Nathan, vous avez rejoint Worlds Apart en 1994. En 1996, votre succès en France était total. Comment avez-vous vécu cette ascension incroyable ?
« Nous avons été très chanceux. Nous sommes arrivés au moment parfait. Je ne pense pas qu’il y avait un groupe comme Worlds Apart en France alors. Au Royaume-Uni, il y avait beaucoup de boys bands, mais nous, nous sommes arrivés avec la bonne chanson. Baby Come Back était très entraînant. Notre look, la chorégraphie, l’énergie… C’était le bon alignement de planètes. Mais c’était aussi beaucoup de chance. Nous avions en France un homme, Jérôme Favier, qui travaillait pour EMI. Il m’a dit : Je peux faire de vous un succès en France. Je vais amener des journalistes. Il les a emmenés en Allemagne pour un show, et à partir de là, tout a démarré. »
Une de vos particularités, a été de chanter « Je Te Donne » en français. Comment cette idée est-elle née ?
« C’est également Jérôme Favier qui nous a proposé l’idée, juste après Baby Come Back. Il nous a dit : Il y a cette chanson classique, je veux que vous en fassiez une version pop-dance. Nous ne comprenions rien au français ! Les gens non plus peut-être (rires), mais ils adoraient notre accent. C’était charmant. Et encore une fois, un moment magique. Des Anglais chantant du Goldman… C’était différent. Et c’est devenu un énorme atout pour nous auprès des fans. »
Cette période semblait folle : « Baby Come Back » se classant tout de suite numéro 3, l’album « Everybody » numéro 1, les concerts complets…
« C’était incroyable. Partout où nous allions, il y avait des milliers de fans. Chaque radio, chaque magazine, chaque émission télé. À l’aéroport, nous étions sur toutes les couvertures. C’était une expérience incroyable. Il n’y avait pas Internet. Il fallait aller partout : radios, télés – chez Charly et Lulu notamment -, séances photos… Nous travaillions jour et nuit. Pour des jeunes, c’était merveilleux. »
« Les boys bands ont tué notre propre succès »
Vous étiez les pionniers du phénomène boys band. Comment avez-vous vécu l’arrivée des autres groupes ?
« Nous savions que cela allait arriver. Même EMI, notre label, a créé 2Be3. Au début, ça allait… Puis le problème est arrivé. Les médias et radios se sont retournés contre les boys bands , expliquant qu’il n’y avait pas de vrai talent et que c’était trop marketing. Et nous avons été mis dans le même panier que G-Squad, Alliage, 2Be3… Ils disaient : Désolé, on ne joue plus vos titres. Ça a été dévastateur. Les fans nous demandaient : Pourquoi on ne vous entend plus ? Nous répondions : On a un nouveau single ! Mais personne ne l’entendait. Oui, les boys band ont tué notre propre succès. Et ça a vraiment mené à la fin du groupe. »
Après Worlds Apart : « Il fallait retrouver une vie »
L’arrêt du succès a-t-il été difficile pour vous ?
« Oui. Mais après sept ans, nous savions que ça devait s’arrêter. La vie dans Worlds Apart était trop folle pour construire une vie personnelle. Steve est parti en Amérique. Cal aussi. Moi, j’ai rencontré ma femme, j’ai eu un fils, Nico. Je vis dans le nord de l’Angleterre. J’ai commencé à manager des artistes. C’était important de redescendre, de se retrouver. »
On vous a effectivement vu manager le groupe français Mademoiselle…
« Exact et j’ai beaucoup apprécié. J’ai pu leur décrocher un deal au Royaume-Uni. Mais il y avait toujours une petite voix en moi qui disait : Ce serait bien d’être encore sur scène … Difficile de lâcher complètement. »
En 2006, vous êtes alors retournés en studio…
« Oui mais c’était trop tôt. Rien ne fonctionnait vraiment. Aujourd’hui, nous faisons enfin de la nouvelle musique avec Steve. En octobre, nous présenterons des nouveaux titres. Après 30 ans, le public semble vraiment vouloir nous revoir. Le Trianon et la Cigale se sont vendus en 10 minutes. Pour Nancy aussi, les ventes sont excellentes. On a hâte ! »
« Quand le public chante avec nous, c’est magique »
On sent que vous êtes heureux de vivre et revivre tout cela…
« C’est incroyable. Sur la tournée, j’ai un bon ressenti. Quand on chante Baby Come Back ou Everlasting Love et que le public chante avec nous… C’est tellement magique. Je savoure chaque instant. »
Qu’est-ce que cela représente, aujourd’hui, de retravailler avec Cal et Steve ?
« Ce sont deux frères. Une famille. J’ai aussi eu du succès dans les années 80 avec le groupe Brother Beyond. Quand je fais des shows en solo au Royaume-Uni, je suis seul. Avec Worlds Apart, je partage tout avec mes frères. C’est précieux. »
« Une vie incroyable »
Quel regard portez-vous sur ces 30 années écoulées ?
« Je me dis : Quelle vie incroyable. J’ai joué dans l’émission de Jacques Martin en 1988, aux côtés de Vanessa Paradis qui chantait Joe le Taxi. Un photographe m’a demandé une photo avec moi. Et j’ai fait une photo avec elle ! Trente-sept ans plus tard, j’ai tourné une scène avec elle et Laurent Lafitte dans le film de Jérôme Commandeur , c’est fou ! J’ai rencontré Brigitte Bardot, Alain Delon… Grâce à Michel Drucker, toujours lui, j’ai emmené mon père au foot lors de la Coupe du monde 1998, puis sur une étape du Tour de France avec Bernard Hinault, en buvant du champagne dans une voiture officielle. C’était un rêve pour lui. Tout cela grâce à Worlds Apart ! Et si maintenant le public aime nos nouveaux titres, ce sera la cerise sur le gâteau. Mais quoi qu’il arrive, j’ai été un homme chanceux. »
Concerts dans le Grand Est : il n’y en aura pas pour tout le monde !
Les fans du boys band ne l’attendaient plus. Certes, tous ont vu les deux dates parisiennes, en mai 2026, émerger, mais les places étant parties à la vitesse de l’éclair, ils et elles s’étaient fait une raison.
Jusqu’à ce que l’annonce fasse frémir les réseaux sociaux, puisque c’est là que tout se passe désormais, y compris pour les boys bands des années 90. Nathan Moore, Steve Hart et Aaron « Cal » Cooper ont annoncé d’autres dates pour fêter comme il se doit les 30 ans de Worlds Apart. Mais il s’agit de dates en Province, cette fois, et une autre à Bruxelles.
Huit concerts événements dont deux prévus dans le Grand Est. À savoir du côté de Nancy, précisément à l’Espace Chaudeau à Ludres, le samedi 3 octobre 2026 pour le coup d’envoi de la série de concerts, et en Alsace, non loin de Mulhouse, à l’Ed&n de Sausheim, le mardi 13 octobre. Ouverte le 10 décembre, la billetterie s’est rapidement affolée. Ces deux concerts devraient rapidement afficher complet.
Une cadence laissant espérer d’autres dates ? Qui sait. Les nouveaux titres du groupe sont attendus à la même période.
Y.V.