Ex-joueur puis entraîneur-adjoint de Michel Der Zakarian à Montpellier, l’actuel coach de Grenoble vivra un moment logiquement à part, samedi 13 décembre au stade des Alpes. Avant le duel, il s’est confié sur ce lien avec la Paillade, la fin difficile également en octobre 2024, et sa nouvelle aventure en Isère.

Vous avez été joueur pendant neuf ans à Montpellier (1989-1998), avant d’y occuper le poste d’entraîneur-adjoint cinq ans et demi (2017-2021 et février 2023-octobre 2024). Vu ce passé, recroiser la Paillade constitue-t-il un moment à part ?

Toujours. Montpellier a été le club qui m’a formé, qui m’a permis de vivre de ma passion, de rencontrer des personnes qui ont fait en sorte que je sois dans ce métier, qui m’ont transmis cette passion. C’est surtout le club qui m’a permis d’évoluer en professionnel. Donc ça marque, forcément.

Cela avait été le cas avec Brest, lorsque vous étiez adjoint. Mais vous n’aviez jamais affronté le MHSC en tant que coach N.1. Comment s’y prépare-t-on ?

Normalement, je dirais. Je pense plus à mon équipe qu’autre chose (rire). Ça me fera plaisir de revoir beaucoup de monde que je connais, tout simplement. Après, j’aurais préféré ne pas les rencontrer. Ça aurait voulu dire qu’ils s’étaient maintenus. Mais ils sont là, c’est comme ça.

La fin à Montpellier, c’est vrai que ça a été dur. Pour autant, je les ai toujours suivis, dès le week-end après notre départ.

La fin a été difficile en octobre 2024, dans un contexte sportif compliqué. Comment avez-vous digéré ce départ ?

C’est vrai que ça a été dur. Pour autant, je les ai toujours suivis, dès le week-end après notre départ. J’ai regardé les matches, en espérant qu’avec l’arrivée de Jean-Louis (Gasset), de Ghislain (Printant), ou toutes les personnes qui sont arrivées ensuite, qu’il y ait une révolte, un rebond. Malheureusement, ça n’a pas eu lieu.

Quand j’ai été évincé de Brest, une première dans ma carrière, ça a été très dur. Pendant un bon petit moment, je n’ai plus trop regardé de foot. Là non, j’espérais que Montpellier se sauve. Ça reste un club très cher à mon cœur.

D’ailleurs, vous étiez présent lors des festivités des 50 ans, puis à La Mosson en fin de saison dernière…

Bien sûr ! Je connais beaucoup de monde. À la formation ou chez les dirigeants. Bruno (Carotti), Philippe (Delaye), Jean-Christophe (Rouvière) : il y a beaucoup de joueurs qui étaient de ma génération. Il y a beaucoup de respect pour Laurent (Nicollin). Ce club est dans mon cœur. Donc ça ne me gênait pas de revenir.

Trois mois après votre départ de Montpellier, vous rebondissez à Grenoble en janvier dernier. Pourquoi ce choix de ne plus être numéro 2 ? Était-ce le moment à 54 ans ?

Quand on passe les diplômes, c’est toujours pour aspirer un jour à être numéro 1. C’était le but quand je me suis inscrit à la formation du BEPF. Après, j’ai eu la possibilité de travailler et de revenir en pro grâce à Michel (Der Zakarian, à Reims en 2016). J’en suis très heureux. On a passé dans l’ensemble de bons moments. Là, c’était une opportunité qui s’est présentée. Je l’ai saisie et ça s’est bien passé.

On a passé des bons moments ensemble, on a passé des moments très difficiles ensemble, mais on a toujours été ensemble avec Michel Der Zakarian.

Quand on a passé autant de temps à travailler avec quelqu’un comme Michel Der Zakarian (de 2016 à 2024), comment se passe la séparation ?

J’ai dit : « Voilà Michel, j’ai une opportunité qui se présente à moi ». Je lui ai demandé s’il y avait quelque chose de son côté. Et ça s’est fait naturellement, tout simplement. Il n’y a aucune animosité, rien du tout. On s’est vu après, on s’écrit. On a passé des bons moments ensemble, on a passé des moments très difficiles ensemble, mais on a toujours été ensemble.

