Deux jours pleins et une partie de la nuit. C’est le temps qu’il a fallu aux ministres de la pêche de l’UE pour accoucher, dans la douleur, d’un accord sur les quotas de pêche. « Ce compromis constitue un juste équilibre entre les avis scientifiques et la protection des stocks de poissons vulnérables, tout en garantissant les meilleures conditions au secteur de la pêche pour un avenir durable », a salué le ministre danois Jacob Jensen, qui présidait le Conseil.
La pêche est une compétence exclusive de l’UE, ce qui oblige les ministres de Vingt-Sept à s’accorder chaque année sur les quotas par espèces qui vont s’imposer aux flottes européennes, mais aussi à négocier des accords avec les pays tiers.
Les discussions ont été particulièrement tendues cette année, notamment autour de la question du maquereau. Après avoir migré vers le nord pour fuir le réchauffement climatique, les populations se sont effondrées dans l’Atlantique Nord, victimes de la surpêche pratiquée par des pays tiers comme la Norvège – contre laquelle la France réclame des sanctions commerciales. Afin de préserver la ressource, les scientifiques préconisaient une réduction drastique de 77 % des captures. Le Conseil de l’UE a finalement validé des limites de capture en baisse de 70 % par rapport à 2025, alors que les négociations se poursuivent avec la Norvège, l’Islande, le Royaume-Uni et les Iles Féroé (province autonome du Danemark).
Plus de traitement de faveur pour l’Irlande
Pour la première fois depuis l’entrée de l’Irlande dans l’UE en 1976, le Conseil a aussi refusé d’appliquer les “préférences de La Haye”, un mécanisme qui permettaient à Dublin de majorer ses quotas. Avec la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne et l’Allemagne, la France a réuni une minorité de blocage « L’exclusion des préférences irlandaises constitue un accord inédit qui permettra de maintenir une équité dans la répartition des quotas de maquereaux, alors que l’ensemble des pêcheries européennes sont confrontés à une situation critique », a justifié dans un communiqué Catherine Chabaud, ministre française déléguée chargée de la Mer et de la Pêche.
L’accord européen était dénoncé samedi avec virulence par les pêcheurs irlandais, qui affirment qu’il se traduira par une baisse des captures de l’ordre de 57 000 tonnes et menace plusieurs milliers d’emplois.
Quotas stables en Méditerranée
Pour les autres quotas, les ministres ont validé une augmentation des captures de langoustines dans le golfe de Gascogne (+54 %, sauf dans la zone la plus méridionale) et une baisse de celles de lieu jaune (-13 %). En Méditerranée occidentale où la réduction de la pêche avait tendu les négociations l’année dernière, la France, l’Espagne et l’Italie ont fait front commun contre les réductions proposées par la Commission européenne. Les niveaux de captures ont été reconduits à l’identique en 2026. L’accord « offre une stabilité apparente » aux pêcheurs méditerranéens, mais les « populations de poissons restent soumises à une pression importante après des décennies de surpêche », a critiqué l’organisation environnementale Oceana.
Aux yeux de la filière de la pêche française, « les décisions arrêtées pour 2026 dessinent une situation contrastée », a réagi le comité national des pêches. Selon son président, Olivier Le Nézet, « les baisses sur des espèces clés comme le maquereau ou le lieu jaune auront des impacts lourds pour les pêcheurs et pour toute la filière ». Il y a en revanche des « perspectives à court terme » pour le bar, grâce à une « hausse significative » des plafonds de capture, ainsi que de « la stabilité » en Méditerranée, a-t-il noté.