Les autorités américaines, qui n’ont pas livré le nom du navire, affirment qu’il est sous sanctions et transportait du brut pour le compte du Venezuela, mais aussi de l’Iran.
Les tensions entre Washington et Caracas s’échauffent encore en mer des Caraïbes. Mercredi 10 décembre, alors que l’opposante au régime de Nicolas Maduro et proche de Donald Trump, Maria Corina Machado, était attendue à Oslo pour y recevoir son prix Nobel de la paix, les États-Unis ont intercepté un pétrolier au large des côtes vénézuéliennes.
« Nous venons de saisir un pétrolier au large des côtes du Venezuela — un grand pétrolier, très grand, le plus grand jamais saisi en fait », a déclaré le président américain Donald Trump devant la presse, à la Maison-Blanche. « Et d’autres choses sont en train de se passer », a-t-il ajouté sans livrer le nom du navire, mais en précisant que les États-Unis comptaient conserver sa cargaison.
Il s’agirait du Skipper, un pétrolier construit en 2005 de 333 mètres de long et 310.309 tonnes de port en lourd, appartenant à la société Thomarose Global Ventures, au Nigeria. Le site spécialisé TankerTrackers a publié une image satellite du navire au terminal vénézuélien du port de José. Il estime qu’il y a chargé plus de 1.8 million de barils de brut.
La procureure générale des États-Unis, Pamela Bondi, a publié un tweet accompagné d’une vidéo de l’intervention montrant des militaires américains descendant d’un hélicoptère sur le pont du pétrolier. Elle y explique que le FBI, le Homeland Security Investigations et l’US Coast Guard ont agi avec le soutien du ministère de la Défense en vertu d’un mandat contre ce navire transportant « du pétrole brut sous sanctions, entre le Venezuela et l’Iran ». « Depuis plusieurs années, ce pétrolier est sanctionné par les États-Unis en raison de son implication dans un réseau illicite de transport de pétrole soutenant des organisations terroristes étrangères », selon la procureure.
Le ministère des Affaires étrangères du Venezuela a dénoncé un « acte de piraterie internationale », quand le président Nicolas Maduro a, lui, réclamé « la fin de l’ingérence illégale et brutale » de Washington. Les autorités de Caracas accusent les États-Unis de vouloir faire main basse sur les réserves de brut, parmi les plus importantes au monde. Le pays est soumis à un embargo. Il exporte son brut à des prix bas sur le marché noir vers la Chine.
Pour rappel, les États-Unis se sont déjà lancés dans une campagne de frappes sur plus d’une vingtaine d’embarcations rapides accusées de transporter de la drogue vers le territoire américain, sans que cela n’ait jamais été démontré. Ces opérations, conduites essentiellement en mer des Caraïbes, soulèvent de vives critiques quant à leur légalité. Elles ont encore été renforcées par des révélations du Washington Post sur la première frappe contre ces bateaux, survenue le 2 septembre. Dans ce cas précis, deux des onze personnes à bord ont survécu à la frappe d’un missile, et s’étaient réfugiées sur les débris de l’épave. Mais, sur ordre du ministre de la Défense, Pete Hegseth, une seconde frappe est venue s’assurer qu’il n’y ait aucun survivant, d’après le journal américain.
A ces frappes s’ajoutent une présence accrue des forces américaines en mer des Caraïbes. En novembre, l’US Navy y a déployé le groupe aéronaval du porte-avions USS Gerald R. Ford. Autour de ce bâtiment, on retrouve une escorte de premier rang comprenant trois destroyers de type Arleigh Burke, les USS Bainbridge, USS Mahan et USS Winston S. Churchill. Un sous-marin nucléaire d’attaque fait logiquement partie de l’escorte sans être mentionné. Sur place, se trouvait déjà un groupe amphibie constitué autour du porte-hélicoptères d’assaut USS Iwo Jima, ainsi que des transports de chalands de débarquement USS Fort Lauderdale et USS San Antonio. Avec en plus les croiseurs de classe Ticonderoga USS Lake Erie et USS Gettysburg, deux Arleigh Burke, les USS Stockdale et USS Gravely, ainsi que le LCS USS Wichita.
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