Par
Lisa Rodrigues
Publié le
12 déc. 2025 à 14h02
Que ce passe-t-il au Magasin CNAC de Grenoble ? Le Centre national d’art contemporain fait la une depuis un mois, mais pas pour ses expositions. En novembre, le syndicat Sud Culture Solidaires publie un communiqué explosif relatant des cas de harcèlement et de violences au travail. Le tout, apparemment couvert par la direction.
« Depuis des années, cette institution d’art contemporain, basée à Grenoble, utilise des méthodes de direction brutales et toxiques », tout en « protégeant ses agresseurs » et en manquant à « ses obligations en tant qu’employeur », affirme le syndicat.
Interrogée à ce sujet par actu Grenoble, la présidente du Magasin CNAC, Alice Vergara, répond qu’à « chaque fois qu’une situation a été portée à la connaissance de la gouvernance, elle a fait l’objet d’un traitement conforme aux obligations légales et avec les outils appropriés ».
Une salariée licenciée après avoir alertée
Turn-over important, CDD qui s’enchaînent, arrêts de travail à répétition, épuisement des équipes, démission des anciennes directions avant la reprise en 2022… Le tableau dépeint par le syndicat fait état d’un mal-être généralisé et profond parmi les salariés du Magasin CNAC. Des alertes ont pourtant été faites, sans résultats concrets, selon les syndicats.
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Surtout, la situation s’est « aggravée » avec l’arrivée de la nouvelle direction en 2022. Un dossier en particulier cristallise les tensions. Entre 2023 et 2024, une « déléguée du personnel exerce son droit d’alerte suite à des faits d’agression et de harcèlement sexuel de la part d’un membre du Bureau de l’association » qui lui ont été remontés par une victime, qui a ensuite démissionné.
Au terme d’une enquête, la déléguée du personnel est accusée de diffamation et une procédure de licenciement pour faute grave est enclenchée à son encontre. Un licenciement « refusé par l’inspection du travail », d’après le syndicat. Au terme d’une série de procédures en appel, elle est finalement licenciée pour inaptitude d’origine professionnelle.
Surtout, « la personne mise en cause pour harcèlement et agression sexuelle – et déjà impliquée dans des procédures pour harcèlement moral – est, quant à elle, reconduite dans son mandat« , s’exaspère Sud Culture Solidaires.
Des faits « systématiquement » remontés
Contactée sur ces accusations d’harcèlement et de mal-être persistant chez les salariés, la direction du Magasin CNAC a répondu par écrit à la rédaction, par l’intermédiaire de sa présidente, Alice Vergara.
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Il est important de rappeler que beaucoup d’affirmations relayées publiquement renvoient en réalité à des dossiers individuels judiciarisés datant pour l’essentiel de la période 2016–2020, qui ne peuvent être commentés. Ce contexte ancien pèse encore aujourd’hui sur l’établissement et colore certains ressentis.
Alice Vergara
Présidente du Magasin CNAC de Grenoble
Concernant l’arrivée de la nouvelle direction en 2022 – la directrice, Céline Kopp, va quitter en janvier son poste pour rejoindre le MAMAC de Nice -, celle-ci a « systématiquement fait remonter les situations » problématiques qui ont été traitées « collégialement au sein du bureau et du conseil d’administration ».
« La sécurité et la santé au travail sont une priorité »
À propos de l’alerte la plus grave sur les violences sexistes et sexuelles, « une enquête externe et indépendante a été immédiatement diligentée » dont les « conclusions ont été transmises uniquement à la gouvernance et aux partenaires institutionnels ».
Sur les divers dossiers, procédures et mesures disciplinaires en cours et passées, la présidente du Magasin CNAC souligne que « l’association ne peut pas commenter publiquement des situations individuelles ».
Enfin, Alice Vergara indique que plusieurs mesures pour « un processus d’apaisement de la crise » ont été instaurées depuis 2024. Sont cités un « dialogue renforcé avec le CSE (Comité social et économique)« , un passage de 7 à 2 expositions par an pour « éviter la surcharge » de travail, ou la « pérennisation de 5 postes en CDI ».
« L’association réaffirme que la sécurité et la santé au travail sont une priorité et que chaque alerte, quelle qu’en soit l’origine, est instruite avec sérieux », conclut la présidente.
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