Au procès, ils faisaient presque pitié. Robert et Nicole Giacomel, responsables de France-Lettonie. Philippe Buil et Chantal Sabatier, aux commandes de l’Agap (Artistes de la galerie Art pluriel). Quatre dirigeants d’associations propulsés dans un monde qui n’est pas vraiment le leur.

Assis au banc d’infamie aux côtés des « ex » : le désormais ex-maire de Saint-Etienne, l’ex-directeur de cabinet, l’ex-adjoint à l’Éducation. Et risquant dans la vilaine histoire jusqu’à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende pour abus de confiance.

Le caillou dans leur chaussure, c’est la subvention de 20 000 euros que leurs structures respectives ont chacune perçue, soit 40 000 euros au total. Les sous n’ont profité ni à la république balte, ni à l’art contemporain avec ou sans foire internationale : c’est Gilles Rossary-Lenglet qui les a empochés pour avoir réalisé le barbouzage de Gilles Artigues.

L’argent des Stéphanois pour financer une sextape… Voilà de quoi constituer le détournement (ou complicité ou recel) de fonds publics pour lequel le quatuor Perdriau/Gauttieri/Rossary-Lenglet/Kéfi-Jérôme a été condamné.

Les dirigeants « ignoraient tout du projet de kompromat »

Les dirigeants d’association ont-ils accepté en connaissance de cause de jouer les « boîtes aux lettres » ? Au procès, la procureure a rejeté cette hypothèse en proposant une relaxe au bénéfice du doute. C’est dans le sens de cette relaxe qu’est allé le tribunal correctionnel de Lyon, en estimant que les intéressés « ignoraient tout du projet de kompromat ». La « conscience et l’intention de commettre un acte frauduleux » ne sont pas établies, il n’y a pas d’infraction d’abus de confiance.

Pour les magistrats, Gilles Rossary-Lenglet était devenu « l’ami » des deux couples, et « partageait avec eux l’ambition de développer les activités de leurs associations ». Concernant les époux Giacomel, les juges ont estimé « qu’ils étaient sans doute soulagés à l’idée que la demande de subvention leur évite cette dépense (financer les services rendus par Gilles Rossary, NDLR) et qu’ils s’en remettaient complètement aux démarches qu’il proposait d’accomplir à leur place ».

Le tribunal précise que « Gilles Rossary-Lenglet, que chacun décrit comme brillant, séducteur, entreprenant, voire manipulateur, développait une force de persuasion suffisante à l’égard des prévenus ».

« L’entregent » de Gilles Rossary-Lenglet

Le raisonnement est similaire pour le couple Buil/Sabatier. « Il leur a été soumis l’idée d’obtenir des fonds supplémentaires, versés par la mairie, à condition de créer une association. La rencontre avec l’adjoint à la Culture Marc Chassaubéné a confirmé cette possibilité. Ils ne pouvaient donc que souhaiter l’apport de ce soutien financier favorable à leur projet, d’autant plus qu’ils connaissaient l’entregent de Gilles Rossary-Lenglet et pouvaient s’en remettre complètement à lui pour accomplir toutes les démarches à leur place ».

Les juges leur font même « cadeau » d’un résidu de 4 000 euros qui n’a bénéficié ni à Gilles Rossary-Lenglet, ni directement à l’Agap. La justice est passée : les malfaiteurs n’étaient pas dans les associations.

Les juges lyonnais ayant débouté la Ville de Saint-Etienne, qui avait demandé à être remboursée de ces 40 000 euros au titre de son préjudice matériel, la commune a annoncé son intention de faire appel du jugement. L’association Anticor formera également un appel lundi.