Après l’union constituée par la gauche puis les listes annoncées par le maire sortant Axel Dugua et Isabelle Surply, nous poursuivons le tour des candidatures de Saint-Chamond, 2e ville de la métropole. Adjoint de la majorité de droite d’Hervé Reynaud de 2014 à 2024, Jean-Luc Degraix a quitté cette dernière à la suite d’une situation conflictuelle pour lancer une liste DVD – Agir pour les Saint-Chamonais – et proposer son propre projet aux couramiauds.   

La liste menée par Jean-Luc Degraix est prête depuis la fin de l’été. Photo transmise par « Agir pour les Saint-Chamonais »

Rediffusion de match à Saint-Chamond ? Oui et non. Certes, la droite et le centre droit partiront divisés en 2026 laissant des chances a priori sérieuses à la gauche, unie comme jamais, de l’emporter. Mais en 2008, l’extrême droite était absente du 1er tour. Or, rappelons le encore une fois : aux Municipales, il suffit de 10 % des votants pour être du second. L’abstention hors-jeu, triangulaires voire quadrangulaires sont à prévoir pour le 2e round… Premier candidat déclaré à Saint-Chamond, dès avril pour « clarifier la situation », Jean-Luc Degraix dit en avoir conscience toute en se défendant d’être en lice pour régler des comptes :

« Je ne fais pas une campagne contre mais pour. J’ai un projet pour Saint-Chamond propre à nous pour que cette ville aille dans le bon sens. Je n’ai pas d’autre ambition. Je m’engage à ne rien briguer d’autre et ne souhaite pas mener une carrière politique au-delà de la mairie. Si les Saint-Chamonais n’en veulent pas, j’arrêterai là. » Saint-Chamonais, J.-L. Degraix, 55 ans, père de 2 enfants, prof d’histoire-géo depuis 2001 au lycée Claude-Lebois l’est depuis toujours : il est originaire du centre-ville et est revenu y habiter après une parenthèse de quelques ans, études et début de carrière obligeaient. Les affaires publiques ? « Cet engagement est venu dans la foulée de mon attachement aux valeurs de la République, sans doute la dimension éducation civique de mon enseignement… »  

« Depuis le second mandat, on patauge » 

Première entrée au conseil municipal en 2009, dans l’opposition menée par le futur maire LR Hervé Reynaud, héritier de Gérard Ducarre. « LR », J.-L. Degraix l’a été. Il ne l’est plus mais « oui, on ne se cache pas : c’est une candidature de droite et centre droit. Estampiller la liste DVD (« Divers droite ») ne sera pas usurpé même si des gens n’ont aucune filiation de parti et que nous sommes ouverts. » Liste aux 39 noms complets depuis l’été, indique-t-il lors de cet entretien fin novembre. S’y retrouvent des personnalités et compétences « variées » : responsables associatifs, commerçant, cadre d’entreprise… Des Stéphanie Calaciura, Michelle Duvernay, Jean-Luc Bouchacourt, Jean-Paul Rivat et dernièrement Jean-Marc Laval, aussi, tous « ex » adjoints et conseillers de la mairie partis volontairement ou mis à la porte par anticipation après des mois de tension au sein de la majorité.

Les suites du conflit Dugua / Degraix issu de la succession d’Hervé Reynaud qui, élu sénateur, avait accordé ses faveurs à l’adjoint aux sports plutôt qu’à celui à l’urbanisme à l’automne 2023. Opposant depuis l’été 2024, J.-L. Degraix a cependant été élu avant cette rupture à la vice-présidence aux grands équipements de Saint-Etienne Métropole. Et n’en démord pas : « Le Covid comme partout d’abord puis ensuite, cette histoire ont paralysé le 2e mandat. Tout ne sera jamais parfait mais ce qui a été réalisé de 2014/2020 allait dans le bon sens. Depuis, on patauge. La requalification en profondeur du centre-ville de Saint-Chamond est la priorité absolue. Elle a été malheureusement décalée mais il faut en avoir le courage… » Pour Jean-Luc Degraix, Saint-Chamond gâche ses chances, ses atouts – à commencer par sa situation géographique – à trop attendre. « Nous avons besoin de retrouver un centre-ville qui fait envie. Sa mauvaise image cache tout ce qui va bien ici. Vis-à-vis de l’extérieur mais aussi de tous ces Saint-Chamonais qui ont perdu l’envie de le fréquenter. »

Côté commerces

Rien, promet il, ne se fera sans concertations – une consultation citoyenne effectuée en juin à laquelle ont répondu plusieurs centaines de personnes est présentée comme base du programme – dans un contexte économique et commercial aussi tendu. A propos du centre, il fait référence, donc, à 61 % d’habitants répondant indiquant ne jamais y mettre les pieds. Pour l’ex adjoint à l’urbanisme, il convient d’ouvrir, végétaliser, d’affréter des navettes électriques gratuites pour raccorder l’hyper centre à Novaciéries et autres zones proches. Ou encore de refaire l’ensemble place / Dorian / square Gauthier / Rond-point des Rencontres, le tout étant trop vieillissant et obsolète quant à leur fonctionnalité pour aider ce centre. Evidemment, « il faut aussi agir sur le logement mais cela passe par notre existence à Métropole dans ses programmes. Au niveau commercial, je constate aussi que le droit de préemption, un bon moyen d’agir, est délaissé ».

