Illustration d’une bombe à retardement posée sur un coffre-fort aux couleurs de la Russie, symbolisant le risque géopolitique et financier lié à la confiscation des avoirs russes en Europe.Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son nouvel ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Le feuilleton des avoirs souverains russes gelés — quelque 300 milliards d’euros immobilisés à travers l’Union européenne et le G7 — vire désormais à une crise politique majeure. Ce qui n’était à l’origine qu’une mesure provisoire se transforme peu à peu en la plus périlleuse tentation que l’Europe ait connue depuis des décennies.

Une manœuvre financière titanesque

La Commission européenne pousse avec insistance un mécanisme baptisé « prêt pour réparations », destiné à financer l’Ukraine et garanti par les actifs souverains russes. Les chiffres donnent le vertige : 165 milliards d’euros de ligne de crédit envisagée, dont 140 milliards conservés chez Euroclear, en Belgique, et 25 milliards dans les banques privées. À l’horizon 2030, la structure pourrait culminer à 210 milliards.

À lire aussi : Confiscation des avoirs russes : une fausse bonne idée

Une construction juridique sur du sable

Or, ce projet repose sur une architecture juridique d’une fragilité extrême.

Même la Banque centrale européenne avertit que l’initiative ne dispose que d’un fondement « très faiblement justifiable sur les plans juridique et financier ». Euroclear s’y oppose frontalement. Quant à la Belgique — gardienne de la plus grande masse d’actifs russes au monde — elle refuse d’assumer seule les risques, jugés existentiels.

Malgré cela, la Commission estime pouvoir forcer la décision au moyen d’un vote à la majorité qualifiée : 15 États sur 27, représentant 65 % de la population. Autrement dit : l’Europe s’apprête peut-être à décider, à la majorité, du plus grand acte d’expropriation souveraine de l’histoire moderne.

On imagine aisément les fractures politiques internes qu’un tel précédent pourrait provoquer.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Ukraine : Missiles anglo-français, négociations gelées et le risque d’une guerre qui s’auto-entretient

Bruxelles met la pression, Bruxelles s’inquiète

Les manœuvres pour faire céder Bruxelles se multiplient. Le président de la CDU, Friedrich Merz, a annulé une visite en Norvège pour rejoindre en urgence la capitale belge. Il y rencontrera Ursula von der Leyen et surtout le Premier ministre belge Bart De Wever, intraitable sur trois points : le partage du risque, la protection de la liquidité, et une répartition équitable des coûts.

La Belgique refuse de devenir la cible privilégiée de poursuites internationales si la Russie engage une action — ce qu’elle fera sans hésiter.

Et elle a de quoi trembler : selon les traités d’investissement en vigueur, les indemnisations pour expropriation illégale pourraient dépasser la valeur même des actifs confisqués. Moscou, de son côté, menace déjà d’une « réponse sévère ».

À lire aussi : ANALYSE – Pékin et ses débiteurs africains : La fin des chèques en blanc

Paris se ravise, Washington prépare une autre stratégie

Un signe ne trompe pas : même la France, longtemps partisane d’une ligne dure, recule. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, admet désormais que l’objectif du sommet du 18 décembre 2025 pourrait se limiter… à prolonger le gel. Une reconnaissance implicite de l’impasse politico-juridique dans laquelle s’est enfermée l’Union.

Plus troublant encore : selon Politico, l’Administration Trump aurait déjà indiqué en privé qu’une fois un accord de paix conclu, Washington rendrait les avoirs souverains russes à Moscou. De quoi isoler davantage l’Union européenne dans une aventure risquée.

À lire aussi : ANALYSE – L’UE intensifie sa coopération avec l’Afrique du Sud alors que les relations avec les États-Unis se détériorent

Une Europe à court d’argent, d’unité et de temps

L’acharnement avec lequel Bruxelles tente de faire passer ce mécanisme révèle moins une stratégie punitive cohérente qu’un symptôme : celui d’une crise financière latente, qu’on cherche à masquer sous un geste politique spectaculaire.

À l’approche du sommet de décembre, une inquiétude grandit : et si, en voulant sanctionner la Russie, l’Union européenne ne faisait que se déchirer elle-même ?

À lire aussi : ANALYSE – Future rencontre Trump/Poutine : Vers un marchandage planétaire…

#avoirsrusses, #Russie, #UnionEuropéenne, #UE, #gelDesAvoirs, #confiscation, #detteUkraine, #prêtDeRéparations, #Euroclear, #Belgique, #Ukraine, #guerreUkraine, #politiqueEurope, #financeInternationales, #sanctionsRussie, #criseEurope, #risqueJuridique, #sécuritéFinancière, #expropriation, #actifsGelés, #droitInternational, #impactGéopolitique, #RéparationsDeGuerre, #stabilitéÉconomique, #solidaritéUkraine, #Bruxelles, #pouvoirEuropéen, #transfertDeDette, #avenirDeLEurope, #polarisationPolitique, #UnionFragile, #menaceRusse, #revancheMoscou, #choixDifficile, #écroulementFinancier, #UE2025, #intérêtGeler, #EuroclearBelgique, #financementUkraine

Olivier Auzon

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).