Record historique de créations d’entreprises d’un côté, explosion des faillites de l’autre : « Paris étouffe son économie de proximité » d’après la Confédération des petites et moyennes entreprises Paris (CPME). Ce mercredi 10 décembre, l’organisation patronale publie un Livre Blanc qui appelle à un « nouveau pacte de confiance » entre la future municipalité et les entrepreneurs. Son message ? Sans « sursaut municipal » rapide, la capitale risque de perdre définitivement ses commerces de quartier.
Derrière les chiffres flatteurs – 101 000 créations d’entreprises en 2024 –, se cacherait une réalité plus sombre. Les défaillances ont bondi de 22 % pour atteindre 4 500 cas, un niveau inédit depuis quinze ans. « Paris fonctionne comme un guichet économique à deux vitesses : les grandes structures et l’écosystème tech prospèrent, tandis que l’économie de proximité subit des frictions systémiques », dénonce l’organisation patronale présidée par Bernard Cohen-Hadad.
Près de 136 000 Parisiens perdus en dix ans
Cette fragilité s’expliquerait en partie par l’hémorragie démographique que connaît la capitale. En dix ans, Paris a perdu 136 000 habitants, privant les commerces de leur clientèle et de leur main-d’œuvre, estime la CPME. « La mandature qui s’achève a été une mandature perdue pour les TPE-PME parisiennes », lâche Bernard Cohen-Hadad.

Les deux sondages exclusifs réalisés par l’institut Cluster 17 à l’automne 2025 auprès des chefs d’entreprise et des salariés de TPE-PME parisiennes, révélés mardi par Le Parisien, confirment cette fracture. Le constat est sans appel : moins d’un chef d’entreprise sur dix (7 %) juge efficace l’accompagnement de la Ville. Pire, 73 % des dirigeants se disent insatisfaits de la sécurité, 81 % de la propreté et 85 % de la circulation.
Un « Parisian Small Business Act » et un moratoire fiscal
Pour inverser la tendance, la CPME Paris dévoile 30 propositions concrètes articulées autour de six leviers : économie, sécurité, finances, environnement, transports et logement. Parmi les mesures phares : l’instauration d’un « Parisian Small Business Act » pour réserver davantage de commandes publiques aux TPE-PME locales et garantir des paiements à trente jours.
Autre revendication forte : un moratoire fiscal pour la mandature 2026-2032. « Stop aux hausses d’impôts », martèle l’organisation, alors que la taxe foncière a bondi de près de 88 % en dix ans. La CPME réclame aussi la création d’un fonds vert pour aider les PME à rénover leurs locaux et la mise en place d’une éco-contribution de transit exonérant les professionnels essentiels.
Le Livre Blanc propose également de pérenniser les terrasses extérieures, de mettre en place une « véritable police de proximité », d’aider à transformer les bureaux vacants en logements ou encore de développer un stationnement intelligent pour les professionnels.
Loger les travailleurs essentiels
Sur le volet social, la CPME propose de favoriser l’accès au logement pour les travailleurs essentiels – boulangers, serveurs, artisans – afin de résoudre la pénurie chronique de main-d’œuvre dans ces secteurs. L’organisation suggère également d’assouplir l’encadrement des loyers et de limiter drastiquement la location meublée touristique (type Aibnb).
Mais au-delà des mesures techniques, la CPME pose un prérequis non négociable : la création immédiate d’un Conseil économique, social et environnemental parisien (CESEP). Cette instance de dialogue permanent, dotée d’un budget propre, doit selon elle garantir que « les décisions de la mairie ne se fassent plus au détriment de l’activité économique ».
À trois mois du premier tour des municipales, fixé au 15 mars 2026, les patrons parisiens entendent peser dans le débat. « Notre objectif est clair : transformer le mécontentement des entrepreneurs en une force électorale positive pour permettre l’indispensable sursaut municipal », conclut Bernard Cohen-Hadad.