Côté commerces, Agir pour les Saint-Chamonais aimerait imposer un cahier des charges sur une zone réservée du marché de la place de la Liberté afin d’améliorer sa qualité. Le projet parle aussi de faire d’un marché couvert, une halle le bâtiment en briques de Lathuillière à côté de ces bâtiments appelés à être rasés devant le Hall in One. Ces ambitions nécessitent aussi de maintenir les investissements à une moyenne de 10 M€ par an. Est-ce seulement possible alors que J.-L. Degraix conteste une trajectoire financière que son ex-majorité présente comme toujours solide ? « La dette est passée du 31/12 2019 au 31/12 2024 de 9 à 26 M€… Soit une capacité à rembourser passée de 2,5 ans à 7,5 ans fin 2025, si l’encours atteint bien les 30 M€ comme attendu. »

Côté finances

Jean-Luc Degraix lors de sa déclaration de candidature en avril. Photo transmise par « Agir pour les Saint-Chamonais »

Alors, « oui, pour pouvoir agir, des décisions courageuses doivent être prises. Le projet de l’Hôtel Dieu doit être stoppé car beaucoup trop dispendieux vis-à-vis de ses objectifs de créer des salles pour les services municipaux ou les associations. Dans l’idéal, ok mais y mettre 15 M€ alors qu’il y a tant d’autres priorités. Il est encore temps d’économiser près de 10 M€ sur cet investissement. Je pense aussi à nos 250 bâtiments communaux à entretenir : c’est trop. On peut se dégager des marges de manœuvre là-dessus, comme sur nos frais de fonctionnement. Il y a des achats qui manquent de rationalité au point d’impacter réellement nos capacités. »

La sécurité n’est évidemment pas absente des projections de Jean-Luc Degraix. Là encore, la consultation indique que 62% des Saint-Chamonais y ayant répondu ne se sentent pas en sécurité de jour comme de nuit (« insécurité place de la Liberté surtout pour les femmes seules le soir », est-il mis en avant), que 90 % considèrent que les règles du code de la route sont de moins en moins respectées (« stop aux rodéos ») et que 72 %  ne se sentent pas toujours en sécurité lors de déplacements piétons (« trop de trottinettes électriques dont la vitesse est excessive sur les trottoirs, dans les parcs et rue de la République »).

Un Saint-Chamond jugé fragmenté

« Nous avons besoin d’arrêter de regarder ailleurs par peur de « faire de vagues ». Ça ne veut pas dire répression à tout va. Mais déjà, créons une brigade de la police municipale spécialement affectée au centre-ville, de nettoyage aussi, et qui circule, démontre que tout n’est pas permis pour vivre ensemble. Accordons leur les moyens d’agir ! Il y a le plus grave : ces trafics à la vue de tous qui doivent être arrêtés mais ayons, aussi, le courage d’aller voir les parents des gamins qui traînent la nuit. Ce n’est pas forcément très méchant à chaque fois mais ne serait-ce que laisser des enfants jouer à 2 h du matin l’été au ballon en plein centre-ville, pour le cadre de vie, la tranquillité… Et c’est ancrer de très mauvaises habitudes. »

La sécurité ? Nous avons besoin d’arrêter de regarder ailleurs par peur de « faire des vagues ».

Le centre-ville, la sécurité en général n’occupent pas toutes les ambitions de la liste en faveur de Stelytec II pour ce qui est de l’économie, d’un aménagement apaisant et esthétique flanqué d’une voie verte, ce qui doit se négocier avec L’Horme là aussi donc, de la sortie est de la ville, ancien morceau de l’A47 rejoignant le tracé actuel. J.-L. Degraix souhaite encore créer un nouveau lieu de vie, d’activités pour les ados, un poste d’adjoint à l’éducation qui manque à ses yeux, revoir l’accessibilité dans les rues, recoudre l’ensemble de Saint-Chamond, qu’il considère fragmenté en communautés, lieux de vie partageant de moins en moins un destin commun.

Bref, c’est contre une « impression » – une réalité ? – générale de « déclin » que Jean-Luc Degraix dit vouloir lutter. Et effectivement, toute nouvelle rediffusion pourrait désormais plus que dramatiquement lasser.