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De Cap Kennedy aux glaces du Spitzberg, Matthieu Lys n’a jamais cessé de suivre ses rêves. L’ingénieur toulousain, désormais engagé dans les expéditions polaires de Jean-Louis Étienne, multiplie les missions scientifiques aux confins du monde.

Tout petit, Matthieu Lys avait des rêves plein la tête. À 46 ans, il est parvenu à mener à bien un certain nombre d’entre eux. Le Toulousain se souvient très bien du moment où sa vocation d’ingénieur aérospatial est née. Il avait tout juste 18 ans.

« En 1997, j’ai eu la chance d’assister à un lancement spatial à Cap Kennedy, en Floride. C’est mon frère qui m’a amené là-bas. J’ai eu un choc presque physique et je me suis dit : c’est dans ce domaine-là que je veux travailler. »

Le jeune homme a tenu parole. Après deux ans au ministère de la Défense à travailler sur les systèmes de drones, Matthieu intègre Airbus en 2005. Il y explore de multiples domaines techniques, en multipliant les missions d’essai. « J’ai fait des campagnes d’essai en vol dans le monde entier, j’ai eu l’opportunité de voler sur tous les types d’Airbus. C’était un rêve d’enfant. »

« Une passion pour l’exploration »

Mais Matthieu voit plus haut encore : lui qui s’était aussi imaginé astronaute rêve désormais de travailler dans le spatial. « J’ai pu intégrer Defence and Space chez Airbus en 2015. J’ai travaillé sur le design des satellites puis sur l’innovation, avec toujours l’envie de travailler sur des missions de terrain. J’ai cultivé une passion pour l’exploration avec des projets à la croisée de la science et du spatial. »

En 2019, une rencontre décisive va orienter la suite de sa trajectoire. « J’ai rencontré Jean-Louis Étienne à la librairie Ombres Blanches à Toulouse. À la fin de sa conférence, je lui ai proposé de développer la partie spatiale de ses expéditions. En tant que spécialiste des milieux polaires, il pouvait avoir besoin de développer des imageries spatiales. »

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Le contact est noué et cette rencontre prend un tour plus concret trois ans plus tard avec la mise en place d’un partenariat officiel. « Le parcours de Jean-Louis Étienne est inspirant : il a consacré sa vie à l’exploration, en y associant constamment des enjeux scientifiques, environnementaux et de partage. La persévérance en constitue le fil conducteur. »

Matthieu Lys et Jean-Louis Etienne à bord du Persévérance.

Matthieu Lys et Jean-Louis Etienne à bord du Persévérance.
Matthieu Lys.

S’ensuivent deux expéditions scientifiques à bord du Persévérance, le célèbre voilier transformé en véritable sentinelle bardée de capteurs.

En 2024, Matthieu embarque pendant neuf jours pour le Spitzberg, un archipel au nord de la Norvège, la terre habitée la plus septentrionale. « C’est une terre très sauvage, où la densité d’ours polaires figure parmi les plus élevées au monde. »

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Dans ce coin du bout du monde, Matthieu et ses camarades analysent des prélèvements qui concluent à la présence de nombreuses micropollutions, notamment des microplastiques, et testent également le boîtier satellite compact de l’entreprise toulousaine Kinéis.

Très attaché à sa ville, Matthieu a reçu un prix du club des ambassadeurs de Toulouse ces derniers jours.

Très attaché à sa ville, Matthieu a reçu un prix du club des ambassadeurs de Toulouse ces derniers jours.
Matthieu Lys.

En juillet de l’année suivante, l’équipe met le cap sur le Groenland pour une nouvelle phase d’investigation scientifique. Objectifs de la mission : mieux comprendre les interactions entre océans et glaciers et l’évolution de ces derniers à l’aide de drones et de satellites. Les résultats sont ensuite communiqués à plusieurs universités et à des organismes de recherche comme le CNRS.

Direction l’Antarctique

En janvier prochain, c’est en Antarctique que Matthieu et dix-huit de ses camarades, chapeautés par Jean-Louis Étienne, se rendront pendant deux mois.

Parmi leurs missions figurera le test de systèmes d’assistance médicale capables de fournir une aide d’urgence en conditions extrêmes.

Le Persévérance, grande goélette polaire est à la fois un navire d’expédition scientifique et le bateau avitailleur du Polar POD.

Le Persévérance, grande goélette polaire est à la fois un navire d’expédition scientifique et le bateau avitailleur du Polar POD.
Matthieu Lys.

Les scientifiques testeront aussi des protocoles de formation pour les astronautes. « D’un point de vue cognitif, les conditions sont similaires à celles des missions spatiales. »

Autre objectif : la création d’une aire maritime protégée.

À son retour, Matthieu aura beaucoup de données à dépouiller. Comme il l’a déjà fait ces dernières années, il partagera aussi ses connaissances avec les écoliers et lors de festivals.

À deux mois du départ, Matthieu se dit excité mais ne réalisant pas tout à fait. Un voyage qui lui permettra de revenir avec des souvenirs plein la tête.

« Lors des précédentes expéditions, on a vécu des moments extraordinaires : l’apparition soudaine de milliers d’oiseaux, la vision d’une mère et de son ourson, une rencontre avec Niaqornat, l’une des communautés les plus isolées de la planète, puis un moment inattendu au milieu d’un fjord avec le bateau du navigateur Thierry Dubois. » Le voyage au Groenland a fait l’objet d’un documentaire en attente de diffusion en salles.

Plus tard, Matthieu se verrait bien poursuivre ses missions auprès de Jean-Louis Étienne et notamment au sein du Polar Pod, cette station océanographique, souvent comparée à une ISS de l’Antarctique, qui pourrait voir le jour en 2027 ou 2028.

En quelques dates

1997 : Assiste à un lancement spatial, à Cap Kennedy, en Floride
2009 et 2022 : Présélectionné comme astronaute à l’ESA
2014 : Tour du Monde avec l’A350, juste après son mariage
2016 : Naissance de ses enfants
2024 : Début des expéditions. Il est responsable des images satellites de la mission
Décembre 2025 : reçoit le prix « implantation d’entreprise  » 2025 du club des ambassadeurs de Toulouse