouzValérie Pécresse et Aurore Bergé durant les assises sur les violences faites aux femmes dans les transports organisées par la région et IDFM. LP/Ahmed Benazzouz

Avec Aurore Bergé et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, cette dernière a donc à nouveau plaidé pour l’utilisation de caméras intelligentes qui permettraient de détecter des situations d’agressions ou de retrouver plus facilement des images de violences.

Le système a été utilisé à l’occasion des Jeux olympiques. Les caméras avaient alors été programmées pour détecter des intrusions en zone interdite, des objets délaissés, une densité anormale de personnes ou encore des mouvements de foule.

« Pour les objets délaissés, la technologie nécessite encore des améliorations », a concédé Armand Raudin, le responsable vidéo à la direction de la sûreté SNCF. Mais le système a quand même alerté les services de sécurité de situations inhabituelles à sept reprises pendant les JO.

À l’appui d’une simulation réalisée sur des vidéos tournées, Matthias Houllier, le cofondateur de Wintics, qui développe des logiciels pour vidéoprotection, a démontré que grâce aux nouveaux algorithmes, les caméras peuvent détecter des agressions mais sans avoir recours à de la reconnaissance faciale.

« Une part ultra majoritaire des Franciliens interrogés, 88 %, se disent favorables à la vidéoprotection intelligente », souligne-t-on chez Ipsos.

Valérie Pécresse veut augmenter les effectifs de la brigade régionale de sécurité dans les transports. (archives) LP/M.-A.G.Valérie Pécresse veut augmenter les effectifs de la brigade régionale de sécurité dans les transports. (archives) LP/M.-A.G.

En attendant que ce dispositif soit autorisé par la loi, Valérie Pécresse a annoncé sa volonté d’augmenter les effectifs de la brigade régionale des transports (200 agents d’ici 2027) ainsi que celle des réservistes de la police nationale et de la gendarmerie. Une réponse aux critiques des élus du groupe Gauche communiste, écologiste et citoyenne ? Ces derniers s’inquiètent du remplacement des agents de la sûreté RATP par des agents du secteur privé « qui ne disposent pas des mêmes prérogatives » sur les lignes de bus perdues par la RATP.

Valérie Pécresse a par ailleurs annoncé la généralisation des « zones partagées », ces espaces vidéoprotégés situés près des bornes d’appels d’urgence où les voyageurs sont invités à se regrouper lorsque le quai est désert, ainsi que le développement des « lieux sûrs », ces commerces et lieux publics prêts à accueillir les personnes qui se sentent menacées.

Enfin, pour renforcer l’entraide, la Région veut lancer une application « Voyage Duo » pour permettre aux femmes de trouver des compagnons de route et éviter de voyager seules en heures creuses et tardives. Et au-delà du développement de la communication autour du 3117, le numéro d’appels d’urgence, la Région souhaite développer les formations aux « bons gestes » et bonnes réactions à avoir en cas de danger auprès des lycéens, apprentis et étudiants, collectivités et entreprises.