Jean-Luc Mélenchon au Salon du Made in France, le 7 novembre 2025 à Paris.

BASTIEN OHIER / Hans Lucas via AFP

Jean-Luc Mélenchon au Salon du Made in France, le 7 novembre 2025 à Paris.

EN BREF La France insoumise soutient les agriculteurs contre l’abattage systématique des troupeaux, critiquant la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse.
Des députés LFI, comme Manon Meunier, participent aux manifestations et demandent un débat à l’Assemblée nationale.
Jean-Luc Mélenchon a qualifié l’abattage « d’absurde » et dénonce l’emploi disproportionné de la force.

La France agricole s’inquiète. Partout dans le pays, les blocages de routes, les actions devant les préfectures et parfois les mobilisations plus violentes se multiplient. Les tensions se cristallisent autour de la gestion par le gouvernement de la dermatose nodulaire (DNC), une maladie contagieuse qui pousse les autorités à abattre des troupeaux entiers pour éviter sa propagation.

Depuis quelques jours, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard se démultiplie dans les médias pour tenter de rassurer les éleveurs. Elle explique « comprendre leur déchirement » compte tenu « du lien intime » qui les unit bien souvent à leurs animaux et promet que l’État mettra jusqu’à 5 millions d’euros pour couvrir leurs pertes financières. Pas suffisant aux yeux de nombreux responsables politiques.

À La France insoumise, plusieurs députés ont apporté très tôt leur soutien aux agriculteurs, n’hésitant pas à être présents sur les barrages ou dans les manifestations sur le terrain. Ainsi Manon Meunier et Christophe Bex ont-ils pris part à une action sur l’autoroute A64 près de Carbonne (Haute-Garonne) pour, expliquent-ils, « faire bloc » avec les paysans mobilisés. D’abord parce qu’ils partagent leurs revendications contre l’abattage systématique, mais aussi parce qu’ils jugent démesurés les moyens déployés par les forces de l’ordre.

Ces derniers jours, les insoumis sont sur tous les fronts. Une question posée au gouvernement dans l’hémicycle mardi, un courrier envoyé au Premier ministre Sébastien Lecornu pour demander l’organisation d’un débat et d’un vote à l’Assemblée, des déplacements sur le terrain… À tel point qu’un agriculteur a surpris son monde ce samedi 13 décembre sur BFMTV en répondant à la question d’un journaliste qui lui demandait s’il avait des accointances avec l’extrême droite, rappelant la proximité du syndicat Coordination rurale avec ce bord politique. « Celle qui nous a très bien défendus cette semaine, c’est Manon Meunier. Elle a posé les vrais problèmes à la ministre, a exprimé l’éleveur, précisant qu’elle était députée LFI. On est proches de ceux qui nous défendent ».

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La relation entre La France insoumise et le monde agricole, parfois faite de malentendus et d’incompréhensions, n’a pas toujours été au beau fixe. Le mouvement de gauche radicale est hostile à une agriculture intensive et productiviste, ce à quoi s’opposent certains éleveurs. L’idée de « planification », proposée par Jean-Luc Mélenchon lors de ses campagnes électorales, fait plus facilement l’unanimité puisqu’elle s’appuie sur une relocalisation de la production en France et un accompagnement des professionnels vers la transition écologique, qui leur assurerait de meilleurs revenus.

Lors de la crise de 2024, les représentants du mouvement étaient déjà mobilisés, Jean-Luc Mélenchon ayant lui-même appelé sur son blog à faire « cause commune avec le mouvement des agriculteurs ».

Mélenchon dénonce l’abattage systématique

Dans une interview diffusée samedi par L’Insoumission, le triple candidat à la présidentielle déplore l’abattage systématique des troupeaux, stratégie suivie par le gouvernement face à cette maladie. « On fait comme il y a 1 000 ans. Quand une bête est malade, on tue tout le troupeau. Ce n’est pas possible, on ne peut pas continuer à faire ça, c’est absurde, défend-il. On tue des dizaines de bêtes parfaitement saines ». Le gouvernement a beau répondre qu’il suffit qu’un seul bovin soit touché pour qu’il infecte tout un troupeau, les insoumis ne veulent pas être pris à défaut dans leur soutien au monde agricole. « Soutien total aux éleveurs mobilisés », exprimait Manuel Bompard le 12 décembre. Le coordinateur de La France insoumise en profitait pour faire part de sa « honte » à l’égard d’un pouvoir « qui répond par la répression à des revendications et à une colère légitimes ».

L’envoi de forces de police pour contenir la mobilisation agricole est l’un des points sur lequel insistent les insoumis pour s’opposer au gouvernement. « Comment on règle les problèmes désormais dans ce pays ? La police, la nuit, les grenades assourdissantes, les tirs directs… Jusqu’à ce que les gens finissent par céder. La police n’est pas faite pour courir dans les champs en tirant comme ça », estime Jean-Luc Mélenchon dans la même interview. Protestant contre « l’emploi disproportionné de la force », l’ex-député des Bouches-du-Rhône a un message à faire passer au gouvernement : « Ne croyez pas que vous allez intimider les gens ou les empêcher d’agir ».

Le PS et le PCF plus discrets

Sur le fond, ses troupes veulent « réorienter toute la politique sanitaire » contre la dermatose nodulaire, et plus largement contre « l’ensemble des épizooties ». « En priorisant la vaccination et la prévention. En y mettant les moyens financiers nécessaires. En la construisant avec, et non pas contre les éleveurs », a expliqué Manon Meunier à l’Assemblée.

Comme souvent lors des moments de forte mobilisation, l’attitude très offensive des insoumis tranche avec la distance avec laquelle d’autres forces politiques participent au débat. À gauche, ni Olivier Faure (PS) ni Fabien Roussel (PCF) n’ont publiquement pris la parole sur le sujet. Seule Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, appelle à « repenser nos politiques sanitaires » et apporte son soutien aux agriculteurs mobilisés. Reste le RN, où Marine Le Pen demande une concertation afin de trouver des alternatives à l’abattage systématique des troupeaux.