Par
Lily Dedeye
Publié le
13 déc. 2025 à 17h36
Mairam Guissé a grandi dans les quartiers de Canteleu, près de Rouen. Aujourd’hui, elle est journaliste, réalisatrice, autrice et vit à Paris. Le 15 novembre 2025, elle était de retour dans sa ville natale pour la présentation de son nouveau livre Sous nos peaux. À cette occasion, elle nous raconte son histoire et revient sur son parcours.
Elle voulait raconter des histoires et découvrir le monde
Dans les années 80, Mairam Guissé est encore une enfant. Dans la joie et l’insouciance, elle grandit dans les quartiers populaires de Canteleu.
Tout a commencé à Canteleu et tout revient toujours à Canteleu. Je suis devenue journaliste pour découvrir le monde et raconter des histoires.
Mairam Guissé
Journaliste, autrice et réalisatrice
Très jeune, elle s’intéresse au monde qui l’entoure. Elle n’en a pas encore conscience mais c’est son âme de journaliste qui se développe déjà.
« Très tôt je me suis posé des questions. Dans les années 90, il y avait la guerre du Golfe. À la télévision, je voyais des images, je me demandais si la guerre allait arriver à Canteleu. Un jour un avion a volé au-dessus de ma tête, je me suis dit ça y est, c’est la guerre. J’ai couru chez mes parents… et en voyant toute ma famille très calme et détendue, j’ai compris que ce n’était pas ça ! Et c’est comme ça que j’ai voulu devenir journaliste. Je me suis dit qu’en tant que journaliste, j’aurai forcément des réponses. »
En grandissant, le projet professionnel de Mairam Guissé ne change pas. À 23 ans, elle décide d’assumer son envie d’être journaliste et se renseigne sur les options qui s’offrent à elle. « Je ne connaissais personne du milieu, c’était assez bloquant. Je me suis intéressée aux écoles de journalisme mais j’ai vite abandonné, il fallait que je travaille ! Donc j’ai décidé de faire une licence médiation culturelle et communication à Lille. »
C’est marrant parce qu’en évoluant dans le milieu journalistique, j’ai beaucoup entendu qu’un master médiation culturelle et communication, c’était absolument ce qu’il ne fallait PAS faire pour devenir journaliste ! Mais bon, ça ne m’a pas empêché de le devenir !
Mairam Guissé
Journaliste, autrice, réalisatrice
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Une journaliste formée sur le tas
À Lille, Mairam Guissé commence à s’épanouir. « C’était extraordinaire, j’ai commencé à faire ce qui me passionnait », raconte la jeune femme. « J’écrivais bénévolement pour l’association Hip Hop Days. » C’est d’ailleurs au sein de ce journal, que son premier article est publié. « J’avais tellement peur quand j’ai envoyé l’article. Je me suis dit c’est sûr, je veux devenir journaliste ! »
En parallèle, elle réalise un premier stage chez Radio Etampes puis enchaîne sur un master Info Com à Paris. « Après ce master, j’ai écrit un article pour Liberté Dimanche à Rouen, et j’ai été repérée par Paris Normandie. Ils m’ont proposé un stage et m’ont formé sur le tas. »
Le journalisme est un milieu difficile et concurrentiel. Je m’estime chanceuse car j’ai rencontré des gens qui m’ont tendu la main, m’ont soutenu et ont cru en moi.
Mairam Guissé
Journaliste, autrice, réalisatrice
À la suite de cette expérience, Mairam Guissé se rend à La Réunion pour faire un master 2 Info Com option journalisme. En revenant à Paris, elle est embauchée en CDD par Le Parisien. « J’ai commencé à travailler sur des sujets qui me passionnaient comme la santé, l’éducation, les quartiers populaires », décrit la jeune femme.
Les débuts dans l’audiovisuel
Un jour dans les bureaux du Parisien, Mairam discute avec une collègue. « Je lui demandais de me parler de ses amours. Elle m’a retourné la question mais moi je ne voulais pas en parler. Je lui ai dit que dans les quartiers populaires on ne parlait pas de ça. Et on s’est dit qu’en réalité c’était un super sujet ! Un ami m’a proposé de l’adapter en documentaire. »
En 2013, Mairam Guissé se lance alors dans l’aventure avec son co-réalisateur Rudy. Elle ne connaît encore rien du monde audiovisuel mais elle se renseigne, s’entoure et après un an, sort son premier film : L’amour en cité. Le documentaire retrace les histoires de six Français vivant dans différentes cités, dont une à Canteleu, et décrit leur rapport à l’amour.
J’ai découvert un univers. Pour moi le cinéma c’était que des films d’action. J’ai découvert un autre monde, une autre façon de raconter des histoires, où on prend plus le temps. J’ai trouvé fascinant la façon dont l’image peut raconter quelque chose, je suis tombée amoureuse! Cette pratique complétait bien mes activités de journaliste hard news.
Mairam Guissé
Journaliste, autrice, réalisatrice
Tombée amoureuse de ce nouvel univers, Mairam Guissé poursuit sa carrière en réalisant un nouveau documentaire en 2018, Quartier d’été, puis le plus intime La vie de ma mère en 2022. « J’ai réalisé que je ne connaissais pas ma mère. Donc j’ai voulu faire un film pour comprendre qui elle était, quelle avait été sa vie de femme, comment elle s’était reconstruite après l’exil du Sénégal en Normandie. » Le film a eu un grand succès en festival et la première a été projetée à Canteleu. « Mes parents se sont établis là-bas en 1982, c’était important pour moi que ce film soit vu là-bas en premier. »
Journaliste, réalisatrice et… autrice !
En 2023, Mairam Guissé est sollicitée par deux journalistes pour participer à l’écriture collective d’un livre : Jibril, le retour du roi. Pour la première fois de sa carrière, la jeune femme s’essaye à la fiction. « J’ai adoré l’exercice ! On a raconté une histoire… qui en plus se déroulait à Canteleu ! », se souvient Mairam Guissé en souriant.

Mairam Guissé, journaliste et réalisatrice Cantilienne de 41 ans a sorti un deuxième livre. (©N. Lemal)
Quelques mois plus tard, Mairam Guissé est contactée par une éditrice. « Elle aimait mon travail de documentaire, elle avait vu La vie de ma mère, elle m’a proposé d’écrire un livre seule. Au départ, je n’étais pas sûre puis finalement je me suis lancée. »
Intitulé Sous nos peaux, c’est ce livre que Mairam Guissé a présenté à la médiathèque François-Mitterrand de Canteleu le 15 novembre 2025. « Sous nos peaux est une histoire réelle, racontée sous la forme d’un récit. On appelle ça de la ‘narrative non fiction’ en anglais. Ce livre est une lettre à ma fille dans lequel je lui raconte des bouts d’histoire de femmes noires et métisses qu’elle pourrait croiser dans la rue. En réalité, ça raconte ce que c’est d’être une femme noire et métisse actuellement. C’est comme une lettre d’amour. »
J’aime raconter des histoires banales. Les grandes histoires ne naissent pas toujours là où on le croit. J’aime partir de l’anodin et de l’intime. En général, on raconte beaucoup de choses.
Mairam Guissé
Journaliste, autrice, réalisatrice
Aujourd’hui, Mairam Guissé est indépendante et multiplie les projets. Elle continue d’écrire des articles de temps à autre, s’essaie à la BD, et au long-métrage. Peu importe le format, son fil rouge est toujours le même : raconter des histoires subtiles et découvrir le monde. « Je m’estime privilégiée de réussir à vivre de ma passion. C’est du travail, ce n’est pas facile tous les jours, mais c’est beaucoup de bonheur. »
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