Vous avez donc rejoint Grenoble pour six mois. La prolongation de trois ans signée en juin dernier a-t-elle été une première réussite ?

C’est sûr. Ce n’est jamais facile d’arriver dans un club en cours de saison. C’était la première fois de ma carrière. En plus seul, sans forcément du recrutement à faire. Il a fallu s’adapter. L’entraîneur adjoint « Fred » Gueguen avait assuré l’intérim parfaitement avec trois victoires d’affilée. Je récupérais un groupe dans une bonne dynamique de victoires.

C’était plus facile comme ça, mais je suis arrivé en toute humilité, sans tout chambouler, petit à petit, en mettant ma patte. Et ça s’est bien passé.

Quelle est l’identité que vous cherchez à donner à votre équipe ?

Déjà, d’avoir un état d’esprit irréprochable, travailler avec les valeurs collectives. Parce que chaque joueur a besoin des dix autres, pour attaquer ou pour défendre. Après, s’ils prennent du plaisir à pratiquer du beau football, tant mieux. Maintenant, il faut être efficace. Tous les entraîneurs le diront mais c’est la vérité. Se battre en faisant les efforts, c’est indispensable, quel que soit le niveau.

Montpellier est une équipe qui marque beaucoup sur coups de pied arrêtés, comme par hasard avec le « maître » Téji.

Samedi, vous affronterez un MHSC qui a énormément changé par rapport à l’an passé. Quel regard portez-vous sur cette reconstruction ? Et où situez-vous cette équipe en L2 ?

Je sais qu’en début de saison, il jouait dans un système et maintenant dans un autre. Et qu’il est beaucoup mieux depuis que Téji Savanier est beaucoup mieux. C’est une équipe qui marque beaucoup sur coups de pied arrêtés, comme par hasard avec le « maître » Téji.

Après, elle est composée de joueurs d’expérience et d’autres beaucoup plus jeunes. C’est une alchimie à trouver. Mais je trouve qu’il y a une grosse progression. Même si le MHSC sort d’une contre-performance contre Pau, l’équipe va beaucoup mieux.

Vous évoquez Téji Savanier, qui est le dernier des cadres que vous avez connu à Montpellier, exception faite de Christopher Jullien ou Becir Omeragic. Le trouvez-vous changé ?

J’ai vu seulement deux ou trois matches. Mais j’ai quand même des infos sur place, mes beaux-parents sont à Montpellier. Il vient d’être élu joueur du mois de novembre du club. Ça veut dire qu’il s’est remis en route. C’est bien pour lui. Je suis content pour lui quand même. Et aussi pour le club.

Forcément, quand on a des joueurs de ce potentiel et de cette qualité-là, parce qu’il a une sacrée qualité, c’est mieux pour l’équipe. Ça la tire vers le haut.

L’an passé, le groupe a « usé » trois entraîneurs sans changer les résultats. Il était indispensable de changer.

Beaucoup de joueurs sont partis depuis votre départ. Selon vous, était-ce essentiel de régénérer ce vestiaire, de changer les cadres notamment ?

L’an passé, le groupe a « usé » trois entraîneurs sans changer les résultats. Forcément qu’il fallait changer quelque chose. À un moment donné, ce n’était pas seulement de la faute des entraîneurs et des staffs. Il était indispensable de changer.

Montpellier redécouvre la Ligue 2 et un championnat vraiment imprévisible. Partagez-vous ce constat ? Et surtout, arrivez-vous à l’expliquer ?

Le fait qu’il n’y ait plus de droits de télé implique peut-être que les clubs aient le même standing de recrutement, même si certains ont des budgets différents. C’est vrai, tous les week-ends, il y a de grosses surprises. On fait partie d’un lot d’équipes qui luttent. D’une journée à l’autre, on peut se retrouver deux places au-dessus, deux places au-dessous. C’est très serré en bas, comme ça l’a été en haut.

C’est un championnat très surprenant où tout le monde peut battre tout le monde. Quand nous, on est allé gagner à Reims (2-4), personne ne s’y attendait. C’est sûr qu’il y a parfois des équipes avec beaucoup de réussite, d’autres moins. Ça se joue à très peu et chaque match est un combat, c’est évident.