Le musée Guimet déploie ses chefs-d’œuvre en région avec « Guimet + », un dispositif visant à rendre les arts asiatiques accessibles au-delà de la capitale. À l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran de Montpellier, une trentaine de pièces majeures – jades, porcelaines, textiles – sont présentées pendant un an dans une exposition immersive consacrée à la Chine, première étape d’un cycle de quatre focus dédiés aux grandes aires culturelles asiatiques. Yannick Lintz, présidente du Musée Guimet, musée national des arts asiatiques, nous parle de ce dispositif et de ce qu’il apporte au public de Montpellier.

Qu’est-ce qui vous a motivée à créer le dispositif Guimet + et à déployer les trésors du musée national au cœur des territoires ?

Pour moi, c’est un engagement de plusieurs décennies. J’exerce ce métier depuis 1992 et j’ai commencé en collectivité territoriale à Agen. Aujourd’hui, diriger un musée national m’a donné envie de rappeler qu’un musée national ne s’adresse pas seulement aux habitants de Paris et d’Île-de-France, mais qu’il doit aller au plus près des gens avec ses trésors et leur permettre d’accéder à une culture souvent méconnue ailleurs qu’à Paris.

Alors pourquoi aujourd’hui seulement trois villes ?

Le dispositif n’a commencé qu’il y a un an et il est encore en développement. J’espère l’étendre bientôt dans d’autres villes françaises et même en Outre-mer, mais il faut du temps pour sécuriser les partenariats et garantir la qualité des expositions.

Pourquoi Montpellier ?

Ce type de projet exige un engagement fort du maire et une réelle conviction pour la culture. Montpellier s’est imposée naturellement : la ville est jumelée avec Chengdu, en Chine, et possède un fort enseignement du chinois. Elle est également culturellement dynamique dans le sud de la France. L’entente avec la municipalité a permis de créer un projet solide et durable.

Vous misez sur la longue durée, avec quatre expositions d’un an chacune ?

Mon expérience m’a montré que les dispositifs courts ne suffisent pas. Les grands musées qui se déplacent en région restent souvent seulement trois à six mois, ce qui ne permet pas de créer un vrai travail éducatif. Une exposition d’un an permet de collaborer avec les écoles, les associations et les habitants, et de proposer des activités pédagogiques approfondies. Répéter ce cycle sur quatre ans, avec chaque année un focus sur un pays d’Asie différent, permet de découvrir progressivement la richesse et la diversité des arts asiatiques et d’offrir au public un véritable parcours de connaissances.

« Ce sont des chefs-d’œuvre »

Vous disposez de 60 000 œuvres au musée Guimet. À Montpellier, on n’en verra qu’une trentaine. Le potentiel est immense ?

Oui, et c’est ce qui motive ce partage du patrimoine national. Les œuvres envoyées à Montpellier ne sont pas des pièces secondaires. Ce sont des chefs-d’œuvre. Quand nous disons que nous possédons 60 000 œuvres, j’estime qu’environ 10 % peuvent être considérées comme des chefs-d’œuvre. Et c’est dans ce noyau que nous avons puisé pour Montpellier et pour les autres « Guimet + ».

Qu’apprend-on sur l’art chinois avec cette exposition ?

Nous abordons les œuvres à travers des thèmes universels : le prestige, le sacré, la transgression. Ces notions traversent toutes les civilisations et parlent aux jeunes publics. Elles servent de clé pour sélectionner des œuvres qui illustrent ces concepts, permettant de raconter la Chine à travers 30 à 35 chefs-d’œuvre. Au-delà de cette approche thématique, nous cherchons aussi à rendre sensible l’art chinois. Nous présentons une grande variété d’objets : des jades, des porcelaines, des textiles. Nous couvrons une large période, de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, afin de montrer la diversité des matériaux, des techniques et des formes de l’art chinois.

Quelle est la pièce « coup de cœur » de cette première exposition ?

Personnellement, j’ai une vraie faiblesse pour les sculptures en jade, matériau plus précieux que l’or en Chine, fascinant par sa transparence. Les porcelaines exposées comptent parmi les plus rares au monde, comme un vase exceptionnel. Nous avons voulu faire découvrir la Chine à travers ses plus grands chefs-d’œuvre, qui incarnent son histoire et sa créativité artistique.

Après la Chine viendront le monde indien, le Japon, puis le monde himalayen. Comment ces quatre expositions dessinent-elles une cartographie des arts asiatiques ?

Cette cartographie n’est pas exhaustive : l’Asie, telle que représentée au Guimet, s’étend de l’Afghanistan au Japon et à la Corée, en passant par l’Inde et l’Asie du Sud-Est. Ces quatre focus permettent néanmoins de couvrir les grandes aires culturelles majeures des collections : Chine, Japon, Inde et monde himalayen.

Vous proposez une expérience multisensorielle avec des dispositifs olfactifs, sonores et interactifs. Est-ce une manière de renouveler la muséographie traditionnelle ?

Oui, c’est une manière de plonger le visiteur dans une expérience immersive, sollicitant tous ses sens pour ressentir la Chine et comprendre les œuvres dans leur contexte, tout en rendant la visite plus vivante et accessible, notamment pour les jeunes publics.

Chine, chefs-d’œuvre du musée Guimet. Du 13 décembre au 1er novembre 2026, du mardi au dimanche de 14 h à 18 h. Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, 6 rue Montpelliéret, Montpellier. Tarifs : 3 et 5 €.